On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Alors qu'un collectif contre le contrôle au faciès vient de voir le jour, l’anthropologue Didier Fassin dresse un tableau peu reluisant des activités quotidiennes d’une brigade anti-criminalité (BAC) en banlieue parisienne. Dans La force de l'ordre, paru ce mois-ci, l’anthropologue relate les anecdotes significatives qu’il a pu observer tout au long d’une observation ethnographique menée pendant quinze mois aux côtés d’un équipage de la BAC en zone urbaine sensible (ZUS). Il a ainsi eu la chance de pouvoir contourner l’habituelle censure exercée par le ministère de l’Intérieur contre toute enquête extérieure. La “BAC”, c’est cette police banalisée, spécialisée dans le flagrant délit, connue principalement pour ses méthodes musclées.
Une méthodologie originale
Plutôt que de se placer du côté des dominés - les habitants des quartiers défavorisés - comme nous y avait habitué la sociologie issue de l’École de Chicago, l’anthropologue a choisi de se placer cette fois du côté des dominants : les policiers. Une posture féconde qui, en exhibant les mécanismes subjectifs, institutionnels et idéologiques qui conditionnent les pratiques interactives des dominants, permet finalement de mieux comprendre le point de vue des dominés eux-mêmes.
Un parti pris méthodologique complété par une écriture nerveuse privilégiant la narration : en nous proposant la description de multiples scènes concrètes, Didier Fassin illustre ses analyses d’exemples significatifs rencontrés lors des diverses missions de terrain effectuées par l’équipage de la BAC auquel il a été associé.
Banalité, ennui et frustration
Pour commencer, Didier Fassin prend soin de déconstruire une contre-vérité : statistiquement, il est faux de prétendre, ainsi que gauche et droite n’ont cessé de le faire ces dernières années, que la délinquance est plus fréquente dans les ZUS qu’ailleurs . Cette donnée, loin d’être anecdotique, explique le premier travers observé par l’anthropologue : loin d’être haletant, le quotidien des policiers de la BAC se caractérise avant tout par un ennui diffus. Le quotidien des policiers de la BAC s’avère en effet des plus banal : les rondes véhiculées se succèdent les unes aux autres dans une tranquille indolence.
Il est quasiment impossible de constater un flagrant délit : être au bon moment au bon endroit relève “d’un coup de bol de chez bol” (p. 103) explique un politicier. Durant son enquête, Didier Fassin a donc pu vérifier la validité de cette observation de Carl Klockars : “Faire patrouiller la police en voiture pour lutter contre le crime est à peu près aussi absurde que de faire patrouiller les pompiers dans leur véhicule pour combattre le feu” (p. 97). D’emblée, la mission assignée à la BAC semble donc vouée à l’échec.
Source de frustration, cette situation engendre des déviances multiples. Didier Fassin observe d’abord qu’à la moindre alerte, des moyens de coercition complètement “disproportionnés et injustifiés” (p. 185) sont mis en mouvement, au détriment parfois de la sécurité des policiers eux-mêmes : Didier Fassin nous décrit une scène édifiante où des policiers en sont venus à se tirer dessus entre eux, après avoir saturé l’espace de gaz lacrymogènes, parce qu’ils étaient la cible de jets de pierre. Un processus de “ para militarisation “ (p. 265) serait ainsi en cours dans la police française.
1 commentaire
dupondt
Pensée fondatrice : "À quoi sert alors la BAC ? Pour Didier Fassin, son rôle est d’abord d’imprimer un ordre social discriminant "
Conclusion : de moins en moins de lecteurs pour nonfiction.fr