Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Les promesses de l'or
[mercredi 07 décembre 2011 - 11:43]
Amérique Latine
Couverture ouvrage
Eldorados d'Amérique. Mythes, mirages et réalités
Bernard Lavallé
Éditeur : Payot
304 pages
Résumé : Une remarquable synthèse, à travers la poursuite du mythe de l’El Dorado et de ses dérivés, d’une bonne part de l’histoire de l’Amérique, entre les XVIe et XXe siècles.
Page  1  2 

Voici un livre de bon aloi qui offre au lecteur, averti ou non, un récit captivant. On pourrait dire que l’auteur, le professeur de civilisation hispano-américaine Bernard Lavallé, a trouvé le bon filon à travers le mythe du " lointain doré " qui lui permet de tisser, à partir de nombreuses références historiographiques, une certaine histoire politique et économique des Amériques, depuis le Cône Sud au Grand Nord.

Le livre compte onze chapitres agencés de façon chronologique : il s’agit d’abord d’évoquer la passion des Européens pour l’or aux temps précolombiens et médiévaux, puis de suivre, en partant des Antilles, l’évolution de la colonisation au long de trois siècles d’exploitation essentiellement minière en Amérique ibérique. Elle s’accompagne de l’émergence d’une économie de l’argent, avec les découvertes des mines andines, et de la passion des diamants, avec l’exploitation des mines du Distrito diamantino du Brésil au XVIIIe siècle. Enfin, l’auteur entreprend de lier à cette interminable quête la fameuse ruée vers l’or, vers l’Ouest des Etats-Unis, à partir de 1848, sans oublier " l’or au pays du Grand Silence blanc ", le Klondike, jusqu’au tout début du XXe siècle. Il convient de signaler la reproduction de vingt-sept illustrations, dont cinq cartes et un diagramme de la production de l’or au XVIIIe siècle. En outre, tout au long des chapitres concernant l’Amérique hispanique, Bernard Lavallé se réfère volontiers aux travaux de Michel Morineau, historien de l’économie, qui par ses études des gazettes hollandaises permit de mettre au jour l’importance des détournements des produits venus d’outre-mer et d’interroger les conclusions historiographiques tirées de l’exploitations des archives fiscales, notamment celles d’ Earl Hamilton  .

L’auteur est un connaisseur de la documentation coloniale hispano-américaine, de laquelle il tire la matière de son propos. Outre son importante thèse de doctorat d’État, il y a presque trente ans, consacrée à l’apparition de la conscience créole dans le vice-royaume du Pérou aux XVIe et XVIIe siècles, on peut citer parmi ses ouvrages récents un travail paru en espagnol sur les luttes entre caciques dans la vice-royauté du Pérou au XVIIIe siècle et une riche biographie du conquistador Francisco Pizarro qui permettait de décrire les dispositifs de la colonisation au XVIe siècle et les luttes sociales qu’elle engendrait  

Parcourant les écrits et témoignages de Bartolomé de las Casas, Christophe Colomb, Bernal Diaz del Castillo ou Pedro Cieza de Léon, ainsi qu’une partie de l’historiographie des vice-royaumes du Pérou et de Nouvelle-Espagne, B. Lavallé offre, dans les chapitres centraux de l’ouvrage présenté ici, une description complète du mode de fonctionnement de l’administration coloniale espagnole, en grande partie tournée vers l’exploitation des mines aurifères et argentifères. La découverte du Cerro Rico du Potosi, sur les terres de l’actuelle Bolivie, fait en effet du minerai d’argent le " nouveau protagoniste de l’histoire américaine ", à la suite de l’or, et dont l’historiographie a montré par ailleurs toute la cruauté  . C’est ainsi vers le " monde de la mine " et l’administration d’une partie des finances coloniales des Andes au Mexique, que la plume de B. Lavallé parvient à nous entraîner, en confiant de nombreux détails. Les espaces économiques et politiques se dessinent en même temps que l’ampleur de l’exploitation et de la circulation des métaux et des hommes et de leurs familles entre les villes minières. Cette ampleur transforme la vie sociale de centaines de milliers de personnes. Ce bouleversement se répercute partout, dès la fin du XVIe siècle, dans un long mouvement que l’auteur qualifie, dans le titre de son septième chapitre en forme de clin d’œil aux travaux de Serge Gruzinski, de " ‘Siècle d’or’ mondialisé de l’argent d’Amérique " et qui dure jusqu’à la fin du XVIIe siècle, avec la découverte de nouveaux gisements.

Titre du livre : Eldorados d'Amérique. Mythes, mirages et réalités
Auteur : Bernard Lavallé
Éditeur : Payot
Collection : Histoire Payot
Date de publication : 09/07/11
N° ISBN : 2-228-90668-9
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici