La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Gallimard et Paulhan : correspondance
[lundi 13 février 2012 - 13:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Correspondance 1919-1968
Éditeur : Gallimard
605 pages / 28,02 € sur
Résumé : Regards croisés de deux figures mythiques des lettres sur cinquante années d’histoire éditoriale et littéraire.
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Mauriac, dans un bloc-notes particulièrement mordant a dépeint leur duo comme celui de l’“infatigable poisson-pilote” et du “galano le plus affamé de l’édition française” . Cette correspondance nous plonge dans les petits papiers de deux figures centrales du monde de l’édition : Gaston Gallimard, fondateur légendaire des Éditions Gallimard et Jean Paulhan, secrétaire de la NRF, où il entre en 1920, et dont il devient le rédacteur en chef en 1925 à la mort de Jacques Rivière, puis le directeur, aux côtés de Marcel Arland, dès sa reparution en 1953, après la sombre parenthèse de la direction de Drieu La Rochelle.

C’est donc à la fois cinquante années de correspondance et cinquante années d’histoire éditoriale et littéraire qui nous sont données dans ce volume. C’est parfois dans les coulisses d’un vaste champ de bataille que le lecteur de ces lettres est invité à pénétrer. On est témoin du duel manqué avec Breton , des piques assassines de Mauriac, des luttes fratricides avec Marcel Arland, lors des dernières années de la codirection de la revue. Coups de patte, coups de force, mais aussi vertigineux numéros d’équilibristes joués par nos épistoliers pour se concilier des écrivains aux tendances les plus diverses, et qui ont, il faut bien le dire, leurs humeurs.

À Claudel qui rechigne à l’idée de se voir publier aux côtés de Gide ou de Léautaud dans la NRF des années 1930, Paulhan propose d’adresser un tirage à part de ses articles, afin que ses amis qui le désirent puissent les lire sans lire la NRF. Il prie également Gallimard de lui assurer que lui-même n’est pas “pédéraste” . Paulhan cherche à réconcilier Claudel avec la NRF, après sa rupture avec la revue en 1929 suite à la publication, dans la NRF de décembre 1928, d’un Dialogue de Léautaud qui l’avait scandalisé. Il écrivit alors à Gallimard une lettre où il l’accuse d’être “l’éditeur attitré de toute la voyouterie surréaliste” et de l’“équipe de pédérastes” recrutée par la NRF .

Paulhan, qui s’amuse assez du surnom dont l’a affublé Mauriac pour signer plusieurs de ces lettres, “Poisson-pilote”, recommande à Gallimard certains manuscrits, lui fait part de ses enthousiasmes fulgurants pour certains jeunes auteurs, lui dresse régulièrement des tableaux du paysage littéraire et éditorial. “Je vous ai toujours considéré comme le collaborateur, le lecteur le plus efficace. C’est vous certainement qui avez découvert le plus grand nombre de jeunes écrivains” lui écrit Gallimard en 1944. Il y un style épistolaire Paulhan qui procède par juxtaposition, par à-coups, par succession de ruptures, escamotant volontiers les transitions au profit d’astérisque ou de listes, qui mêlent considérations liées à la NRF, conseils, requêtes, choses vues, et plus rarement, notations plus intimes. Une lettre reproduite voit ainsi les ajouts de l’épistolier se multiplier pour envahir les marges et les moindres interstices de la page.

Courant de 1919 à 1968 (l’année de la mort de Paulhan), la correspondance voit cependant ses différentes années inégalement représentées : les premiers échanges sont peu nombreux, et les lettres très courtes, plutôt fonctionnelles. C’est la mort de Jacques Rivière, puis et surtout la guerre, qui resserre les liens entre les deux épistoliers, et marque l’intensification des échanges. Le gros des lettres est échangé entre 1939 et 1953, l’immédiat après-guerre étant particulièrement représenté, mais cette concentration ne nuit pas, bien au contraire, à l’intérêt de la correspondance. Moment de grâce de leur tortueuse amitié” , où les deux épistoliers s’échangent les déclarations les plus vives d’amitié : “Jamais je n’ai eu avec Gide ou Schlumberger, ou Copeau, ou même Jacques Rivière l’intimité que j’ai avec vous et Germaine” écrit Gallimard à Paulhan en 1944, la période correspond également à une métamorphose accélérée du champ littéraire. La guerre est une césure majeure dans les trajectoires individuelles comme dans l’histoire éditoriale. Gallimard fait face à l’épuration, et doit justifier l’abandon de la NRF aux mains de Drieu La Rochelle. Quant à Paulhan, engagé dans la Résistance puis adversaire résolu des “listes noires” d’écrivains compromis dressées par le CNE, sa figure s’est accusée, marquée . Pour Gisèle Sapiro (La Guerre des écrivains), Paulhan s’insurge non pas contre le principe même d’une épuration, mais contre l’institutionnalisation de la dénonciation des écrivains par des écrivains : “Est-ce que je ne suis pas un peu trop marqué pour un directeur de revue” ? se demande-t-il dans une lettre de 1951, ajoutant qu’il servirait la NRF de manière bien plus efficace “dissimulé”.

Camille KOSKAS
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Titre du livre : Correspondance 1919-1968
Auteur : Jean Paulhan, Gaston Gallimard, Laurence Brisset
Éditeur : Gallimard
Collection : Blanche
Date de publication : 04/11/11
N° ISBN : 2070786978
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