Rédacteur

Sociologue

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Quelle critique des think tanks ?
[lundi 20 février 2012 - 09:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Un pouvoir sous influence. Quand les think tanks confisquent la démocratie
Roger Lenglet, Olivier Vilain
Éditeur : Armand Colin
240 pages / 18.91 € sur
Résumé : Bien qu'il soit titré : "Quand les think tanks confisquent la démocratie", l'ouvrage Un pouvoir sous influence n'est pas une enquête sur les think tanks. C'est un pamphlet contre le néolibéralisme et la social-démocratie.
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Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une atmosphère mystérieuse : on lui parle d’"hommes de l’ombre ", de "maîtres des coulisses ", d’"obscures officines ", de "financiers [qui] tirent les ficelles " et "pensent la place [des leaders] ". Les "groupes qu’ils forment " sont "souvent qualifiés de think tanks ". Souvent ? Mais par qui ? Selon quels critères ? Jamais les auteurs ne donnent de définition des think tanks, si bien qu’ils sont confondus avec les lobbies, les conseillers en communication, les entreprises du CAC 40, les clubs politiques, les experts en général… Plus loin, les lobbies sont dits entretenir avec les think tanks "des relations souvent complices et (…) organiques "  . Quels types de liens, précisément ? Sous quelles formes ? Via quels canaux ? Rien ne nous en est dit. À titre d’exemple, l’Association Française des Entreprises Privées (AFEP) est présentée comme un think tank  , puis comme un lobby   ( - en réalité, c’est un lobby en faveur de la libre entreprise). Bref, dès le départ, le propos est confus.

Qu’est-ce qu’un think tank ?

Afin de pallier un manque majeur de l’ouvrage, faisons un effort de définition : un think tank est un organisme permanent (association, fondation, administration…) et non pas créé ad hoc, qui est doté d’un personnel propre et qui vise avant tout à proposer des solutions innovantes de politiques publiques, via des publications régulières et consultables par tous (livres, revues, presse écrite et radio-télévisuelle, colloques, etc.). Un think tank n’a pas pour but de se mettre au service d’un candidat à une élection. En outre, ce n’est pas un groupe de pression. Comme l’explique Sélim Allili, président de l’Observatoire français des think tanks, "le travail d’un think tank est avant tout de développer une expertise dans un domaine particulier (économie, fiscalité, santé publique, relations internationales...), ce qui le distingue fondamentalement d’un cabinet de lobbying "  .

Par exemple, le groupe Bilderberg, dont il est question dans le livre, n’est pas un think tank, contrairement à ce qu’affirment les auteurs : ce n’est pas un organisme qui produit des idées ; c’est un club d’influence, un réseau qui réunit chaque année des personnalités issues de la diplomatie, du champ politique et des affaires. Bien sûr, certains membres de think tanks sont invités à participer à des conférences de ce type. Mais des universitaires le sont aussi, de même que d’autres penseurs étrangers au monde des think tanks (écrivains, journalistes, etc.).

Un pouvoir sous influence reproche aux think tanks leur manque d’indépendance. Pour Sélim Allili, "la notion d’indépendance est (…) interprétée différemment selon les pays. La légitimité d’un think tank est parfois corrélée à son degré d’indépendance vis-à-vis de l’État comme par exemple aux États-Unis où l’expertise privée ou citoyenne a d’abord été perçue comme une alternative à l’omniscience de l’État fédéral. (…) Mais cette question de l’indépendance est en réalité un faux problème car l’indépendance pure et parfaite n’existe pas. Les think tanks sont comme toutes les autres formes d’organisations liées, quant à leur genèse, à des conditions historiques et sociales déterminées. Vouloir en faire des objets sociaux désincarnés n’aurait pas de sens "  . Effectivement, quel qu’il soit, l’expert indépendant n’existe pas.

