La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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De la nécessité de créer dangereusement
[lundi 16 avril 2012 - 14:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Créer dangereusement. L'artiste immigrant à l'œuvre
Éditeur : Grasset
228 pages / 15,20 € sur
Résumé : Un hommage à la création subversive dans des pays minés par la dictature, la guerre ou le silence.
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L’artiste immigrant ne badine pas avec le danger. Il le prend à bras-le-corps, lui fait face, parfois sans sourciller, et l’utilise tantôt comme miroir pour refléter son art, tantôt comme arme pouvant insuffler de la vie dans la création. Cet artiste immigrant, qu’il soit photographe, poète, intellectuel engagé ou cinéaste, ne cesse d’être hanté par le danger qui le suit comme son ombre. Mais quelle est cette présence si intimement liée au sort et à l’œuvre de l’artiste immigrant ? Et qu’est-ce qu’un artiste immigrant ?

Ces questions résonnent avec fracas dans l’essai bouillonnant de l’écrivaine Edwidge Danticat. Née en Haïti en 1969, l’auteure du Cri de l’oiseau rouge emprunte en partie à Albert Camus le titre audacieux de cet ouvrage. En décembre 1957, dans une conférence intitulée “L’artiste et son temps”, qu’il donne peu après l’attribution de son Prix Nobel, Camus explique : “Tout artiste aujourd’hui est embarqué dans la galère de son temps. Nous sommes en pleine mer. L’artiste, comme les autres, doit ramer à son tour, sans mourir, s’il le peut, c’est-à-dire en continuant de vivre et de créer” .

Cette réflexion est la pierre angulaire de cet essai. Pour Edwidge Danticat, portée par la voix de Camus, un artiste est celui qui crée dangereusement et ne doit pas cesser de créer dangereusement. Mais l’écrivaine donne une autre dimension à cette figure et vision de l’artiste. Du moins, elle y accole un terme essentiel : celui d’“immigrant”. Et par là même, le “créer dangereusement” de Camus revêt dans l’expérience personnelle d’Edwidge Danticat de multiples significations.

L’écrivain immigrant et son temps

Dans l’ouvrage, ces significations sont dévoilées à travers une compilation de portraits d’artistes, d’intellectuels engagés (ou “embarqués” selon la formule camusienne) de tous pays. Mais c’est surtout à travers la vie et l’histoire d’Haïti, île dont elle est originaire, qu’Edwidge Danticat dévoile comment l’artiste immigrant à l’œuvre créé dangereusement, et ce que cela signifie pour lui, pour son pays mais surtout pour son lecteur. Elle prend comme point de départ son parcours personnel, son histoire familiale entremêlée dans la grande Histoire, qui a fait d’Haïti la première république noire en 1804.

Edwidge Danticat parle à la première personne et rapporte les paroles de témoins, d’amis, de membres de sa famille. Chaque chapitre se présente ainsi comme des micro-récits, des anecdotes, des confidences, des conversations qu’elle tient avec un proche. Le lecteur apprend que l’auteure n’a que 12 ans lorsqu’elle quitte brutalement le quartier de Bel Air, où elle est élevée par son oncle, pour rejoindre ses parents aux États-Unis. Le régime dictatorial des Duvalier, père et fils (1957-1986), fait de nombreuses victimes et les tontons macoutes, ces miliciens de la violence terrorisent la population.

Edwidge Danticat publie ces premiers livres aux États-Unis, dans une langue qui n’est au départ pas la sienne. Cela fait d’elle une artiste immigrante, un écrivain de la “dyaspora” . Ce terme de “dyaspora”, diaspora en français, est assez troublant pour Edwidge Danticat qui dans l’essai confie à son ami Jean sa difficulté à dire “Mon pays” en parlant d’Haïti : “Mon pays, Jean, lui disais-je, est celui de l’incertitude. Quand je dis ‘Mon pays’ à des Haïtiens, ils pensent que je parle des États-Unis. Quand je dis ‘Mon pays’ à des Américains, ils pensent que c’est Haïti” . Ce dilemme est souvent vécu comme une torture pour l’écrivain dit immigrant, sans cesse partagé entre deux mondes, deux cultures, deux langues. Doit-il nécessairement être originaire de quelque part ? Edwidge Danticat est-elle un auteur haïtien ou un auteur américain ?

Pour son ami Dany Laferrière, qu’elle cite dans cet essai, l’artiste immigrant ne semble pas exister. L’auteur de L’Énigme du retour (Prix Médicis 2009) a lui aussi dû quitter Haïti durant la dictature Duvalier pour s’exiler au Canada. Selon lui, l’origine de l’écrivain importe peu. Dans un texte intitulé “Je suis un écrivain japonais”, il écrit : “Quand des années plus tard, je suis devenu moi-même écrivain et qu’on me fit la question : ‘Êtes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone ?’, je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais.”

Yslande BOSSé
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Titre du livre : Créer dangereusement. L'artiste immigrant à l'œuvre
Auteur : Edwidge Danticat
Éditeur : Grasset
Titre original : Create Dangerously. The Immigrant Artist at Work
Date de publication : 08/02/12
N° ISBN : 2246789095
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