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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Construire, dit-elle
[mercredi 25 janvier 2012 - 15:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Annie Ernaux. De la perte au corps glorieux
Michèle Bacholle-Boskovic
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
182 pages / 14,25 € sur
Résumé : Une traversée de l’œuvre d’Annie Ernaux : d’un vide constitutif à la plénitude d’une écriture salvatrice.
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Dans cet ouvrage très documenté, à la riche bibliographie, qui prouve que l’œuvre d’Annie Ernaux retient l’attention passionnée des chercheurs et des critiques en France, mais aussi outre-Atlantique, Michèle Bacholle propose un véritable parcours dans les livres de l’écrivain, et une démonstration rigoureuse qui embrasse l’ensemble de sa production jusqu’à L’Autre Fille, parue en 2011, au moment où l’essai universitaire était en lecture auprès des Presses universitaires de Rennes. Le grand regret que l’on peut avoir en lisant ce travail, c’est que sa parution n’ait pas été retardée pour permettre de prendre en considération la somme que constitue Écrire la vie, parue dans la collection Quarto chez Gallimard en octobre 2011, et L’Atelier noir (Des Busclats, 2011), le journal d’écriture d’Annie Ernaux, entre 1982 et 2007.

Le livre s’ouvre sur un hommage et un exercice d’admiration qui retourne la première phrase des Années (“Toutes les images disparaîtront”) en son contraire : “Toutes les images demeureront” qui introduit une liste où les lecteurs d’Annie Ernaux pourront la reconnaître et retrouver des aspects prégnants de son œuvre-vie. La démonstration prend comme point de départ la perte, considérée comme le “noyau dur” de tous les livres d’Annie Ernaux qui confiait à Loraine Day dans un entretien de 2001 : “J’écris à partir de mon vide. Le vide ou le manque. […] Donc, pour remplir le vide, j’ai besoin de faire énormément de choses. […] Et puis, à un moment, il y a la chose la plus fabuleuse à faire, en réalité deux choses fabuleuses à faire, l’écriture et l’amour.”

Michèle Bacholle examine avec soin la perte des amants, où se rejoue l’amour malheureux de 1958, la perte paradoxale que constitue l’avortement clandestin en 1964, raconté dans L’Événement en 1997, la mort du père et de la mère, comme perte des origines et en même temps levée d’interdits pour l’écrivain, et enfin la perte par ses parents de l’“autre fille”, en 1938, deux ans avant sa naissance qu’elle rend possible. Si le recours à la psychanalyse se justifie sans doute pleinement pour expliquer cette œuvre et ses ressorts, ce que l’écrivain elle-même ne songerait sans doute pas à récuser comme appareil critique et théorique pertinent, il est toutefois agaçant de la voir traitée en “cas Ernaux”, ce qui semble bien réducteur.

Ce motif fondateur de la perte explique la fascination d’Annie Ernaux pour “ce qui a été” – c’est ainsi, on s’en souvient, que Roland Barthes définissait l’effet de la photographie dans La Chambre claire en 1980 : le chapitre II est ainsi consacré aux “photos, taches et traces” dans l’œuvre de l’écrivain. Michèle Bacholle établit une distinction entre les photos réellement reproduites dans les récits et les “photos en prose”, décrites dans le détail mais que l’auteur se refuse à exposer, comme la fameuse photo de sa mère enfant au Jardin d’hiver que Barthes évoque longuement dans son essai sur la photographie. Ce classement perd sans doute de sa pertinence avec la parution, dans les cent premières pages d’Écrire la vie de photos personnelles accompagnées d’extraits du journal intime inédit. Il aurait fallu pouvoir intégrer ce corpus à l’étude d’ensemble, et analyser les rapports entre les photos publiées dans l’œuvre, les “photos en prose”, et ce cahier iconographique qui semble rebattre les cartes.

Titre du livre : Annie Ernaux. De la perte au corps glorieux
Auteur : Michèle Bacholle-Boskovic
Éditeur : Presses universitaires de Rennes (PUR)
Collection : Interférences
Date de publication : 17/11/11
N° ISBN : 275351707X
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