Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Nostradamus à rebours
[jeudi 22 décembre 2011 - 19:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Nostradamus. Une médecine des âmes à la Renaissance
Denis Crouzet
Éditeur : Payot
459 pages / 26,13 € sur
Résumé : Une relecture des "Prophéties" comme voie d’accès à la conscience troublée de l’esprit renaissant.
Page  1  2  3 

* Cet article est accompagné d'un disclaimer (cf. en bas de page).

 

En ouverture de son étude, Denis Crouzet fait part du doute qui lui est venu après avoir choisi de travailler sur Nostradamus, évoquant aussi bien la rareté des sources que le caractère impénétrable des prophéties. Si c’est par là qu’il a choisi de débuter, c’est justement parce que cette résistance forcenée de l’œuvre prédictive face à la lecture que l’historien a d’abord tenté d’en faire est au fondement même de sa démarche. En d’autres termes, c’est l’impossibilité d’interpréter chaque quatrain écrit par Nostradamus comme une prédiction, au sens contemporain du terme, c’est-à-dire comme l’annonce d’un futur certain d’advenir, qui a obligé Denis Crouzet à construire une autre approche. Dès lors, et à rebours de la majorité des lectures qui en avaient auparavant été faites ou de celles qui sont parfois encore d’actualité, il a cherché dans l’écriture nostradamienne une autre raison que celle qui la sous-tend a priori, une autre logique que l’ambition de délivrer aux hommes une connaissance certaine des possibilités contenues dans l’avenir.

Denis Crouzet donne ainsi à voir l’historien dans son cheminement, sa réflexion et ses doutes. Il autorise son lecteur à regarder au-delà ou plutôt en deçà du résultat final que représente l’ouvrage imprimé et de la logique d’exposition qui y préside, et à saisir une histoire en train de se faire. D’autant que dans sa conclusion intitulée "Pourquoi Nostradamus ?", il entame un vaste retour sur l’ensemble de son œuvre historique ; il y procède à une mise en cohérence de son Nostradamus avec le reste de ses écrits dont il présente successivement l’objet et les apports, tout en faisant ressortir les partis-pris méthodologiques qui ont été les siens depuis quatre décennies dans son exploration des imaginaires de la Renaissance. Ces quarante pages conclusives sont passionnantes et permettent à rebours de comprendre d’autant plus clairement les enjeux de l’ouvrage qui les précède.

Réveiller les âmes

Le second paragraphe introductif règle quant à lui en cinq lignes la question biographique : "Pour une chronologie proprement dite de ce que l’historien peut savoir de Nostradamus, en liant les quelques données biographiques qui ont subsisté aux grands événements qui scandent l’histoire de son temps, le lecteur se reportera en fin d’ouvrages."  Denis Crouzet n’entend donc en aucun cas écrire la vie de Michel de Nostredame – d’autant que les sources manquent. Pas plus d’ailleurs qu’il n’a écrit celle de Calvin ou de Michel de L’Hospital, de Charles de Bourbon, de Catherine de Médicis ou de Christophe Colomb. De cette défiance face à la biographie, il s’explique d’ailleurs en conclusion ; son objectif est plutôt, comme il l’énonçait déjà dans l’introduction de La Sagesse et le Malheur, de mener "une biographie a-biographique, c’est-à-dire qui ne le [i.e. le sujet de l’enquête] suit pas dans les événements successifs le voyant devenir un acteur de l’histoire, mais qui s’efforce de trouver une cohérence dans la quête qui fut la sienne" . Et, au travers de la reconstitution de l’imaginaire d’un individu particulier, la conscience qu’il a de lui-même, sa subjectivité, Denis Crouzet fait le pari que le chercheur parvient à remonter vers l’imaginaire collectif, même s’il s’agit bien d’un pari "dans le cadre d’une histoire qui ne peut être que “virtuelle” dans la mesure où l’opacité du passé est telle qu’il n’y a que du possible dans l’effort de compréhension des intériorités." 

Titre du livre : Nostradamus. Une médecine des âmes à la Renaissance
Auteur : Denis Crouzet
Éditeur : Payot
Date de publication : 01/03/11
N° ISBN : 2228906441
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici