Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Une pensée risquée du sida
[jeudi 22 décembre 2011 - 20:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Que veulent les gays ? Essai sur le sexe, le risque et la subjectivité
David Halperin
Éditeur : Amsterdam
185 pages / 18,05 € sur
Résumé : Un livre aussi intéressant qu'ambigu et polémique sur la question des conduites sexuelles à risque dans la communauté gay.  
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De l’art du bareback?
On s’inquiète, depuis quelques années, pour la diffusion des pratiques sexuelles à risque chez les gays et, en général, chez les populations HSH  . Dans la perspective des politiques de prévention, le phénomène du bareback, autrement dit, des pratiques sexuelles non protégées délibérément opérées avec des partenaires occasionnels et anonymes, assume le visage quasi terrifiant d’une sexualité déchaînée, effrénée et indifférente aux risques de contamination qu’elle comporte. Ce phénomène est ainsi le plus souvent présenté comme une vraie "menace pour  la santé publique" . De nombreuses études et enquêtes dans la presse se sont penchées sur les motivations psychologiques, intimes, profondes qui poussent certains gays à ne pas se protéger notamment lors de rapports sexuels anaux. Savent-ils qu’il est important d’utiliser le préservatif, de prévenir "tout risque"  de contamination par le VIH ? Et, s’ils le savent, pourquoi se montrent-ils incapables d’agir en conséquence ?
De tels discours ne font que reprendre et véhiculer des stéréotypes homophobes sur la défaillance psychologique, la carence morale, voire le caractère anormal et pathologique des gays. Le terme même de bareback "laisse entendre avec inquiétude que les rapports non protégés sont le résultat d’un renoncement irresponsable, hédoniste et désinvolte des gays… "  . Et voici qu’au moment où les préjugés liés au discours médical semblaient reculer, la panique autour du bareback est venue rétablir ces attitudes pathologisantes et stigmatisantes à l’égard de l’homosexualité masculine.
Le livre de D. Halperin brosse une fresque des différentes positions queer américaines qui se sont penchées sur la difficile question de la prise de risques sexuels. L’auteur prend nettement ses distances à l’égard de la perspective, encore fortement normative, exprimée par certains théoriciens queer d’inspiration lacanienne, comme Tim Dean. Celui-ci reproduit le langage de la culpabilisation et de la pathologisation en affirmant que  "le risque érotique chez les gays est désormais concerté et délibéré, et non plus simplement accidentel "  . Halperin reprend la position de Michael Warner, qu’il présente comme plus essentiellement sociologique et éthique. Warner essaie, en effet, d’articuler le regard social avec une analyse de l’expérience affective et émotionnelle des gays frappés par la détresse profonde dans les années les plus sombres de la crise du sida.
Halperin avance de son côté une hypothèse provocatrice : les discours courants sur la prévention du VIH/sida provenant des politiques publiques sont désormais historiquement datés. D’autres analyses sont possibles qui conçoivent les risques sexuels non pas comme une attitude pathologique et autodestructrice, mais comme une possibilité de retourner et de renverser, par la transgression, les expériences de honte et de stigmatisation socialement vécues par les gays.

Titre du livre : Que veulent les gays ? Essai sur le sexe, le risque et la subjectivité
Auteur : David Halperin
Éditeur : Amsterdam
Nom du traducteur : Matthieu Dupas et William Bishop
Collection : poches
Date de publication : 29/10/10
N° ISBN : 2354800835
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