Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
La révolution sexuelle n'a pas eu lieu
[dimanche 18 décembre 2011 - 23:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Contre l'érotisme
Laurent de Sutter
Éditeur : La Musardine
79 pages / 11,40 € sur
Résumé : Une réflexion philosophique aussi courte que brillante contre l'érotisme et pour la pornographie.

Pourquoi parlons-nous de sexe constamment ? Serait-ce le témoignage d’une plus grande liberté de parole, de pensée où chacun,  alors libéré du puritanisme pourrait non seulement parler mais également s’adonner aux plaisirs de la vie, à la jouissance sexuelle ultime ? C’est du moins ce que laisserait penser l’hédonisme contemporain qui derrière le concept d’érotisme défend l’émancipation de la sexualité et l’idée de l’orgasme comme  "réalisation des conditions d’intensité de satisfaction"   de la vie. Autrement dit, vivre=orgasmer.

Selon le philosophe Daniel de Sutter, l’érotisme, au contraire, révèlerait une considération embarrassée de la sexualité et en limiterait l’exercice. En assimilant la jouissance à l’orgasme, la santé sexuelle à l’amour, l’érotisme opère une métonymie des organes génitaux au corps entier. Le paradigme bonheur /orgasme qu’il impose comme une norme contraignante s’avère d’autant plus pernicieux qu’il appuie sa légitimité sur le principe de l’émancipation et de la liberté.

Dans son essai Contre l’érotisme, de Sutter va droit au but : il faut trouver un nouvel art de jouir. On suit alors le cheminement intellectuel de l’auteur au fil de son analyse ciselée en 52 chapitres aussi courts que remarquablement efficaces.

Pourquoi la révolution sexuelle est-elle un échec ?

Pour Laurent de Sutter, la révolution sexuelle n’a pas eu lieu et n’aura jamais lieu. Ce combat hédoniste des années 60, non seulement politique mais naturaliste, trouve ses limites dans les fondements mêmes de sa démarche.

S’appuyant sur les travaux de Wilhelm Reich et d’Arthur Schopenhauer, le philosophe rend compte de la naturalisation de la sexualité par l’évolutionnisme contemporain. Ce dernier estime, en effet, que toute manipulation des organes génitaux étant naturelle, il n’existe pas de bons ou de mauvais érotismes. Pourtant déjà, de Sutter relève une certaine contradiction dans le fait que la théorie évolutionniste et la révolution sexuelle rejettent la pornographie. La considérant comme au-delà de la sexualité, elle est illégitime car inimaginable. Or, il est indéniable que la pornographie existe. L’érotisme trouve ainsi un point commun avec le puritanisme en établissant un "extérieur" pour "pouvoir assurer la cohérence de l’offre d’orgasme considérée comme bonne" .

A la théorie, s’ajoute également le combat politique de la révolution sexuelle et l’application de son programme. Si l’on tirait les conséquences du naturalisme de la sexualité, il faudrait alors prendre en compte et reconnaître toutes les pratiques sexuelles relevant de l’érotisme, même les plus perverses. Toutefois une telle interprétation de la théorie et son application ont été rejetées ce qui manifeste bien alors les difficultés de l’érotisme à libérer la sexualité. Loin d’être révolutionnaire, l’érotisme est un conservatisme.

La pornographie comme solution

La solution viendrait donc de la pornographie, envers de l’érotisme, qui, en dissociant la génitalité de l’amour, recouvre la sexualité toute entière, sexualité d’ailleurs sans frontière. Embrassant l’idée d’infinité, la pornographie est une collection d’expériences sexuelles, de jouissances, qui met fin à la métonymie organes génitaux/corps/être. Elle ne se limite pas à l’orgasme mais englobe toutes les formes de jouissances. Laurent de Sutter va jusqu’à affirmer que si la sexualité est la vie, alors, " la pornographie est la réalisation de la vie "  .

