La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Migrations : Et si on envisageait la libre circulation mondiale des personnes ?
[dimanche 18 décembre 2011 - 18:00]
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La libre circulation des personnes présente aujourd’hui un bilan en demi-teinte. Si l’Union Européenne a réussi à mettre sur un pied d’égalité les hommes et les marchandises, en attribuant aux deux la faculté de se déplacer par delà les frontières administratives de chaque pays, il n’en est pas de même, loin de là, à l’échelle mondiale. Le paradoxe est pourtant net : alors que l’époque est à la libre –circulation des biens et des capitaux, aux accords régionaux de libre-échange, envisager la libre circulation des personnes reste le fait de discours associatifs, loin de la sphère politicienne. Si le scénario d’une libre circulation des personnes fait souvent sourire par son apparente invraisemblance, il n’en demeure pas moins un sujet qui anime aujourd’hui militants et chercheurs.


Un scénario de plus en plus discuté

Deux livres ont récemment posé la question de la faisabilité d’un tel scénario. En 2007, Antoine Pécoud et Antoine de Guchteneire publiaient Migrations Sans Frontières : Essai sur la libre circulation des personnes, aux Édition de l’Unesco; le Gisti, groupe de soutien et d’information auprès des migrants, sortait de leur côté en 2011 Liberté de circulation : un droit, quelles politiques ?  dans leur collection Penser l’immigration autrement. Les deux ouvrages adoptent une approche pluridisciplinaire qui permet, sinon une faisabilité du scénario, au moins un espace où économistes, juristes, politistes, sociologues, envisagent et discutent un monde ouvert aux flux humains.

Deux points majeurs sont à retenir :

(a) Les migrations sont de moins en moins contrôlables – si tant est qu’elles l’aient été un jour. D’une part, les diasporas et réseaux de migrants dans les pays de destination perpétuent des flux de façon inaltérable ; d’autre part, les politiques d’immigration vont à l’encontre des valeurs fondatrices des démocraties libérales : un marché ouvert et le respect des droits de l’homme. Ainsi la gestion actuelle des migrations menace d’effritement nos systèmes de valeurs.
(b) Un monde ouvert aux migrations mondiales, consenties et approuvées à l’échelle nationale, pose des défis économiques, sociaux et politiques qui devront être discutés à l’échelle internationale. Le besoin de régulation des flux de marchandises et capitaux a permis une institutionnalisation progressive de ces questions. Il doit en être de même pour les migrations.

Vers une plus grande cohérence du respect des droits fondamentaux 

Si le droit à la mobilité est extrêmement ambigu en droit international des droits de l’homme, il n’en demeure pas moins que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 affirme: " 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. " L’article 13 proclame donc un droit universel à quitter son pays, reconnaissant alors le droit à l’émigration – sans mentionner un droit à l’immigration. C’est de ce paradoxe que débute la réflexion de Pécoud et Guchteneire sur un scénario " migrations sans frontière " qui reconnaitrait à la fois l’émigration et l’immigration comme droits fondamentaux. Le droit à la mobilité trouverait donc un aboutissement réel.

Or, la liberté de mobilité faciliterait l’accès à d’autres droits fondamentaux comme le droit au libre choix de son travail (article 23), le droit à son choix de lieu de résidence (article 13), le droit à un niveau de vie suffisant (article 25). En effet, ces droits et besoins entrainent très fréquemment, au nord comme au sud, la nécessité de migrer, de trouver d’autres opportunités ailleurs. Or, ce privilège ne semble réservé qu’aux pays riches qui allègrement et sans contrainte - hormis celle de se faire faire un visa, qui reste dans de nombreux cas une simple formalité - peuvent envisager leur établissement en tout point du globe.

Les obstacles à la mobilité posent donc un vrai défi en termes d’équité et d’universalisme des droits de l’homme. C’est ce besoin de revenir à l’indivisibilité et l’inaliénabilité de ces droits fondamentaux qui semble fonder l’ouvrage publié en 2010 par l’association Emmaüs. Visa pour le Monde cherche avant tout à mettre en avant l’aspect humain des migrations qu’oublient des politiques d’immigration discriminantes, illégales et à l’encontre de tout principe de solidarité.

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6 commentaires

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Byzance

16/01/12 11:58
"main d'oeuvre pas chère et corvéable - mais sans aucun droit de recours." En UE aussi ?
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Bernard

23/12/11 06:17
Alexandro,

Merci pour vos remarques de bon sens.
C'est d'ailleurs, me semble t'-il, cette qualité qui fait le plus défaut à la gauche libérale et multiculturaliste, insérée économiquement et intellectuellement dans le flux "irrépressible" de la mondialisation.
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Alexandro

21/12/11 14:27
Cher PBW,

Hormis quelques ultra-libéraux comme on n'en fait plus, la plupart des individus se représentent sans doute assez bien ce qui fait la différence entre eux-mêmes et une somme d'argent, fût-elle très grande.
Dans le cadre d'une société telle que la nôtre dont les secteurs d'activité les plus décisifs sont le tourisme, l'agriculture ou encore le bâtiment, par essence indélocalisables, la remarque d'Ib remet bel et bien les enjeux au clair. On pourrait aussi s'interroger sur les conséquences économiques et politiques, pour les pays du sud, de la fuite de leurs forces vives.
Enfin, l'auteur remarque en passant qu'il s'agirait, dans une situation de libre circulation des individus, de penser un nouveau système de solidarité sociale et une nouvelle structure des sociétés d'accueil, mais qu'aucune piste n'est ouverte de ce côté-ci. Détail marginal, en effet...
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PBW

21/12/11 11:25
@ Ib: la non ouverture des frontière a le meme resultat: main d'oeuvre pas chère et corvéable - mais sans aucun droit de recours.
@ suzanne: mettre en place une politique des migrations à l'echelle mondiale n'a en effet pas necessairement besoin d'etre correlée à une libre circulation. Mais ce scenario permet de soulever l'exceptionalisme dont "beneficient" les migrants: pourquoi ne pas comparer des capitaux et des hommes?
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suzanne

20/12/11 11:46
"Limiter les mouvements de personnes alors que les capitaux circulent sans aucune restriction n’est plus acceptable." Quel est le sens de cette phrase, compare-t-on vraiment des choses comparables?
S'il est sûrement nécessaire de mettre en place une politique des migrations à l'échelle mondiale, je ne comprends pas pourquoi celle-ci devrait synonyme de libre-circulation.

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