La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Avoir le choix
[mercredi 25 janvier 2012 - 15:00]
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L’élection présidentielle du printemps 2012 aura une saveur toute particulière. Une saveur qu’elle n’avait peut-être pas eu depuis 1981, et à laquelle la jeune génération va goûter pour la première fois. Car c’est sans doute la première fois depuis 1981 que les Français auront à faire un choix de vie et de société aussi important, un choix politique aussi clivant (et ce parfois, admettons-le en écoutant les interventions des responsables socialistes, malgré les apparences). Un (très) rapide retour sur les quatre élections présidentielles qui ont suivi la victoire de Mitterrand le 10 mai 1981 – la première victoire d’un président socialiste sous la Ve République, cela mérite d’être rappelé – permet de le comprendre.

En 1988, tonton n’a pas laissé béton. En annonçant qu’il souhaitait rempiler pour sept ans face à un adversaire qui lui servait de Premier ministre, il n’avait certes pas gagné d’avance, mais offrait d’une certaine manière à tous les Français, qu’ils soient de droite ou de gauche, le progrès dans la continuité. Les Français ne s’y sont pas trompés, et ont choisi d’écrire pour sept années de plus l’histoire de la génération Mitterrand.
1995 était la fin d’un règne – voire de deux règnes, car l’élection a également mis fin aux ambitions d’un Premier ministre en chaise à porteurs –, sans qu’aucune rupture ne soit offerte à l’horizon. La présidence à gauche, le gouvernement à droite comme en 1988. Le successeur non officiel du roi malade contre deux leaders de droite se livrant une bataille fratricide acharnée. Une envie de changement, mais rien de vraiment neuf, ni de vraiment radical à l’horizon. Loin d’avoir été résorbée, la fracture sociale n’aura fait que s’accentuer.
2002 a été un coup de tonnerre, mais que personne n’avait su prévoir. La présidence était alors à droite, et le gouvernement à gauche. Le Président croyait en sa popularité, le Premier ministre en son bilan. Les Français se sentant délaissés dans leur quotidien, c’est au final l’extrême droite qui l’a emporté, et la fausse bonhommie présidentielle qui a été renouvelée.
2007 fut l’ascension finale d’un homme qui avait entamé sa conquête des années auparavant. Chacun des deux camps en lice croyait en la victoire, mais personne ne voyait la défaite comme un point d’absolu non retour. Le candidat UMP s’est installé aux commandes, la candidate socialiste nous avait donné un rendez-vous (manqué) dans cinq ans. Plus de 1 800 jours après, nous y voilà. Et 2012 est différent.

2012 est différent car la gauche socialiste – qui a tenté avec succès d’innover dans le mode de désignation de son candidat – sera définitivement enterrée si elle échoue une nouvelle fois. 2012 est différent car le sarkozysme – et son principal acteur en est absolument conscient – ne restera pas gravé dans les marbres de l’histoire si l’actuel président se montre incapable de renouveler son bail à l’Elysée.
Mais 2012 est surtout différent car les Français devront se donner un président – et un gouvernement – qui non seulement aura pour tâcher de diriger le pays, mais qui surtout aura pour mission de livrer, afin de protéger ce pays, une lutte sans merci contre le diktat des marchés financiers. A moins, bien évidemment, que les Français ne se donnent un président qui décide, au nom d’un réalisme économique ultralibéral aujourd’hui dépassé, de s’y soumettre. N’est-ce pas ce qui s’appelle avoir le choix ?

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