On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Aux origines de la médecine, ouvrage collectif dirigé par Didier Sicard et Georges Vigarello, se présente sous la forme d’un recueil d’articles, richement et pertinemment illustrés, dont les auteurs viennent d’horizons très différents. Didier Sicard, Professeur de médecine, est connu pour être le président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique. Georges Vigarello, quant à lui, est directeur de recherches à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique. Ils ont su rassembler historiens, philosophes, médecins, biologistes, psychologues, économistes, chercheurs en sciences sociales, pour nous livrer un recueil aussi complet qu’éclairant.
La variété des approches est très certainement ce qui fait la richesse de cet ouvrage qui, tout en étant destiné au grand public, ne verse pas dans la vulgarisation simpliste, bien au contraire. Nous regrettons d’ailleurs que la spécialité de chaque auteur ne soit pas toujours précisée, tant cela éclaire la lecture. En effet, l’ambition de cet ouvrage est de donner à voir autant que de questionner la médecine dans toutes ses dimensions. Ainsi, il ne s’intéresse pas seulement à la technique médicale, aux connaissances sur le fonctionnement du corps et sur les maladies rassemblées aux différentes époques d’un passé plus ou moins récent. Sont aussi envisagés le médecin lui-même, sa place dans la société, et la personne, son rapport à son corps, à la maladie, au médecin, à la médecine. Le but de l’ouvrage est clairement affiché dans l’introduction : “il doit favoriser la compréhension des profonds déplacements qui ont eu lieu au cours des décennies récentes dans la culture du geste médical. Il doit enfin aider à faire mieux comprendre les enjeux et les défis d’aujourd’hui.” .
Ces enjeux sont multiples. L’un d’eux se révèle évidemment dans la bioéthique, cette confrontation entre le “scientifiquement possible” et “l’humainement acceptable”, pour reprendre les propos des directeurs de la publication , mais ils tiennent aussi à la prise en charge globale de la personne : de son psychisme, des rapports entre son esprit et son corps, de sa douleur, qui doit être soulagée même s’il n’est pas possible de la guérir . L’un des enjeux, majeur, est aussi celui de la préservation du système de santé, de son adaptation aux nouvelles techniques et aux nouveaux besoins, des choix économiques qui doivent être faits . La diversité des sujets abordés implique que, même si chaque article, marqué du sceau de la rigueur scientifique, attisera la curiosité du lecteur, chacun verra, en fonction de sa sensibilité, son attention plus particulièrement retenue par l’un ou l’autre. Relevons d’ailleurs que si le recueil peut se lire d’un bout à l’autre, il se prête également à une lecture ciblée, concentrée sur un article indépendamment des autres. On aura quoiqu’il arrive plaisir à le reprendre, le feuilleter, relire quelques chapitres pour approfondir une question . En raison de la densité et du volume de l’ouvrage, nous en dresserons seulement un rapide panorama, en nous arrêtant sur ce qui a suscité notre propre intérêt. Nous suggérerons ensuite quelques réflexions personnelles.
Une approche pluridisciplinaire
On trouve dans Aux origines de la médecine ce que l’on s’attend à y trouver : une approche historique de la science médicale. Celle-ci est très complète. Elle débute avec la préhistoire, convoquant la paléopathologie. Si le mystère reste épais, on apprendra des choses étonnantes ou émouvantes sur nos ancêtres les plus lointains : le fait qu’il pratiquaient des trépanations auxquelles le sujet survivait, ou encore qu’il existe des preuves incontestables de l’existence d’une compassion entre les membres d’un groupe, notamment tirées de la survie, impossible sans l’aide d’autrui, d’individus lourdement handicapés . Le chapitre consacré au Moyen-Age met à mal nombre d’idées reçues. On y apprend par exemple que l’anesthésie a existé dès le Xe siècle et, qu’au XIIe siècle, l’ensemble de la population bénéficiait d’un accès aux soins, les plus pauvres pouvant recourir à des médecins publics, payés par les municipalités. Il ne faut donc pas seulement retenir de cette période la violence des épidémies, même si cela en est un élément incontournable, que l’auteur ne passe évidemment pas sous silence.
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Maurakami