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La phrase

Chaque fois que le politique dit se battre contre "les marchés" et se félicite d'avoir évité le pire, la puissance se place au même niveau que l'intendance : qu'elle gagne ou qu'elle perde, peu importe, elle a déjà perdu par le fait même de se battre, tel un instituteur qui s'abaisserait à rendre les coups que lui portent des élèves déchaînés. 

Jean-Pierre Dupuy 

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La modernité malade du Camp
[mercredi 14 décembre 2011 - 10:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
Lumière des astres éteints. La psychanalyse face aux camps
Gérard Haddad
Éditeur : Grasset
294 pages / 19 € sur
Résumé :  Un essai qui s’attache à comprendre l’actualité, dans nos sociétés contemporaines, du traumatisme causé par les camps de concentration. 
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 Pour un discours psychanalytique sur la Shoah
Depuis sa découverte de la psychanalyse, après une rencontre décisive avec Jacques Lacan, Gérard Haddad s’intéresse à la traversée de l’héritage culturel juif dans la pratique analytique. Après L'Enfant illégitime : Sources talmudiques de la psychanalyse  , Manger le livre (Grasset, 1984)) et Lacan et le judaïsme  , il s’interroge dans Lumière des astres éteints sur la manière dont le traumatisme des camps de concentration irrigue encore nos sociétés.

Son point de départ est celui de la relative indifférence des psychanalystes à cette question. En psychanalyse " on ne parle pas de ça ", nous dit-il, paraphrasant un de ses collègues. La surdité et le mutisme de la psychanalyse quant à la Shoah, dans l’immédiat après guerre, n’a rien de surprenant, puisque la société toute entière, à cette époque, refuse d’écouter les témoignages des survivants. Pourtant, et le paradoxe est là, s’il semble que l’on n’évoque pas la déportation sur le divan, les institutions psychanalytiques, elles, ont été marquées dans leur organisation et leur fonctionnement par l’expérience concentrationnaire . Ainsi de Bettelheim, déporté à Dachau, qui conçoit son Ecole orthogénique de Chicago, destinée à soigner de jeunes " autistiques " comme un " anti camp ", ou encore de Anna Freud, qui publie l’Enfant dans la psychanalyse, un des premiers travaux de pédopsychiatrie, à partir de son expérience d’encadrement de jeunes enfants rescapés.

C’est bien que, malgré sa difficulté à traiter cette question, la psychanalyse a " à voir " avec l’Holocauste. Le premier enjeu du livre se situe là, réussir à façonner sur ce sujet un discours qui ne recoupe pas celui de l’histoire, de la philosophie ou de la littérature et qui permette de formuler cet " indicible ça " que représente la Shoah.

Le mal du camp 
Si la psychanalyse se doit de se saisir des camps de concentration, c’est bien tout d’abord parce qu’il existe un " mal du camp "qu’elle semblerait être la mieux à même de traiter. Lumière des astres éteints s’ouvre ainsi comme une galerie des cas cliniques auxquels l’analyste a été confronté au cours de trente ans de pratique. En isolant quelques cas emblématiques, Gérard Haddad incarne des pathologies, propres aux survivants ou à leurs descendants afin d’illustrer, comme de légitimer, la pertinence de son propos. Il nous invite ainsi à comprendre avec lui, à tâtons, de patient en patient, la singularité avec laquelle l’expérience des camps s’exprime.

Nous rencontrons Sonia et la honte qu’elle entretient d’avoir été déportée avec sa mère lorsqu’elle n’était qu’une enfant ; les mécanismes de sa mémoire qui lui permettent de s’éloigner, de souvenirs écrans en souvenirs écrans, de l’horreur de son passé. Simone à l’inverse qui, hypermnésique, " n’avait qu’une envie, qu’un désir : en parler sans cesse, sans fin ", souhaitant emmener avec elle son thérapeute à Bergen Belsen, partager ce " savoir-déporté "  , si fragile : les survivants parviennent difficilement à croire, eux-mêmes, à la réalité de cette expérience " incommensurable "  . Nous vivons encore la méfiance absolue à l’égard de l’autre de Tzipi, fille de déportés, son refus de tout lien social qui la pousse au suicide  . Pour ne citer qu’eux, Victor, enfin, et son rejet de la paternité, si proche de celui revendiqué par Imre Kertész dans Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas, refus qu’il exprime à travers une maladie psychosomatique.

Subjectivité et société post-concentrationnaire
La Shoah, pourtant, n’a pas uniquement marqué la subjectivité des déportés comme de leurs descendants. Pour reprendre cette métaphore chère à l’auteur – et ici se joue la thèse centrale de l’ouvrage – la société toute entière a été " irradiée " par ce Camp, devenu " une pièce maîtresse de l’inconscient de l’homme actuel "  , en ce qu’il touche un fondement du fonctionnement de l’inconscient.

Ainsi, pour Gérard Haddad, la finalité première de l’extermination n’était pas l’abolition de l’altérité raciale dans l’empire, mais la destruction du " Nom-du-Père ", soit d’une articulation essentielle, selon Lacan, entre le Symbolique, le Réel et l’Imaginaire. Le Camp est ainsi analysé comme le lieu de disparition de l’Imaginaire, ou de l’unité fictionnelle du moi  , et lieu de destruction du Symbolique, le langage perdant toute valeur ; cette double disparition entraîne de fait une déstructuration psychique, par le dénouement du nœud borroméen . La haine et l’extermination des juifs, considérés comme les tenants de la prééminence du signifiant paternel dans la société, découlerait donc d’un projet plus vaste d’imposer un autre type d’aliénation sociale augurant de l’avènement d’un nouvel homme.

S’appuyant sur la théorie lacanienne selon laquelle le social détermine l’inconscient, Gérard Haddad pense dès lors que " le monde où nous vivons est profondément, et à son insu, structuré à maint niveau par le camp ". Ainsi la société israélienne, que Gérard Haddad analyse longuement dans cet ouvrage, porte les stigmates de la déportation, lesquels se manifestent tant dans son indéfectible méfiance à l’égard de ses voisins, que dans ses rapports avec le peuple palestinien, " l’hostilité légitime envers les criminels nazis s’ét[ant] trouvée déplacée et appliquée aux Palestiniens ".  

Titre du livre : Lumière des astres éteints. La psychanalyse face aux camps
Auteur : Gérard Haddad
Éditeur : Grasset
Date de publication : 14/12/11
N° ISBN : 2246789990
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