On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Des docteurs spécialistes de Maeguerite Yourcenar ont été convoqués en nombre pour élaborer Marguerite Yourcenar et la culture du masculin, sous la direction de Marc-Jean Filaire. Cet ouvrage collectif prend sa source dans un colloque organisé à Nîmes en juin 2010, à l’occasion du trentième anniversaire de l’élection de l’écrivaine à l’Académie française. C’est à un véritable dialogue d’initiés que se livrent les quelque dix-sept contributeurs de cet essai, qui est davantage un document universitaire qu’une lecture de plaisir.
Allant jusqu’au bout des notions et des analyses, les textes proposent de se pencher sur l’œuvre yourcenarienne dans son intégralité, ou de se concentrer sur des corpus plus restreints, parfois même un seul chapitre. Le principe même du colloque, qui rassemble les points de vue de spécialistes sans définir précisément la place de chacun, entraîne un effet de redondance, certes inévitable, mais lassant.
“Première Immortelle parmi les Immortels”, pour reprendre les mots de Bernard Derosier, Marguerite Yourcenar se distingue largement par son statut de première femme à l’Académie française, et donc de femme parmi les hommes. Pourtant, force est de constater que, dans l’œuvre d’un écrivain dont le sexe a marqué un tournant dans la vie littéraire, politique et sociale française, les figures féminines ne sont que très peu représentées. La plupart des romans de Yourcenar ont en effet pour personnage principal des hommes, ce qui a souvent fait penser que son écriture elle-même, ainsi que sa vision du monde, étaient profondément masculines.
Les contributeurs de cet essai vont à l’encontre d’une telle thèse, qui ne rend compte que très partiellement de l’œuvre et de la personnalité de Marguerite Yourcenar, dont la construction est bien plus complexe et surtout bien moins figée, fluctuant au fur et à mesure des évolutions de la société dans laquelle elle s’inscrit, mais aussi de ses rencontres et de ses voyages. C’est surtout aller à l’encontre des convictions yourcenariennes que de plaquer ainsi une sexuation sur l’écriture de celle qui affirme que l’écrivain doit se départir de ses considérations tranchées pour atteindre une forme d’universalité.
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