L’écosystème des think tanks français est plus complexe qu’on ne croit

La pensée unique et l’annonce de la fin des idéologies sont présentées dans l’ouvrage comme étant le fruit du travail des think tanks, et notamment de feue la Fondation Saint-Simon. Or c’est lui prêter un grand pouvoir que de lui attribuer la responsabilité d’avoir fait "accepter à la gauche d’entrer dans la pensée unique et technocratique du libre développement du marché "  . Les décideurs politiques n’ont pas attendu les think tanks libéraux et socio-démocrates pour accepter la mondialisation : comme l’ont démontré plusieurs chercheurs, le néolibéralisme n’a pas été dicté aux États de l’extérieur ; ceux-ci en auraient plutôt été des artisans majeurs  .

Pour les auteurs, il n’y a de think tanks que néolibéraux. Tous seraient "financés par de puissants groupes privés (entreprises et/ou lobbies), concocte[raie]nt et propage[raie]nt une argumentation néolibérale à travers une production médiatique de plus en plus abondante souvent citée par les politiques "  . Leur seul credo serait de critiquer l’État et la protection sociale via une rhétorique progressiste - et donc mystificatrice. Les think tanks de gauche ne seraient pas de "vrais " think tanks : d’une part, ils seraient les seuls à être "ouverts à la pluralité [de leurs] intervenants "  . En réalité, ni plus, ni moins que les autres. D’autre part, ils s’apparenteraient à des associations de défense des droits de l’homme ou à des associations altermondialistes comme ATTAC parce qu’ils s’intéresseraient aux souffrances des gens. En conséquence, ils seraient "confinés aux marges politiques et médiatiques " . Enfin, ils seraient résignés face au discours dominant : ainsi de la Fondation Jean Jaurès. Quant à Terra Nova, il aurait adopté une "sémantique résiduelle de gauche "   dans le seul but de masquer l’adhésion du parti socialiste au néolibéralisme le plus orthodoxe.

Que répondre à cela ? Qu’il y a bien sûr des think tanks néolibéraux. Mais qu’ils ne sont pas les seuls, loin s’en faut. Exemples parmi d’autres, la Fondation Copernic ou la Fondation Gabriel Péri, pour la gauche, et Novo Ideo ou l’Association pour la Fondation de l’Écologie Politique, chez les écologistes, peuvent être considérés comme de véritables think tanks. Et leur proximité avec les responsables politiques est tout aussi forte que chez leurs homologues libéraux et socio-démocrates.

Il existe aussi des think tanks institutionnels ou administratifs, comme l’Office Français des Conjonctures Économiques (OFCE) et le Centre d’Études et de Recherches Internationales (CERI), à Sciences-Po Paris, ou le Centre d’Analyse Stratégique (CAS), dont les chercheurs et les dirigeants n’entretiennent pas de lien avec les grands groupes financiers ou industriels.

Quid par ailleurs des think tanks – de plus en plus nombreux – dont la raison d’être est de défendre l’égalité des droits ou de lutter contre les discriminations ? Citons l’exemple du Cercle de la LICRA. Quid également de think tanks thématiques comme "Sport et citoyenneté ", qui vise à promouvoir les bienfaits et les valeurs du sport ?

Titre du livre : Un pouvoir sous influence. Quand les think tanks confisquent la démocratie
Auteur : Roger Lenglet, Olivier Vilain
Éditeur : Armand Colin
Date de publication : 19/10/11
N° ISBN : 2200271808
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2 commentaires

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Rédaction@Roger Lenglet

05/03/12 11:38
Nous vous en prions, vous êtes libre de répondre à cet article.

Cordialement
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Roger Lenglet

03/03/12 23:02
Cet article, bien gros et déployant une artillerie étonnante pour un livre tenu pour aussi peu pertinent, mérite une réponse élémentaire : l'objectif de ce texte écrit avec une mitrailleuse et animé d'une mauvaise foi aussi exubérante qu'instructive est de détourner ceux qui risqueraient d'ouvrir l'ouvrage et de découvrir ce qui se cache derrière les think tanks et leurs financements. Si ce premier commentaire est publié, je ferai une réponse point par point à cette "critique" en espérant qu'elle le sera également. Sinon, l'intention de nuire sera caractérisée de fait.

Roger Lenglet

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