Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 
Jean-Pierre Dupuy

La désindustrialisation que connaît la France est un problème, par son ampleur et son accélération, à cause de ses effets sur l’emploi, les salaires et le commerce extérieur, et en raison de la difficulté d’y remédier. Pascal Artus et Marie-Paule Virard, dans le format d’essai qu’ils affectionnent, en donnent une présentation générale, qui va du constat aux solutions, bonnes et moins bonnes, en passant par l’analyse des causes, mais également des effets du phénomène.
Une désindustrialisation couplée à une dégradation des parts de marché à l’exportation
Le premier chapitre est consacré au constat. Il pâtit malheureusement de l’absence de graphiques. On en trouve une partie dans le rapport des États généraux de l’industrie, mais on pourra aussi se référer pour ceux-ci à la note récente sur le même sujet de Patrick Artus pour Natixis "Made in France", où les données sont actualisées et complétées. De 2000 à 2008, l’industrie française a perdu environ 500.000 emplois, tandis que sa part dans le PIB baissait de 18% à 14%. Elle comptait 5,3 millions d’emplois en 1980, 3,9 millions en 2000 et plus que 3,4 millions en 2008.
On sait (grâce notamment à L. Demmou) qu’une partie de cette baisse renvoie à l’externalisation de certaines fonctions par les entreprises industrielles (dont l’impact serait toutefois assez réduit sur la période 2000-2008) et qu’elle s’explique pour le reste par des gains de productivité non compensés par une nouvelle demande de produits industriels ou encore par la concurrence étrangère (sachant qu’en volume la part de valeur ajoutée de l’industrie se maintient quasiment sur la période, ce qui a pu être considéré jusqu’à une période récente comme une preuve que les pertes d’emplois s’expliquaient plutôt par les gains de productivité).
Mais les auteurs n’entrent guère dans ces distinctions, préférant insister sur la faible part à laquelle l’industrie française se trouve réduite, aussi bien en termes de valeur ajoutée que d’emplois, par rapport à ses principaux voisins. En dix ans, entre 1999 et 2008, la part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée marchande a reculé de 6 points, de 22% à 16% (cf. la remarque ci-dessus), contre 3 points pour la zone euro, de 25,5% à 22,4%. La part de l’emploi industriel dans l’emploi total a également baissé plus rapidement en France que dans les autres pays, de près de 20% quand la baisse était limitée à 14% en Allemagne, 12% en Italie et 14% en moyenne dans l’Union européenne . Les périmètres retenus varient ici sans arrêt. Dans la note pour Natixis, Patrick Artus opte, d’une manière qui nous semble plus cohérente, pour la part dans le PIB de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en volume cette fois, dont le maintien en France mais également la progression en Allemagne (avant la chute de 2009) se sont accompagnés d’une baisse, plus marquée en France mais effective en Allemagne également, de la part dans l’emploi total de l’industrie manufacturière.
1 commentaire
arthurmarshall
Il semble que l'invasion terminologique du post-libéralisme bien pensant à la Rushdie, à la BHL -,
ses débordements intempérés, ses glissements de terrain sémantiques recus avec autorité exigent que l on rende à l'abeille, symbole de Napoléon:
l'abeille industrieuse précisément, qui n a rien à voir avec l'industrie telle que les cheminéées d'usine - pour Vladimir Illych Ulianov, dit Lénine, ces cathédrales du XX siècle - auront abattu toutes enceintes terminologiques.
Industrieux, industriel: dex mensurations si l'on peut dire qui témoignent d'un humanisme du labeur: l'industriosité de l'abeille n est pas l'industrialisation capitaliste, corrompue,vile et malfaisante.
Bref, lorsque les enjeux sont de taille, ne trahissons pas les mots nos amis.
Charles Reesink