On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Gorbatchev – un héritage controversé
Dans le monde contemporain, vingt années après la fin de l'Union Soviétique que Vladimir Poutine a décrit comme la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle, peu de personnalités politiques sont vues avec un tel mélange d'animosité manifeste et d'admiration retenue que celles témoignées à l'égard de Mikhaïl Gorbatchev. Jusqu'à aujourd'hui, le dernier Secrétaire général du Comité Central (CC) du Parti Communiste de l’Union Soviétique (PCUS) apparaît comme une figure atypique et ambiguë, comme le dernier dirigeant d'un empire déchu dont il a accompagné la fin tragique.
En réalité, la portée de l’action de Gorbatchev à la tête de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), puis son rôle politique plus marginal dans la Russie postsoviétique, restent difficile à apprécier. De manière évidente, cette appréciation tend à varier en fonction de si l’on se place dans un cadre domestique russe ou si l’on commente depuis l’étranger. De fait, si l’homme garde encore une immense aura dans le monde occidental, où il est associé à la libéralisation politique du bloc de l’Est et à la fin de la guerre froide, il reste majoritairement perçu en Russie comme le dirigeant qui a raté la transition. Il est l’homme qui n’a été capable ni de conserver les acquis soviétiques, ni de refonder une société nouvelle. Encore aujourd’hui, beaucoup de russes le placent à l’origine des difficiles années 1990 où la Russie est allée d’une crise à l’autre, incapable de défendre ses intérêts internationaux et inapte à réussir son propre développement économique. Un chiffre illustre, sans doute, le mieux ce sentiment de défiance domestique envers Gorbatchev. En 1996, lorsqu’il se présente aux élections présidentielles, il ne recueille que 0,51% des suffrages. Le score est évidemment dérisoire pour un homme qui a présidé pendant plusieurs années au destin de l’URSS.
Pour bien appréhender le dernier ouvrage d’Andreï Gratchev, Gorbatchev, Le pari perdu ? De la perestroïka à l'implosion de l'URSS, cette longue introduction est un pré-requis nécessaire. Elle permet dés le départ de replacer la figure de Mikhaïl Gorbatchev dans un contexte particulier. Surtout, elle montre que la publication de cet ouvrage, mêlant habilement éléments biographiques et réflexions plus générales sur la fin de l’Union Soviétique, n’est pas anodine et s’inscrit dans un débat historique très vif où aucun consensus ne se dégage. La fin de l’URSS et, par extension, le rôle de Gorbatchev dans la fin de la guerre froide sont des évènements trop récents pour pouvoir être analysés sans susciter les exclamations et les controverses émotionnelles. Cependant, en apportant une quantité non négligeable d’informations nouvelles, notamment par le biais de nombreux entretiens originaux avec différents responsables soviétiques, Andreï Gratchev nous propose un livre qui apporte certains éclairages très intéressants.
Avant d'entamer le commentaire de l’ouvrage, il est également nécessaire d'insister sur le fait qu'A. Gratchev fut lui-même un officiel soviétique. Plus encore, il fut le conseiller et le dernier porte-parole de Gorbatchev. Evidemment, cette particularité impose certaines spécificités à l'étude, aussi bien du fait de la proximité entre l'auteur et son sujet de recherche que du fait que l'auteur lui-même apparaît comme l'un des témoins privilégiés de nombre des événements qu'il analyse. Avec ce livre, A. Gratchev présente donc sa version des événements avec la volonté sous-jacente de rétablir "sa" vérité sur la fin de l'Union Soviétique et sur la politique menée par l'équipe de Gorbatchev. Dans l’introduction, l’auteur s’oppose dés lors aussi bien aux "triomphalistes" occidentaux, théoriciens d’une guerre froide "gagnée" par les États-Unis, qu’aux critiques domestiques de Gorbatchev .
3 commentaires
Петр
fluctuat nec mergitur
MM
;-)