On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le problème soulevé par l’auteur nous concerne tous, au titre de notre sens du commun et de l’universel culturels. Dans nos musées (si on laisse de côté le problème des collections privées), nous possédons, en commun, des œuvres d’art qui résultent de pillages divers, en somme d’une ou de plusieurs histoires particulières. Ces œuvres nous sont réclamées par leurs "propriétaires", en tout cas légitimes du point de vue du territoire actuel (mais là aussi, il conviendrait de penser le problème en termes d’histoire). Les rendre ? C’est certes possible, au pire juste un problème technique de transport, mais à quelles conditions ? Chacun reconnaît au cœur de cette affaire une question empreinte de droit, de morale, d’argent, de préjugés, de conservatisme et d’utopie.
L’auteur fait bien attention à démarquer sa question de celle de la restitution des biens spoliés durant la Guerre, aux victimes juives des camps d’extermination. Cet autre problème prend une forme spécifique, y compris juridiquement. Il met aussi à l’écart la question des biens culturels dispersés, voire réduits ou volés, durant un conflit armé, souvent d’ailleurs par les autochtones (cas récent de l’Irak). Ces problèmes sont importants, mais l’auteur a choisi de se contenter de les citer pour mieux les écarter et se concentrer sur un seul objet.
Cet objet, exemplifions-le. Les collections publiques contiennent de très nombreuses (l’auteur écrit "trop") œuvres pillées au gré des invasions et de la colonisation. Napoléon n’est pas le seul de nos dirigeants qui ait contribué à enrichir le Louvre et à nous permettre de voir à Paris des œuvres en provenance d’églises italiennes ou allemandes, de palais brûlés ou de collections appropriées, tous chefs-d’œuvre admirables, mais dont nous nous assurons la propriété par le biais du pillage. Le philosophe Schlegel en a été le témoin privilégié, lui qui est venu à Paris, en 1802, admirer des toiles provenant des campagnes d’Italie. Que nous ne soyons pas les seuls dans ce cas – Londres et Berlin possèdent elles aussi d’innombrables œuvres en provenance de l’étranger – ne doit pas nous soulager ou nous rassurer.
Le Parthénon était conçu autour de 115 panneaux de frise, érigés sous Périclès. 56 d’entre eux ont gagné le British Museum, et 1 le Louvre. S’y ajoutent 15 des 92 métopes de la frise dorique extérieure. Une paire de Sphinx, appelés "de Bogazkoy", figurait dans l’antique capitale hittite, Hattousa, en Anatolie. Deux campagnes de fouilles turco-allemandes, réalisées au début du XXe siècle, ont révélé ces trésors enfouis, aux côtés de quelque 10 000 tablettes cunéiformes. Les Sphinx sont restés jusqu’en 2011 au musée de Berlin. L’Egypte, enfin, a vu sa Vallée des Rois pillée. La Pierre de Rosette est toujours au British Museum. Les masques de morts Maori ont empli le musée de l’Homme (Paris), ainsi qu’un musée de Rennes. La liste est longue de ce qui est devenu, aujourd’hui, une source de problèmes internationaux.
4 commentaires
Gervaise
"Récemment, Emmanuel Pierrat écrivait un livre pour raconter qu’il ne dormait presque pas [1]. Cette révélation bouleversante expliquait, s’épanchait-il complaisamment dans les médias, qu’il puisse ainsi écrire autant de livres tout en menant parallèlement son activité professionnelle. La production, en effet, est impressionnante. Ces quatre dernières années, l’avocat a publié ou dirigé pas moins de vingt-quatre ouvrages ! Heureusement, nous n’avons pas à les lire tous. Car s’ils sont de la même eau que ceux consacrés à l’art, il faut espérer que la recherche sur l’insomnie fasse rapidement des progrès.
Son dernier opus, Faut-il rendre les œuvres d’art ?, est consternant, comme le précédent que nous avions critiqué (Museum Connection, voir ici). Mais le plus scandaleux est qu’il est publié par les éditions du Centre National de la Recherche Scientifique. Le même CNRS qui a cessé de subventionner bien des revues savantes (comme le Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français) et qui a abandonné l’édition de la Revue de l’Art, heureusement reprise par une maison d’édition privée…"
http://www.latribunedelart.com/faut-il-rendre-les-a-uvres-d-art-article003457.html
Jerome Segal
jacques peset
Jerome Segal