On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Jean Pisani-Ferry est un économiste reconnu, qui a pesé d'un poids certain dans les politiques économiques menées par la gauche entre 1997 et 2000 alors qu'il était conseiller auprès du ministre des finances de l'époque, Dominique Strauss-Kahn.
Au vu des bons résultats économiques de cette période, on y verra un signe d'optimisme et on éprouvera un soupçon de nostalgie envers un temps pas si lointain où la croyance au retour du plein-emploi était plausible, alors qu'elle semble de nos jours relever d'une mythologie passéiste aussi surannée que les DS du Général de Gaulle.
Alors déjà membre du Conseil d'analyse économique, il avait par ailleurs publié un rapport remarqué sur la croissance et le plein-emploi.
Il dirige désormais l'Institut Bruegel, think-tank spécialisé dans l'étude des politiques économiques en Europe, et a concentré ses dernières recherches sur l'euro et les politiques économiques en Europe.
Il nous livre un diagnostic rigoureux et argumenté au titre accrocheur, il est vrai peu en rapport avec l'austère mais stimulant contenu de l'exorcisme qui nous est proposé au long des 300 pages de cet ouvrage, qui suscitera indéniablement le débat quant aux solutions envisagées.
Naissance du royaume des ombres
Une grande partie du livre est consacrée à un panorama historique de la survenance de la crise.
On ne peut que souscrire à la description précise et minutieuse des évènements, même si la lecture faite par Jean Pisani-Ferry demeure somme toute assez consensuelle. Cet aspect agacera certainement ceux qui auraient souhaité plus d'engagement et de prises de position.
Si ce livre souffre d'un défaut, c'est en effet de son excès de précaution. Certaines appréciations sont ainsi plus suggérées qu'affirmées, plus esquissées que dépeintes.
Ce détachement a cependant le mérite de l'objectivité et son descriptif du paysage après la bataille laisse le lecteur libre d'effectuer la lecture politique de son choix.
Aucun commentaire