Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Qu'est-ce qui fait de nous des êtres culturels ?
[vendredi 02 décembre 2011 - 14:00]
Ethnologie, Anthropologie
Couverture ouvrage
Comment les traditions naissent et meurent. La transmission culturelle
Olivier Morin
Éditeur : Odile Jacob
290 pages / 25,56 € sur
Résumé : Le développement culturel expliqué par les notions de "transmission" et de "contact".  
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Dans cette version remaniée de sa thèse de doctorat, Olivier Morin prend la posture d’un anthropologue dont l’objet spécifique serait la genèse des cultures et/ou des civilisations. A partir d’un tel choix, il cherche moins à cibler l’émergence de telle ou telle culture que les principes génétiques de la constitution et de la disparition des cultures. Il dispose à cet effet de nombreux travaux, qu’il cite sans s’y étendre, persuadé qu’il est de détenir une nouvelle clé de compréhension de ces phénomènes. D’une certaine manière, cela l’autorise à mettre en suspens toutes les références classiques concernant la culture et sa définition (dont Tylor dans la version socio-culturelle), quitte à maltraiter quelque peu les philosophes sous prétexte qu’ils seraient les représentants d’un domaine "où il semble exister autant de définitions du mot qu’il y a d’auteurs à l’utiliser".

La culture des animaux

Fort de ces éléments, Olivier Morin pose une question articulée à deux éléments : pourquoi la démographie et les institutions sont-elles plus favorables à l’accumulation de la culture chez nous que chez nos plus proches cousins, en l’occurrence les animaux ? Sous réserve d’accepter ce libellé de la question, et l’idée que l’on peut résoudre ce genre de problème à partir de la seule lecture des textes des autres (constamment mentionnés entre parenthèses, mais toujours traités de manière allusive), on peut suivre l’auteur sur les deux pistes suivantes : celle de la transmission et celle du contact. Deux variables que l’auteur fait jouer l’une par rapport à l’autre, non de manière qualitative, mais de manière quantitative. De là, la déduction : "La rareté des contacts pacifiques entre primates est l’un des principaux facteurs qui limitent l’accumulation culturelle chez nos plus proches cousins" (nous n’insistons pas sur cette idée, pour le moins vieillie de cousinage).

Pour recevoir cette proposition, il faut évidemment accepter de considérer l’existence d’un répertoire culturel chez les animaux. On comprend à cet égard pourquoi l’auteur n’admire guère les philosophes. On saisit en revanche avec elle ce qui l’autorise à persévérer dans l’idée selon laquelle certaines "cultures animales" nous donneraient une idée de ce à quoi pouvaient ressembler les "cultures humaines" lorsque notre histoire culturelle n’avait pas vraiment commencé !

Ces prémisses admises, les conséquences sont les suivantes : les traditions apparaîtraient lorsque l’on partage beaucoup d’informations (tradition et accumulation) dans une population, soit lorsque le domaine public est large (contact).
L’auteur se fait ainsi la part belle lorsqu’il affirme que son hypothèse fait l’économie de deux types de propos antérieurs : le premier, celui qui "affirme que les humains sont particulièrement doués pour transmettre des traditions" ; le second, celui qui "soutient que l’évolution a fait de nous des animaux culturels, c’est-à-dire que certains traits des êtres humains sont des adaptations à la culture". Et certes, nous n’expliquons plus rien par une intervention divine. Mais est-ce une raison pour la remplacer par une autre causalité et une causalité non moins curieuse, celle de la quantité, de la cumulation ? Et l’auteur de se demander comment fonder son propos, ce pourquoi, ajoute-t-il, "il nous faut une explication biologique compatible avec ce que nous savons du passé de notre espèce". Donc une théorie de la sélection naturelle. "Il nous fau[drai]t une biologie de la culture".

"Il nous faut"

"Il nous faut" : l’auteur nous permettra d’être réticents ! Et pas uniquement sur ce point. Pour étayer son propos, il est obligé de remanier entièrement les concepts de traditions, de transmission et de culture. Ce qui ne présenterait aucun inconvénient – un concept n’a de puissance que s’il est susceptible de varier en extension et en compréhension –, si d’aventure l’approche ouvrait véritablement des horizons nouveaux. En vérité, elle se contente de remettre au goût et au vocabulaire du jour (assise sur des paramètres biologiques et des contraintes quantitatives) de vieux travaux. Encore, pour le reconnaître, faudrait-il relire les textes philosophiques négligés, notamment ceux qui déploient des mathématiques argumentatives et pensent le cours de l’histoire en articulant la quantité et l’extension.

Ainsi une "idée ou un comportement sont traditionnels à deux conditions : ils doivent être transmis d’individus à individus (plutôt qu’inventés indépendamment) et ils doivent être largement distribués dans l’espace ou dans le temps". Donc les traditions ne vivraient pas grâce à une transmission fidèle et compulsive. Elles ne proliféreraient pas par l’imitation, ainsi que le prétendait Gabriel Tarde (1895-1993), selon lequel les humains seraient dotés d’une capacité spécifique qui leur permet d’imiter fidèlement ce qui se fait autour d’eux, engendrant ainsi des traditions durables ; ils auraient tout naturellement tendance à reproduire ce qui circule autour d’eux, par une sorte de compulsion à imiter ; l’influence sociale les pousserait donc à reproduire spontanément un grand nombre de choses. Etait-il essentiel de prendre ce chemin, ou l’auteur se donne-t-il des facilités en condamnant des théories périmées pour mieux apparaître "nouveau" ? En tout cas, l’auteur préfère avoir recours aux éthologues, qui auraient découvert des "traditions" animales, ce par quoi il entend une transmission d’un individu à un autre.

Titre du livre : Comment les traditions naissent et meurent. La transmission culturelle
Auteur : Olivier Morin
Éditeur : Odile Jacob
Date de publication : 06/10/11
N° ISBN : 2738127045
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