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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Stendhal, bréviaire de virilité
[jeudi 08 décembre 2011 - 10:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Stendhal : Littérature, politique et religion mêlées
Philippe Berthier
Éditeur : Classiques Garnier
240 pages / 37,05 € sur
Résumé : Quinze études sur Stendhal enlaçant littérature, politique et religion, et cherchant à rendre compte de son écriture insurrectionnelle.
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Philippe Berthier est professeur à la Sorbonne Nouvelle, et ses livres et articles sur les écrivains du XIXe siècle font le bonheur des étudiants en lettres, tant il y fait métier de critique, c’est-à-dire non pas de poussif décortiqueur de texte, mais de lecteur chez qui lire c’est recréer, ainsi que le soutenait Gaston Bachelard . Alors, pour les anciens lecteurs de Stendhal, qui tremblent à l’idée d’ouvrir à nouveau La Chartreuse de Parme ou Le Rouge et le Noir, et de déflorer un beau souvenir, l’ouvrage de Berthier peut apparaître comme une aubaine. Le livre comprend quinze articles, dont certains réjouissent et promettent, dès le titre, de belles perspectives.

Philippe Berthier émet des réflexions qui croisent les domaines de la littérature, de la politique et de la religion, dans une époque où passe le grand souffle de l’Histoire, toujours sous le choc de la Révolution française et de l’épopée napoléonienne. À travers ces trois grands sujets se noue chez Stendhal une réflexion sur la question de l’héritage, de la valeur esthétique, de la tabula rasa. L’héritage littéraire est obsolète pour décrire le monde, la déchristianisation s’avance, les cadres politiques sont à réinventer. Philippe Berthier propose donc de montrer comment, chez Stendhal, le champ littéraire est traversé d’enjeux de pouvoir politique et clérical. Ou, plus précisément, comment Stendhal tente de défaire ce “nœud de vipères”, pour résoudre, dans et par la création littéraire, le conflit entre la fidélité à soi et l’infidélité à l’héritage. L’esthétique n’est pas immunisée dans une “divine neutralité”, mais la littérature a profondément à voir avec le pouvoir : écrire c’est dire ce que peut l’homme dans une société, ce qu’il peut être. Le romanticisme de Stendhal n’est pas seulement un parti pris esthétique, il est aussi une proposition pour réinventer la cité temporelle et spirituelle. L’intérêt du livre réside donc dans cette lecture originale de Stendhal qui refuse d’envisager le fait littéraire seul et enrichit une lecture myope du texte en tentant de dégager ce qui fait la geste de l’auteur, entre insurrection contre le pouvoir et néanmoins un secret attachement à une tradition avec laquelle il ne peut tout à fait rompre.

Les premiers articles traitent de la relation de Stendhal avec la littérature classique, et font la part belle aux savoureuses critiques de la littérature latine, perçue par l’enfant, lors de son éducation, comme des “puérilités oppressives”, présentées dans un “verbiage jésuitique et élimé”. Mais l’héritage latin, certes d’un “genre baîllitif” , et peu propre à dire l’homme contemporain, n’est récusé par l’adolescent que parce qu’il apparaît comme l’allié de la dictature des prêtres, comme une “entreprise systématique de crétinisation (c’est-à-dire d’émasculation), menée par le clan des vieux”, comme un écran “au contact nu avec les êtres et les choses” . Le mot “émasculation” est intéressant en ce qu’il tisse un réseau souterrain de correspondances autour du nœud d’une virilité qui se dresse contre la loi du père, éminemment castratrice. L’affirmation un peu angoissée de la virilité mène Stendhal à trouver ses délices dans les pièces de Corneille, sempiternellement opposé à son concurrent, Racine. Corneille, c’est pour lui l’art de “penser, vouloir et dire bien, c’est-à-dire avec décision, avec élan, sans fioritures, comme un homme” . Il incite aussi, et c’est la même chose, à être livré “au plaisir de vibrer” sans être ravalé “à la platitude de l’obéissance, telle que l’exige la monarchie absolue”, et échapper à la triste perspective de devenir de ces “larves invertébrées, énervées, incapables de bander” . Et, néanmoins, cet éloge du vouloir, du libido dominandi, ne se départit jamais d’un coup d’œil mélancolique vers ce qu’il laisse, et ne peut s’empêcher d’aimer, le délicat, le complexe, le pôle féminin et racinien de l’écriture. Ce serait donc ce mouvement de lutte entre ce que Stendhal veut être, et ce qu’il ne peut s’empêcher d’aimer, qui détermine le dynamisme de l’écriture stendhalienne.

Titre du livre : Stendhal : Littérature, politique et religion mêlées
Auteur : Philippe Berthier
Éditeur : Classiques Garnier
Collection : Études romantiques et dix-neuviémistes
Date de publication : 13/09/11
N° ISBN : 2812402652
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