La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Du progrès faisons table rase ?
[mardi 13 mars 2012 - 14:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Généalogie de l'idée de progrès. Histoire d'une philosophie cruelle sous un nom consolant
Éditeur : Le Félin
560 pages / 33.25 € sur
Résumé : Une exploration textuelle du cerveau culturel littéraire de l’humanité européenne (historie et structure) permet à l’auteur de donner toute son ampleur à la notion de progrès, porteuse, comme on le sait, d’une histoire cruelle, et pas seulement d’une philosophie cruelle, sous un nom consolant.  
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Comment parler de l’avènement d’une ère nouvelle qui paraît caractérisée par des transformations irrésistibles et irréversibles ? Comment rendre compte du fait que les affaires de la cité devraient changer pour le mieux, non pour le pire, et ne sauraient demeurer qualitativement constantes ? Comment dire, avec quels mots énoncer l’idée que les hommes peuvent quelque chose à leurs affaires ? Telles sont les trois facteurs qui ont conduit les philosophes non seulement à élaborer une idée de l’« histoire » (les hommes en agissant peuvent changer leurs conditions d’existence), mais encore à lui donner une forme particulière, celle de l’idée d’un progrès général de l’humanité.
Cela étant, si nous sommes si attentifs aujourd’hui à cette idée de progrès, c’est aussi que nous sommes alertés par des impasses, des déboires, des difficultés qui sont mis au débit de cette idée.

Le progrès et le XVIIIe siècle

Le moment de naissance d’un schéma linéaire, continu et téléologique de l’histoire est datable : le XVIIIe siècle. Ce schéma a eu pour rôle d’unifier durant longtemps (jusqu’aux années 1970) les esprits européens autour d’une certaine perspective du progrès socio-économique ou de développement. Cette notion de progrès articule trois registres distincts : une chronosophie, une praxéologie, une anthropologie. A l’époque des Lumières, ces trois référents ont été unifiés. Le terme progrès les porte. Sur le premier plan, la chronosophie, l’idée de progrès admet deux topologies : celle de l’ascension linéaire, découpée en séquences ou étapes, et subsidiairement celle de l’ascension spiraloïde. Sur le deuxième, elle émet un jugement praxéologique sur les manifestations collectives, prises pour facteur déterminant du devenir des sociétés : elle place sous la forme d’une série temporelle cohérente les différents rapports de l’homme à la nature. Sur le troisième, l’anthropologie, elle met en jeu une représentation de l’homme, ainsi qu’une représentation des rapports entre les cultures et les interactions possibles entre elles. En un mot, la particularité de ce modèle d’historicité vient de ce qu’il hiérarchise les diverses collectivités par référence à « l’homme civilisé » érigé en terme final auquel les sociétés sont censées tendre sinon naturellement du moins idéalement. Le « civilisé » relève bien de ces catégories temporelle, praxéologique et anthropologique.
C’est cet ensemble de données dont l’auteur tente de construire la généalogie. Enseignant en Etudes politiques, l’auteur rend ici publiques des recherches d’histoire de la philosophie. Sur ce plan, il explicite d’ailleurs fort bien que l’histoire des idées de nos jours ne peut plus s’inspirer des anciennes « histoires » qui partaient à la recherche de l’origine de telle ou telle idée. Il précise même se ranger sous les méthodes d’investigation de type foucaldien. Ce qui consisterait à repérer à la fois des ruptures et des discontinuités dans ce qu’on présente habituellement comme un continuum, et des champs de force, fussent-ils seulement sémantiques.

L’appropriation de données

Du coup, nous nous retrouvons devant une véritable somme de références – le livre des livres sur la notion de progrès – montrant que l’idée de progrès constitue d’abord une ordonnance singulière de propositions relatives au devenir historique séculier, aux modalités selon lesquelles les sociétés doivent s’ajuster à leur environnement naturel et à l’altérité socio-culturelle. Et appuyée sur l’axe suivant : l’idée de progrès découle d’un travail de réappropriation, de reformulation et d’absorption effectué au XVIIIe siècle sur des fragments de textes remontant jusqu’à l’Antiquité. La démonstration est par ailleurs convaincante, même si elle aurait pu être renversée. Elle suppose très exactement que les philosophes des Lumières étaient de grands lettrés, ce que nul ne conteste, formés aux meilleures écoles de culture générale (latine, grecque, ...).
Au cœur de l’enquête, nous partons donc du XVIIIe siècle et des Lumières. Ces dernières assument le tournant décisif dans l’élaboration des principales valeurs composant l’idée de progrès.
Et donc, ces Lumières n’inventent pas entièrement les éléments constitutifs de cette idée. Elles se réapproprient parfois des syntagmes antérieurs, et les reformulent pour en faire un élément nouveau dans un corpus inédit. L’auteur précise d’ailleurs que pour nombre de références, il faut entendre ceci : que le mouvement des Lumières est intervenu sur une variété de sources pour formuler une idée spécifique qu’elles ont nommé « progrès ». Elles ont constitué un ensemble signifiant inédit, parfois, avec de vieilles formules. Elles opèrent un travail de transformation et de retranscription que l’auteur s’arrête donc à examiner.
Afin de mieux cerner la révolution mentale qui préside à l’instauration de l’idée de progrès, l’auteur pratique un long détour par des figures anciennes de la temporalité (chronosophie). Il rappelle que l’idée de cycle constitue la représentation parfaite de la récurrence temporelle. Dans l’Antiquité, souligne-t-il, la temporalité passe pour cyclique. Cosmogonies, physiques, philosophies raffinent les arguments qui font passer le cycle pour une réalité. Le temps mythique des Grecs se fonde sur les saisons. Il insiste ensuite sur la figure chrétienne du temps. On sait que dans l’eschatologie chrétienne le devenir humain répond à un plan divin.

Christian RUBY
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Titre du livre : Généalogie de l'idée de progrès. Histoire d'une philosophie cruelle sous un nom consolant
Auteur : Yoan Arrifin
Éditeur : Le Félin
Date de publication : 19/01/12
N° ISBN : 2866457668
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1 commentaire

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ac

09/05/12 20:15
Article très intéressant.
Je pensais pour ma part que l'idée de progrès trouvait sa première formulation dans la querelle des anciens et des modernes. De laquelle au demeurant elle tirait toute son ambiguïté : la croyance en un progrès intellectuel et scientifique s'accompagnant souvent d'un pessimisme face à un constat de régression morale.

Pour ce qui est de Michelle Duchet, il me semble que son admirable livre "Anthropologie et histoire au siècle des Lumières" est toujours disponible chez Albin Michel. Peut-être me trompé-je.

Merci encore pour cette découverte.

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