On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le Parti socialiste doit faire face à la crise et à une situation sociale paradoxale : jamais le fatalisme et l’individualisme n’ont été aussi marqués, jamais l’affirmation de la solidarité n’a été aussi nécessaire. Il ne s’agit plus, semble-t-il, de remettre en cause un système économique global mais de l’adapter au désarroi des citoyens. Ce parti doit néanmoins affirmer son identité, tout en se démarquant des effraies de la collectivisation des moyens de production dans lesquelles on voudrait l’enfermer.
Le postulat du socialisme
Lorsqu'il naît en France dans les années 1830, le mouvement socialisme ne s’oppose pas au libéralisme, au sens de la défense des libertés. Il constate, par contre, une impuissance de cette doctrine à réaliser les libertés si elle n'est pas accompagnée d'une exigence d'égalité et de démocratie. Le socialisme est, à cette époque, profondément républicain et démocratique. C’est la démonstration de Jean Fabien Spitz, philosophe et professeur de philosophie politique, à travers sa présentation d’une partie des “ Textes politiques” de Louis Blanc (1811 – 1892) aux éditions Le bord de l’eau.
On peut regretter que l’ouvrage ne présente pas une biographie plus exhaustive de la vie, pourtant intense, de Louis Blanc et se concentre sur des textes écrits à partir de 1839, date de création de la “Revue du Progrès” et de la publication de son œuvre majeure “l’organisation du travail”, jusqu’à sa mort. Ce journaliste et historien est à la fois un acteur pragmatique de la vie politique en étant membre du Gouvernement provisoire de 1848 ou député sous la troisième république et un théoricien de la démocratie sociale et du socialisme, dénonçant très tôt la peine de mort, défendant le crédit gratuit, le suffrage universel et, surtout, la propriété pour tous.
La propriété pour tous
Récemment on a comparé la situation actuelle à la période de la fin des années 1920. Pourtant le 19ème siècle n’est pas en reste. Beaucoup recherchent déjà les supports indispensables de la liberté des citoyens et de contrepoids au pouvoir de la finance et des grandes entreprises. Ce siècle est celui d’une nouvelle génération d’intellectuels post-1789, qui revisitent la Révolution et la pensée de Rousseau, soit pour en critiquer les conséquences politiques, soit pour regretter son inaboutissement par la voie révolutionnaire. Louis Blanc observe les conséquences de la concurrence anarchique et de l’économie de marché qui ne peuvent aboutir “qu’à la victoire d’un seul, profitant du travail des autres”. Avec une France de plus en plus pauvre, “Les faubourgs des grandes villes regorgent d’une main d’œuvre vagabonde, l’oligarchie financière est omnipotente, et à défaut de voir s’organiser le travail c’est la criminalité qui s’organise”. Comment réguler le travail et assurer une véritable démocratie sociale ? Comment construite l’égalité sans nier la propriété ?
C’est en répondant à ces questions que la vision politique de Louis Blanc prend toute sa dimension, en définissant un socialisme épuré de toutes considérations anarchistes. Parce que Louis Blanc ne veut pas détruire la propriété, au contraire de Proudhon, mais la généraliser !
Ce n’est pas un socialiste utopique, à l’image de Saint Simon, Robert Owen ou Charles Fourier. Son analyse d’historien et de journaliste sur le rôle de l’Etat, de l’entreprises s’inscrit dans une volonté de construite un vrai républicanisme basé sur le droit au travail et la démocratie. “Une vraie république ne peut finalement s’épanouir sans un étroit contrôle des mécanismes de répartition des moyens de l’indépendance des individus et donc sans une étroite surveillance des mécanismes de la société civile et du marché dont la tendance naturelle conduit certains à une situation où ils seront incapables d’échapper à la domination, incapables de faire de choix autonome et de développer pleinement leurs facultés”. La véritable utopie est de croire que la libre concurrence peut autoréguler la société et rendre les hommes libres et égaux.
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