On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les éditions La Découverte publient en un seul volume la célèbre anthologie de l’anarchisme de Daniel Guérin parue en deux volumes en 1999 et précédemment aux éditions Maspero. La présentation est à la fois chronologique et thématique, ce qui permet au lecteur de suivre les grandes évolutions de la pensée anarchiste à travers ses principaux auteurs et ses principales expérimentations.
Le recueil s’ouvre sur une courte biographie de Max Stirner, souvent méconnu car éclipsé par son contemporain, Proudhon. Sont ensuite reproduits plusieurs de ses écrits. Sa philippique sur l’éducation n’a pas perdu de sa fraîcheur. Il est toujours bon de lire que la pédagogie doit avoir pour but de "former des personnalités libres, des caractères souverains".
Proudhon figure naturellement en bonne place. Outre sa critique de la propriété privée, son analyse de la révolution de 1848 et la détestation du système représentatif sont largement développés. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le rejet des élections professé par Proudhon ne provient pas seulement de sa défense, typiquement anarchiste, de la liberté individuelle. Il pense certes que l’électeur abdique cette précieuse liberté lorsqu’il s’abaisse à désigner des représentants mais son dégoût pour les élections est plus profond. Il s’enracine dans sa propre expérience de député en juin 1848. Il estime en effet que cette tâche l’a tellement absorbé, l’empêchant d’être attentif à ce qui se passait alors dans la rue et de tenir le rôle qui aurait dû être le sien auprès du peuple révolté.
Bakounine et ses premiers disciples (le Belge de Paepe et le Suisse Schwitzguébel) occupent à eux seuls un cinquième de l’ouvrage. Courant de révolution en insurrection – Paris et Prague en 1848, Dresde en 1849, une tentative vers la Pologne en 1863, l’Italie à partir de 1867 – et longtemps emprisonné par le tsar, Bakounine a laissé des pages fondatrices contre l’Etat, l’Eglise et pour un fédéralisme international. De larges extraits de ses polémiques avec Marx soulignent parfaitement que Bakounine, comme d’autres anarchistes, avait su déceler très tôt les dangers du communisme.
Daniel Guérin a cependant choisi de faire l’impasse sur un texte fort connu de Bakounine, sa Confession (parue aux PUF en 1974). Revenant sur sa vie, le penseur russe y fait mine de se repentir de ses convictions anarchistes afin d’obtenir le pardon du tsar, qui ne le lui accorda pas. Emporté par sa volonté de réhabiliter l’anarchisme, Daniel Guérin passe ce texte sous silence, comme s’il avait voulu laver la honte que représente pareille soumission à l’autorité. Pourtant, par sa Confession, Bakounine prouve à la fois son talent de conteur et sa loyauté. Il ne dénonce en effet aucun de ses camarades et n’enjolive les événements que pour mieux rester fidèle à ses idées.
2 commentaires
alpha
theo
Un article au gout de la paraphrase...enfin bon.
Même si vous ne le dites très clairement (la référence à Maspéro mais quand ?) l'ouvrage aura presque 40 ans...
Il faut le dire ! d'ou peut-être ce manque sur la confession, que Jacques Duclos en son temps s'était chargé de publier. Dans son livre Marx /Bakounine Ombre et lumière. Peut-être plus édité que l'ouvrage de Guérin.
Peut-être auriez vous pu parler de Guérin et de de sa tentative malheureuse de croiser marxisme et anarchisme...qui fut un échec pratique et intellectuel, et qui n'apparait pas dans cet ouvrage finalement assez neutre à vocation pédagogique.
C'est tout à son honneur.
L'anarchisme pèche hélas par sa culture théorique (L'ecart en Stirner et Bakounine est si fou), que les ouvrages de D.Colson ne font qu'embrumer ...Deuleuze anarchiste ?