Les jouissances sont infinies et également singulières.  Ainsi, l’auteur remet en cause la division établie entre plaisir masculin et féminin et disqualifie toute forme de distinction du point de vue de la jouissance. Elle n’est pas tenue par un choix d’objets et ne saurait pas non plus être réglée par des pratiques et des normes. En ce sens, le sexe comme transgression perpétuelle des règles ne saurait être considéré comme politique : "la sexualité n’est pas apolitique ; elle est antipolitique"  .

Par le rejet d’une éthique de la jouissance, la pornographie contribuerait à un monde "plus parfait" où chacun serait libre de trouver son plaisir dans une infinité de possibilités. Sans principe et sans règle, la sexualité finalement décomplexée donnerait à l’individu la liberté de jouir et donc de vivre comme il l’entend.
 

Titre du livre : Contre l'érotisme
Auteur : Laurent de Sutter
Éditeur : La Musardine
Date de publication : 15/09/11
N° ISBN : 2842713982
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

6 commentaires

Avatar

jean-jacques

04/03/12 06:54
_ la révolution sexuelle , n'aura pas lieu ,ce triste bilan est pourtant réel ...
___ l'homme étant le prédateur ultime de chaîne animale ; ce qui est le plus important pour lui , est =LA DOMINATION TOTALE .
___ alors , il est évident que pour dominer il faut une masse de gens souffrant de tabous , et de honte d'eux mêmes ..
la religion l'a bien compris car , elle est un fléau total de ces êtres fous de pouvoir et de totalitarisme sur autrui ...
au début de l'humanité ; la force physique puis la force par le mental inventa toutes sortes de contes , à dormir debout ...
les murs de la prison mentale devinrent rapidement , des morales , absolus , allant non seulement à interdire ( déjà un scandale ) mais jusqu'à diaboliser , l'unité de deux êtres...
______ celà peut se résumer dans un proverbe chinois =
""si les gens faisaient davantage l'amour ; il y auraient moins de guerre dans le monde """""

or , il est évident , que le peuple , et son bien être , a t-il un jour , interréssé ses dirigeants ???
il est un travail , pour les castres dirigeantes , d'avoir une population souffrante ;
celà fait partie du travail de soumission , nul besoin de sexualité à outrance , ni de perversité qui sont justement ,la résultante , du manque entretenue , et des névroses obtenues ...

le tabou sera là , entretenu par nos gouvernements aidés par les psychologues (eux mêmes malades mentaux ) et les religieux .....
nous sommes bien plus rentable , dans le manque , et voir la haîne d'autrui , que dans un respect et une vie équilibrante , ou l'autre n'est pas un jouet sexuel , ni une proie , mais son semblable .dans la france de nos jours , mr nicolas S , a ré-introduit le retour du religieux et a donc renforcé son pouvoir de domination ...
les choses qui rendent libres , ou libèrent ; sont tenues à l'écart ...
les nations sont élevés dans les séries policières , le stress ...

c'est bien plus rentable pour ces loups qui nous dirigent
jjdefrance@gmail.com ( nimes /30)

jean-jacques
Avatar

Tonio

29/12/11 16:56
Et le chocolat? Il en pense quoi, du chocolat? Apolitique, antipolitique?
Avatar

jean mineur

28/12/11 22:55
que Monsieur Muzart croque un petit livre de la Musardine ne manque pas de piquant
Avatar

flyv

21/12/11 16:50
La pornographie des uns est l'érotisme des autres, et inversement. Vouloir définir l'un par rapport à l'autre est complètement vain. Ce sont de pures constructions mentales individuelles (et qui évoluent dans le temps). C'est comme vouloir définir des normes de beauté valable d'un continent à l'autre et de 7 à 77 ans.
Avatar

Pierre Louis

21/12/11 13:09
Avec une bonne formation universitaire, une solide culture générale et l'art de parler et d'écrire, on peut donner une forme intellectuelle séduisante aux plus grosses betises (le sophisme). A titre strictement personnelle, je ne connais personne qui se soit épanoui dans la pornographie, par voie virtuelle ou réelle, qui y ait trouvé une forme de bonheur ou de réponse à ses aspirations humaines. Je me permet donc de douter de la valeur empirique de cette théorie. sans doute fort convaincante sur le papier.

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici