On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Claude Simon. Une vie à écrire. Une vie passée à écrire. Une vie qu’il faut écrire. Telle a été, pour Claude Simon, l’injonction qui a fait de sa vie une œuvre. Telle a été également pour Mireille Calle-Gruber, la nécessité un jour d’écrire la première biographie consacrée à cet écrivain. Dès l’introduction, elle fait état de son amitié pour lui et des liens de confiance qui les ont unis pendant seize ans. Pour autant, même si paraît bien souvent l’admiration qu’elle lui porte, son ouvrage n’est pas hagiographique. Il restitue le vif d’une existence vouée à l’écriture, mais que la vie n’a pas épargnée et il est, de ce fait, tout autant biographie d’une vie que d’une œuvre puisque, dès les années 1950, la vie et l’œuvre de Claude Simon se confondent. Mireille Calle-Gruber nourrit sa recherche des très nombreux documents auxquels elle a eu accès, lettres de l’écrivain, études préparatoires et manuscrits des romans, carnets de notes (des années 1980-1990 en particulier et souvent cités) archives, documents divers, interviews donnés par Claude Simon. Autant de pièces à conviction pour saisir le secret du véritable travail alchimique auquel il a voué sa vie et dont la devise aurait pu être l’affirmation de Baudelaire, dans un projet d’épilogue à la seconde édition des Fleurs du Mal : "Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or." Une vie transmuée dans l’écriture où le brut des sensations a été transfiguré dans l’écriture au prix d’un travail exigeant et continu sur la langue.
L’enfance de Claude Simon, né en 1913, est marquée par le décès précoce de ses parents, ce qui a eu pour effet de souder les deux familles (qu’au départ, la condition sociale a séparées : attaches aristocratiques pour sa mère, originaire de la région de Perpignan et racines paysannes pour le père originaire d’un petit village du Jura, Les Planches, tout près d’Arbois). Après des études sans passion dans un lycée parisien prestigieux, Claude Simon a d’abord pensé à une carrière de peintre, suivant, à cette fin, pendant plusieurs années, des cours de peinture. Il a peint de nombreuses toiles qu’il a, par la suite, en grande partie détruites. Il s’est également lancé dans la photographie (il s’y remettra vers 1955 avec le projet de publier un album. Quelques-unes sont reproduites dans l’ouvrage de Mireille Calle-Gruber. Elles ont été publiées en 1992 dans le volume Photographies (1937-1970). Claude Simon rencontre Dubuffet en 1946-1947, puis Dufy. Il se met au dessin. Il admire l’écriture de Ponge.
Grand lecteur, en 1936, il lit Faulkner et s’exerce à l’écriture d’un premier roman qui sera refusé par Denoël fin 1938. En 1937, il voyage dans les pays de l’Est, en URSS puis en Grèce et en Italie, mais avec une certaine distance vis-à-vis des problèmes politiques et économiques. Hiver 1939 : début de l’écriture des Tricheurs. Puis, mobilisation. Il refuse la proposition qui lui est faite de combattre de l’arrière (son statut de pupille de la nation le lui permettait) comme il refuse en 1940 une fonction à Saumur. À partir du 10 mai 1940, les Allemands envahissent la France via la Belgique où il est engagé. Son escadron doit battre en retraite. La plupart des hommes sont tués. Presque tous ses compagnons d’armes meurent. Lui-même échappe de justesse à la mort. Loin de toute forme d’héroïsme – seuls des corps pourrissants restent du carnage – c’est la désolation absolue, celle-là même qui nourrit La Route des Flandres. Prisonnier des Allemands, il est conduit à Mühlberg. Affamé, épuisé, il fait un apprentissage douloureux de la vie, ce qui met fin à la jeunesse relativement protégée qu’il a eue. Il parvient à faire partie d’un convoi qui repart en France le 23 octobre 1941. Une fois en France, il s’évade et rejoint Perpignan où se trouve sa famille. Les années de guerre sont des années de confusion en France. En février 1944, il part à Paris prévenu du risque de son arrestation.
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nuno carvalho