Suivez-nous

FacebookRSS

Critiques artistiques

Politique

Lettre à mon frère pour réussir en politique

Couverture ouvrage

Quintus Tulius Ciceron
Les Belles Lettres , 95 pages

Lettre à mon frère pour réussir en politique
[jeudi 23 février 2012]


En politique tous les coups sont permis, encore faut-il les connaître 

De la métamorphose de la physionomie et du langage du candidat, aux promesses électorales impossibles à tenir, en passant par la nécessité d'une campagne de proximité et de réseaux, tout est là. Tout est abordé, justifié, détaillé au coeur des " 58 astuces pour être élu ", adressées par un ancien élu à son frère, candidat déclaré. Si le premier n'a pas connu la même postérité que le second, la lettre de Quintus Cicéron à son aîné, Marcus Tullius Cicero, n'en demeure pas moins d'une intemporalité et d'une actualité fascinante.

" Lettre à mon frère pour réussir en politique ", ouvrage au format et à la couleur d'une carte d'électeur, ou aux dimensions d'une constitution de poche, c'est selon, fut rédigé un an avant le consulat de Cicéron et une terrible crise financière conduisant les banques romaines à exiger le règlement immédiat de toutes les dettes en suspens dues à une spéculation immobilière.

Si Cicéron qualifiait la République de Platon de premier livre de philosophie politique grecque  , l'habit politique que son frère lui suggère de revêtir s'y oppose en tous points. Ni la justice, ni la moralité ne doivent guider le candidat, celui-ci devant au contraire porter un masque de sympathie et de compréhension, de courtisan et de courtisé. L'homme en campagne doit se demander quels sont les caractères de la cité dont il fait partie, ce qu'il recherche et ce qu'il est.

Le cadet, fort d'une expérience politique, écrit à son frère : " ceux qui ont ou espèrent avoir grâce à toi les suffrages d’une tribu, ou d’une centurie ou quelque avantage, voilà les gens qu’il faut particulièrement t’efforcer de gagner et de t’assurer. Trois choses surtout amènent les hommes à la bienveillance et à ce zèle total dont nous nous occupons ici, à savoir les bienfaits, l’espérance et la sympathie désintéressée. (...) Pour la sympathie spontanée, il conviendra de la fortifier en te montrant reconnaissant, en appropriant ton langage aux raisons qui sembleront déterminer la sympathie de chacun, en manifestant des sentiments qui répondent aux leurs, en leur faisant espérer que cette première amitié deviendra une liaison intime".

L'amitié est au centre des développements de " Lettre à mon frère pour réussir en politique ". Il convient ainsi de tisser son réseau, dans chaque ville, dans chaque province, dans chaque quartier, en appelant chacun de ses soutiens par son nom, en leur " tenant un langage approprié ", en leur laissant espérer la réalisation de toutes leurs attentes. En effet, " on aime mieux un mensonge qu'un refus ". Maxime à l'efficacité et à la véracité inoxydables, car " ce qu'il ne t'est pas possible de faire, ou bien refuse-le aimablement, ou bien même ne le refuse pas du tout ; après tout la première attitude est celle d'un homme bon, la seconde d'un bon candidat ". D'autant plus que " ce nom d'ami, quand on est candidat, a un sens plus large que dans le reste de l'existence ".

Ce petit manuel de campagne électorale, " Commentariolum petitionis ", phrase finale des propos de Quintus Cicéron, se révèle être un incontestable jalon vers la réflexion menée par Machiavel dans le Prince. S'il ne s'agit ici que de conquérir et non de gouverner, les présentes injonctions trouvent un écho dans la prose du neuvième chapitre de l'ouvrage du XVIème siècle. La République romaine connaît ses dernières heures, l'accord secret entre Pompée, Crassus et César étant scellé trois ans plus tard.


La présente édition de " Lettre à mon frère pour réussir en politique ", proposée au prix d'un ristretto, s'appuie sur la traduction de L. A. Constans de 1934 relevée par un " bonus " de Laure de Chantal et d'Alexandre Marchinkowski permettant au lecteur de se familiariser aux acteurs et à la terminologie politique de l'époque.

Une fois encore, c'est là toute la force de ces quelques pages : une intemporalité offrant une grille de lecture acérée et pertinente au citoyen du XXIème siècle. La campagne de proximité et sur les réseaux sociaux menée en 2008 par Barack Obama, le travail accompli par les candidats aux élections de 2007 et de 2012 sur leur apparence et sur leur expression, le collier sempiternel de promesses électorales, se révèlent au fil des conseils prodigués.

Tous ces artifices sollicités au moment des rendez-vous électoraux continuent pourtant d'aveugler le citoyen. On aurait alors aimé que nos humoristes pastichent de manière mordante ces travers de la démocratie. Grâce soit rendue à la franchise de Quintus Cicéron.
 

Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici

A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr