On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Evitons, d’entrée de jeu, la considération quasi-obligatoire, dans ce genre de cas, portant sur les forces et les faiblesses d’un dictionnaire ou d’un dictionnaire encyclopédique. Nous y reviendrons plus tard, à propos de cet ouvrage qui remplit précisément ce rôle de vouloir permettre à ses lecteurs de situer tel ou tel mouvement artistique et littéraire dans le temps, dans l’espace, dans ses auteurs et dans son contenu.
Commençons par une perspective plus générale. De tels dictionnaires, notre époque en est friande. La question est de savoir pourquoi ? On publie des dictionnaires de la culture, de la science, de la philosophie, ... tous ouvrages qui prétendent présenter à un large public une information à partir de laquelle classer, ordonner, mettre en perspective, condenser des éléments centraux à propos de tel ou tel objet. Voilà pour la conception. Mais comment le lecteur reçoit-il ces ouvrages ? Qu’en est-il de la réception ?
La question est d’importance dans la mesure où elle favorise (ou non) l’approche de ces livres. Dès lors qu’on y répond, il est possible (ou non) de distinguer les ouvrages qui diffusent uniquement une érudition un peu vaine, ceux qui réduisent le savoir et la pensée à des notices de quelques lignes, ceux qui constituent une aide véritable à l’élaboration d’une pensée critique. Dictionnaires et encyclopédies, désormais, rivalisent autour de ces différents projets, quand ils ne se confondent pas.
Le dictionnaire des Virmaux que nous présentons ici ne prétend pas se substituer à un savoir vivant. D’une certaine façon, il y conduirait plutôt. Les notices alignées en ordre alphabétique (de « Abbaye » à « Zwanzeurs ») ne se contentent pas d’informations techniques rapidement diffusées. Elles sont rédigées à chaque fois dans une optique spécifique, laissant alors le lecteur à même de juger si ce qu’il lit doit ou non être prolongé et comment. En tout cas, pour s’y retrouver nulle difficulté : l’ordre alphabétique est redoublé par un Index des mouvements et un Index des noms.
Le propos couvre la période 1870-2010. Pourquoi 1870 ? Parce que la fin du XIX° siècle voit éclore un prodigieux fourmillement d’écoles et de mouvements artistiques et littéraires qui de déclarations en manifestes transforment le paysage culturel. Cette césure permet aussi d’éviter d’entrer dans les voies d’une histoire complète de l’art, qui aurait exigé un tout autre travail. A la charnière du XX° siècle, les catégories habituelles de cette histoire sont remises entièrement en question. Entre les « Zutistes », les « Vilains Bonshommes » et les « Hydropathes », quelque chose prend forme qui passera rapidement dans le Dadaïsme, puis les grands mouvements de la modernité des avant-gardes.
La classification et la fixation des catégories retenues par les auteurs reconduisent vers deux aspects de ces mouvements nouveaux : les termes émergents et les écoles constituées pour la plupart des genres artistiques (arts plastiques, musique, théâtre, littérature, design, sculpture, danse). L’agencement des deux aspects selon l’ordre alphabétique rompt heureusement le fil d’une succession de mouvements risquant l’insipide. Il reste qu’il était délicat de distinguer systématiquement les mouvements, les procédés, les genres et les doctrines, aussi les auteurs s’arrangent-ils parfois pour laisser assez de place à chacun sans tomber dans le formalisme.
Le champ géographique recouvert est très nettement mondial, même si l’Europe domine les énoncés. En tout cas, le parti pris international était tout aussi inévitable (dès l’échelle européenne) que l’ampleur souhaitée d’une exploration presque infinie. Disons que l’Inde, le Japon, l’Argentine, et bien d’autres contextes culturels ont droit à une présence par définition bienvenue.
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