La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Transformer la société par le vide
[mercredi 04 avril 2012 - 21:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Death and Redemption. The Gulag and the Shaping of Soviet Society
Éditeur : Princeton University Press
352 pages
Résumé : Karaganda, Kazakhstan : la rééducation par le Goulag.
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Ce livre est la publication du Ph.D. de Steven Barnes de l’université de Princeton, qui répond à un projet ambitieux : retracer l’histoire des différentes institutions pénitentiaires soviétiques rassemblées sous le nom de Goulag, des origines jusqu’à la déstalinisation, à travers le cas passionnant et moins connu du vaste complexe pénitentiaire de la région de Karaganda, au nord du Kazakhstan.

Les multiples facettes du Goulag

L’ouvrage, structuré de façon chronologique, fait d’abord une utile typologie (appelée à se compliquer) des différents types de camps. Il retrace ensuite la façon dont le système du Goulag s’est construit, a évolué et a finalement décliné. Il montre le poids de la collectivisation dans les emprisonnements et les déportations massives, puis celui de la Grande Terreur dans l’aggravation des conditions d’existence des prisonniers, l’Etat théoriquement démocratique depuis la Constitution de 1936 étant moins que jamais indulgent vis-à-vis des déviances susceptibles de le remettre en cause.

La Seconde guerre mondiale conduit à un nouveau renforcement de la répression et à ce que Steven Barnes nomme "l’ethnicisation" du Goulag, c’est-à-dire l’afflux des ressortissants des différentes nationalités suspectées de sympathie ou, après-guerre, de collaboration avec l’envahisseur nazi. En dépit de la victoire, les dernières années du régime stalinien voient encore la rigueur du système s’accentuer, en particulier à l’encontre des prisonniers politiques. A cet égard, les libérations des années 1953-1956 sont autant la marque d’un début de déstalinisation que de la volonté d’en finir avec un système improductif du point de vue économique et si oppressif qu’il a conduit aux révoltes de 1953-1954, dont celle, décrite en détail, du printemps 1954 à Kengir, dans le Karaganda.

Les qualités de ce travail sont réelles : très méthodique et clair, il parvient à tenir la balance égale entre les débats historiographiques et la dimension documentaire. Il explique avec minutie la structuration de la société du Goulag, notamment au travers des conflits entre les différents types de prisonniers et des relations avec les gardiens. Il porte également l’attention sur les questions nationales et ethniques ou encore de genre. Il s’agit donc d’une synthèse aussi complète qu’équilibrée, dont l’excellent appareil critique témoigne de l’ampleur des lectures et, ce qui est plus important encore, du corpus d’archives.

Pourtant, deux défauts répétés provoquent un certain agacement. Le premier tient aux sources et à leur traitement. Certes, les archives des différentes institutions pénitentiaires de la région de Karaganda autorisent l’auteur à raconter l’histoire du Goulag à "hauteur d’homme", tout comme Wendy Goldmann avait, par exemple, retracé le développement de la Grande Terreur dans les usines grâce aux témoignages issus des archives du Conseil Central des Syndicats. Toutefois, les documents très formels produits par l’administration des camps ne donnent que des éclairages partiels et partiaux sur la réalité de la vie des prisonniers. Ils ont tendance à insister sur les réussites du Goulag et à minimiser les aspects les plus sordides et cruels de la vie des prisonniers. L’auteur est par conséquent contraint de recourir de façon systématique à des témoignages bien connus, qui correspondent souvent à des lieux et des époques distinctes de celles qu’il traite.

Une rééducation sélective

La second critique, plus importante, tient à la thèse du livre (soulignée dans le titre) selon laquelle le Goulag n’est pas seulement une institution aux visées répressives ou économiques, mais est fondamentalement conçu comme un outil de rééducation des populations emprisonnées. Cette idée est loin d’être inintéressante ou inepte, mais la plupart du temps, les analyses apparaissent plaquées sur une réalité du Goulag tout aussi cohérente, voire plus, sans invoquer cette dimension rééducatrice. De par ses qualités, l’ouvrage ne cesse même de fournir des éléments de preuve minant largement cette perspective.

Certes, tous les détenus sont soumis à un programme d’éducation politique, au même titre que les citoyens libres, et les campagnes de propagande et d’émulation qui touchent la société ont leur pendant dans les camps. Toutefois, la volonté bien réelle d’éducation politique des autorités en direction des prisonniers vise à faire d’eux des travailleurs efficaces et dociles afin d’améliorer la productivité du Goulag, et non de parfaits citoyens soviétiques.

Il est vrai également qu’un nombre important de prisonniers est libéré chaque année ; il est même possible de monter dans la hiérarchie progressivement mise en place dans les camps, et ainsi être libéré(e) avant le terme. Néanmoins, les success stories exaltées par les responsables des camps ont peu de chance de survenir pour tous les prisonniers à cause du poids écrasant des statuts et de la forme prise par la rééducation politique.

Pascal GIRARD
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Titre du livre : Death and Redemption. The Gulag and the Shaping of Soviet Society
Auteur : Steven Barnes
Éditeur : Princeton University Press
Date de publication : 04/04/11
N° ISBN : 978-0691151120
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