On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

De Masi, psychiatre et psychanalyste italien, travaille sur des cas difficiles. Il a rencontré des personnes pratiquant un sadomasochisme dangereux. De cette clinique il déduit que le sadomasochisme est une perversion grave à ne pas confondre avec les traits pervers qui se retrouvent dans différents contextes psychopapathologiques. Il s’inquiète d’"extensions conceptuelles" trop fréquentes et inappropriées comme celle qui conduit à placer certains cas d’anorexie du côté de la perversion . Dans le même ordre d’idées, il réprouve l’usage du mot masochisme pour désigner ce qui relève simplement de la passivité. D’après lui, ces assimilations abusives traduisent le manque d’information sur la perversion sexuelle lié au fait que les pervers consultent rarement . En réponse à cette carence, il se propose de faire le point sur les différentes théories qui ont tenté de cerner la perversion, pour en dégager les caractéristiques fondamentales.
Une définition de la perversion
De Masi associe la "perversion pure", sexuelle, à des pratiques sadomasochistes caractérisées par la domination, le triomphe, le pouvoir, la déshumanisation du partenaire. Il la distingue des relations conflictuelles d’allure sadomasochiste car si ces dernières découlent d’abord d’un conflit intrapsychique, "La perversion sexuelle pure ne découle pas, d’après lui, d’un conflit mais se caractérise bien plutôt par l’accord et la syntonie entre les différentes parties du Soi." Le pervers ne s’engage d’ailleurs pas spécialement dans des relations d’allure sadomasochiste, le sadomasochisme étant un comportement chez lui restreint à la sphère de la sexualité : "Havelock Ellis [1913] a observé que, hors de la sphère sexuelle, le sadique ne manifeste d’intérêt ni pour la cruauté ni pour la douleur."
Havelock Ellis ? 1913 ? Krafft Ebing ? On ne sait que dire face à ce retour inaugural aux vieilles descriptions pré-psychanalytiques de la sexualité comme à des références anciennes auxquelles il faudrait se fier…
Car finalement, si la pratique sadomasochiste permettait, comme le soutiennent de Masi et Ellis, de localiser la perversion à la sphère sexuelle… et privée, ce serait avantageux pour tous : dans le cas de la rencontre d’un partenaire consentant et majeur, elle ne risquerait plus d’envahir le social, le relationnel. Le sadomasochisme y retrouverait même ses lettres de noblesse puisqu’il aurait pour ainsi dire une valeur thérapeutique ! Et justement, c’est en général ce que vous explique gentiment - et très longuement - le pervers. Pourquoi accréditer son discours ?
Avec le récit du cas de Mishima, de Masi fait accéder la perversion, la vraie, au sublime. Bien loin de banaux fantasmes de fustigation qui, remarque de Masi, touchent même les psychanalystes les plus célèbres (Lou Salomé, Sabina Spielrein, Anna Freud) , "le cas de Mishima se situe du côté de la polarité maligne de l’expérience perverse, qui se manifeste comme un pouvoir hypnotique s’imposant à un protagoniste résigné. Dans ce cas [de mishima], le fantasme infantile est sous-jacent à la fascination pour la mort, donnée et reçue par le corps masculin sexualisé. L’attraction extatique en rend l’issue irréparable." Que le destin de certains pervers soit sublime ne constitue cependant par leur cas en prototype de la rare et "vraie perversion". Qui n’a en elle-même rien de sublime, bien qu’elle soit parfois sublimée… par la littérature, comme chez Mishima.
La perversion exerce chez celui qui la côtoie, fût-il psychiatre, un mélange variable de répulsion et de fascination. Si cette frontière nette que tente d’établir de Masi entre une "vraie perversion" et le petit fantasme sans conséquences de l’homme normal" existait, elle serait sans doute plus facile à traiter pour ceux dont, comme lui, c’est le métier. Alors il serait possible d’isoler cette "monade sadomasochiste" comme prototype d’une perversion enfin retirée du monde du commun des mortels.
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ELM
Thomas Szasz
Calinlapin