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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Habermas au Moyen Age
[jeudi 12 janvier 2012 - 12:00]
Histoire
Couverture ouvrage
L'espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas
Patrick Boucheron, Nicolas Offenstadt (dir.)
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
370 pages
Résumé : Les très riches heurs et malheurs de la notion d’espace public en son voyage au temps jadis.
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Les dispositifs intellectuels élaborés par les théoriciens du social sont-ils solubles dans les archives des médiévistes ? Les réponses des historien(ne)s récemment réunis par Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt ne seraient sans doute pas unanimes et sans dissonances, après qu’ils ont ferraillé à la suite de leurs homologues d’outre-Rhin, qui contre, qui au côté du modèle déployé par Jürgen Habermas au début des années 1960.

Dix-sept ans après que la fin du nazisme a été scellée par la force des armes, l’inclassable philosophe allemand, aux prises avec la crainte vive que le miracle démocratique s’effondrât, décelait dans le siècle des Lumières l’acte de naissance d’une ère du débat public émancipateur, toujours susceptible de dégénérer et de s’abîmer à nouveau dans les hauts-fonds des âges obscurs. Salons, cafés… : ces territoires de l’échange qui se développèrent notamment au XVIIIe siècle auraient été les territoires fondateurs de la bürgerliche Öffentlichkeit, d’une "public-ité" ou "publiqueté" bourgeoise envisagée comme l’usage critique et socialement exercé de la raison par les gouvernés, identifié comme la base du régime démocratique. Parce son enracinement dans l’histoire où il repère de surcroît une rupture, ce modèle devait interpeler les historiens. Parce qu'il abandonne le Moyen Âge dans les limbes d’une Öffentlichkeit saturée de représentation au point d'anéantir toute possibilité de débat, il devait être confronté par les spécialistes d’une période dont la connaissance a été profondément renouvelée en un demi-siècle.

L’historien et le philosophe

Théorie de la société et recherche historique ne sauraient être mises à l’épreuve l’une de l’autre sans un certain nombre de mises au point préalable. Et ceci à plus forte raison dès lors qu’il s’agit de déterritorialiser une notion élaborée pour penser la modernité – vouée à un certain anachronisme, donc –, et passée au français au prix d’une altération considérable de son sens par les résonances spatiales de la métaphore contenue dans l’idée d'"espace public", qui domine le titre de l’étude d’Habermas depuis sa première traduction .

Stéphane Haber s’emploie ainsi d’abord à resituer la production de la notion habermassienne dans un triple combat propre au milieu du XXe siècle contre les excès positivistes et sondagiers des sciences sociales, contre les attitudes politiques souvent apathiques et quelquefois extrémistes de ses contemporains, et contre les interprétations du matérialisme historique formulées par Lénine et Lukàcs, jugées aussi déformantes que réductrices. Stéphane Van Damme constate pourtant que loin d’en neutraliser les usages historiens, la polémique tôt endormie a laissé le champ libre à une exploitation intensive de la notion d’espace public dans l’appréhension de l’émergence de la société civile au XVIIIe siècle en un certain nombre de lieux identifiés par Habermas , qui semblent désormais avoir été bien moins favorables à l’exercice collectif de la raison critique que le développement conjoint des cultures scientifique et capitaliste, au principe de l’avènement d’une consommation des savoirs passablement affranchie des lieux. Dans un autre sens, si la spatialisation de l’hypothèse d’Habermas explique sans doute qu’elle soit demeurée largement étrangère aux conceptions de l’espace public des historiens de l’Antiquité, elles-mêmes strictement insérées dans un modèle spatial difficilement compatible, Vincent Azoulay relève pourtant qu’elle invite à porter plus d’attention à divers lieux informels de l’ "espace public" athénien, tandis que la critique des institutions démocratiques par les démagogues engage, en retour, à mettre à distance les procès en "impureté" de l’espace public démocratique.

Par sa façon de déplacer le regard comme par les critiques qu’il inspire à son encontre, le concept habermassien présente ainsi dans tous les cas une indéniable fécondité heuristique, à laquelle les médiévistes allemands, sinon français, se montrèrent sensibles dès le début des années 1980 pour étudier la formation d’une opinion publique non dénuée d’enjeu pour les gouvernants du Moyen Âge. Les problèmes posés par la pertience de son utilisation et les modalités de son installation dans le domaine de la médiévistique suscitèrent d'emblée d'intenses discussions, à tel point que la référence au débat historiographique sur l’espace public est désormais devenu un moment presque obligé des travaux passés en revue par Nicolas Offenstadt, d’où l’on voit apparaître la nécessité d’attribuer "au Moyen Âge sa propre Öffentlichkeit." 

Titre du livre : L'espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas
Auteur : Patrick Boucheron, Nicolas Offenstadt (dir.)
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Le noeud gordien
Date de publication : 09/10/11
N° ISBN : 978-2130573579
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2 commentaires

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Geneviève Aclocque

16/01/12 20:18
Pour les anciens candidats aux concours qui ont dû plancher sur les "territoires de l'échange en Afrique", vive la remarque sur "la non-territorialité des micro-espaces publics médiévaux"
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Gustave Fagniez

15/01/12 22:45
Une question très intéressante que je suis heureux de voir soulevée ici. Que vive cette approche stimulante de l'histoire médiévale comme science sociale, dialoguant avec la philosophie et avec les autres périodes autour d'un concept !

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