La phrase

On retombe sur des structures finalement très classiques. Quand un acteur devient trop puissant ceux qui l’environnent cherche le soutien d’une puissance extérieure pour le contrebalancer. Les relations internationales restent et seront toujours mues par l’intérêt des Etats. Le pragmatisme a donc de l’avenir et la géopolitique classique, de beaux jours devant elle

Gérard Chaliand, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Pieds par-dessus-tête : Kant et Husserl
[mardi 24 avril 2012 - 11:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Par-delà la révolution copernicienne. Sujet transcendantal et facultés chez Kant et Husserl
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
407 pages
Résumé : Une lecture rigoureuse, novatrice et stimulante du renversement par Husserl du renversement copernicien opéré par Kant.
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En une page désormais célèbre de La force de l’âge, Simone de Beauvoir raconte comment Sartre a été initié à la phénoménologie en 1933, lors d’une discussion avec l’un de ses anciens condisciples, Raymond Aron, qui revenait d’un séjour d’études en Allemagne :

Nous passâmes ensemble une soirée au Bec de Gaz, rue Montparnasse ; nous commandâmes la spécialité de la maison : des coktails à l'abricot. Aron désigna son verre : "Tu vois, mon petit camarade, si tu es phénoménologue, tu peux parler de ce cocktail, et c’est de la philosophie !". Sartre en pâlit d'émotion, ou presque : c'était exactement ce qu'il souhaitait depuis des années : parler des choses, telles qu'il les touchait, et que ce fût de la philosophie. Aron le convainquit que la phénoménologie répondait exactement à ses préoccupations : dépasser l'opposition de l'idéalisme et du réalisme, affirmer à la fois la souveraineté de la conscience et la présence du monde, tel qu'il se donne à nous  .

Affirmer à la fois la souveraineté de la conscience et la présence du monde tel qu’il se donne à nous : belle formule qui, dans la tension même qu’elle indique entre deux polarités (la conscience constituante et le monde apparaissant), résume fort bien la façon dont la phénoménologie de Husserl a été accueillie, discutée, controversée et tiraillée entre différentes écoles qui, au cours du siècle précédent, se sont réclamées d’elle. L’on pourrait avancer l’hypothèse que l’une des raisons pour lesquelles la phénoménologie husserlienne aura exercé un tel effet de fascination sur les intellectuels de l’entre-deux guerres et d’après-guerre (notamment en France), et ce jusqu’aujourd’hui, tient justement à ce qui a rapidement été perçu comme une indécision ou une indétermination de cette philosophie nouvelle, dont l’on ne sait si l’on a affaire avec elle à une nouvelle mouture de l’idéalisme ou à une forme inédite de réalisme.

Deux ouvrages récents issus de la tradition phénoménologique française illustrent remarquablement cette tension entre deux types de lecture et, aussi bien, entre deux types d’héritage. L’ouvrage magistral de Jean-François Lavigne paru aux PUF en 2005, Husserl et la naissance de la phénoménologie, reconstitue patiemment, en presque 800 pages d’une grande érudition, le tournant idéaliste de la phénoménologie husserlienne entre 1900 et 1913, jugé à ce point problématique par les premiers élèves de Husserl (Adolf Reinach, Theodor Conrad, Hedwig Martius, et plus tard Roman Ingarden et Edith Stein) qu’ils n’ont pas hésité à prendre des distances avec le maître, provoquant ainsi le premier schisme de l’école phénoménologique, qui en connaîtra bien d’autres. L’ouvrage dont il va être question ici, signé par Dominique Pradelle, est le juste pendant de celui de Jean-François Lavigne, en ce qu’il met l’accent sur l’autre versant de la phénoménologie, dont il ne s’agit certes pas de dire qu’elle restaure une ontologie réaliste, mais qu’elle n’est pas un subjectivisme qui réglerait les structures de l’objet sur celles du sujet, puisque, à l’inverse, elle s’emploie à montrer que ce sont les structures du sujet qui s’ordonnent à celles des types d’objets.

Hicham-Stéphane AFEISSA
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Titre du livre : Par-delà la révolution copernicienne. Sujet transcendantal et facultés chez Kant et Husserl
Auteur : Dominique Pradelle
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Epiméthée
Date de publication : 24/04/12
N° ISBN : 9782130590569
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