On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Que ferait Nicolas Sarkozy, demain, s’il revenait au pouvoir ? Au-delà des promesses qu’il a commencé à égrener depuis le début de sa campagne, nous nous sommes employés à l’imaginer en nous appuyant sur les propositions que lui suggèrent les think-tanks qui l’entourent. De cet article de Romain Prudent, qui clôt également Le dépôt de bilan publié par Terra Nova, ressort une vision finalement réaliste de ce qu’il pourrait advenir de la France… Un véritable exercice de "non-fiction", pour mobiliser chacun dans la préservation de l’essentiel.
Mardi 3 juillet 2012. Il y a cinq ans jour pour jour, François Fillon, alors Premier ministre, présentait son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. Cette année, c’est Nicolas Sarkozy qui a souhaité s’exprimer en personne. Sa réélection, le 6 mai au soir, a été pour lui une divine surprise, alors qu’il avait été menacé jusqu’au soir du premier tour par Marine Le Pen arrivée troisième, 50 000 voix seulement derrière lui. Réélu, regonflé à bloc, il a décidé de profiter du droit que lui accorde la révision constitutionnelle de 2008 pour faire une déclaration devant le Parlement français, réuni en Congrès à Versailles, avant toute prise de parole de son Premier ministre. C’est pourtant celui-ci qui engagera le lendemain sa responsabilité devant l’Assemblée nationale.
Depuis le 6 mai, la notation de la France a de nouveau été dégradée. La réélection de Nicolas Sarkozy inquiète les marchés et nos partenaires européens. Les micro-plans de rigueur et l’incapacité à relancer une politique d’investissement et de croissance, dont il a fait preuve lors de son premier mandat, n’étaient certes pas faits pour les rassurer. Mais les promesses hasardeuses qu’il a égrenées tout au long de la campagne, le climat de tension qu’il a réactivé depuis son élection, l’arrivée de transfuges du FN au gouvernement et l’accord qu’il a passé avec eux portant sur l’expulsion hors des frontières de 400 000 étrangers avant la mi-2013 – en contrepartie, les nouveaux alliés de l’UMP ont cédé sur le maintien dans la zone euro - ont encore accru la méfiance des partenaires de la France. Avec cette dégradation, ce sont 15 milliards d’euros supplémentaires qui sont venus grever le budget de l’Etat, en année pleine, au titre de la dette.
Rejetant la responsabilité de cette nouvelle dégradation sur une campagne qui l’a empêché d’agir en l’accaparant dans des " débats stériles ", il en a appelé à l’ " Union nationale des Français contre les partis ". Il a annoncé, au lendemain de législatives qui lui ont donné une nouvelle majorité, que la gravité inédite de la crise l’obligerait à une politique de " rupture historique " et qu’il annoncerait dans sa déclaration devant le Parlement les mesures d’urgence à mettre en œuvre. Après le Sarkozy décomplexé, mais entravé, du premier mandat, les Français auront droit, pour ce deuxième tour de piste politique, à un Sarkozy jusqu’auboutiste.
Il est 15h00. Beaucoup d’inquiétude entoure cette allocution. Nicolas Sarkozy monte à la tribune.
" La dette, voilà notre ennemi à tous ". Des les premières phrases, la ligne du propos est clairement affirmée. La France, gouvernée pendant 20 ans par les socialistes, aurait été fragilisée durablement par des politiques inconséquentes. Trop longtemps, les gouvernants auraient hésité à agir, par lâcheté ou en raison d’ " oppositions fanatiques ". Des remèdes drastiques doivent être administrés au pays. Ils doivent être l’occasion de repenser la France. Nicolas Sarkozy le martèle : " il en va de la sa survie ".
Pour résorber la dette, c’est d’abord l’Etat qui devra se remettre en cause. Il " abandonner[a] les missions que peuvent assumer les secteurs privés et associatifs " . Education, culture, santé, police, grande pauvreté, transports, politique de la ville, tout passera dans cette nouvelle Réduction Globale des Pouvoirs Publics (RGPP)… Chaque ministère fera la liste des politiques à exclure du périmètre d’intervention de l’Etat, en se focalisant sur les conséquences budgétaires immédiates de chaque transfert. Un Grenelle pour une " Société Nouvelle " sera convoqué dès la mi-août, sous l’autorité du ministre de l’Economie et des Finances et en présence des candidats au rachat des missions, pour organiser la mise en œuvre effective des transferts de compétences avant fin 2012.
3 commentaires
antoine
marc
Sarko ne dévoile pas son projet, il faut donc le devenir à partir de son passé et d'écrits de l'UMP. L'auteur vise assez juste, je crois, au moins sur les directions prises. Sur l'ampleur, je ne sais pas.
jean
Si "Terra Nova", c'est ça, c'est triste.