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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Psychanalyse et littérature : sœurs rivales ?
[vendredi 02 décembre 2011 - 10:00]
Littérature
Couverture ouvrage
Promesses. De la littérature et de la psychanalyse
Adam Phillips
Éditeur : L'Olivier
341 pages / 19,95 € sur
Résumé : Que doit la psychanalyse à la littérature ? Qu’ont-elles à dire ? Qu’en attendre ? En parcourant le vaste champ théorique de la psychanalyse, Adam Phillips, psychanalyste britannique, propose une analyse très personnelle et très informée de leurs spécificités.
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Trait d’humour en forme de recette : “Ajoutez de la méthode scientifique à Shakespeare et vous obtenez de la psychanalyse.” Adam Phillips, psychanalyste britannique, auteur de plusieurs essais sur la psychanalyse, notamment sur Winnicott, et traducteur de Freud, pose ainsi la question des prétentions de la psychanalyse au statut de science et celle de sa dette envers la littérature, dans son essai Promesses. De la littérature et de la psychanalyse. Promesses à entendre comme les attentes que l’on peut avoir à l’égard de l’une comme de l’autre et qui présupposent de penser leurs enjeux. La littérature est-elle une rivale, un défi, un idéal à atteindre ou une interlocutrice pour la psychanalyse ? Toutes deux, art du langage, n’expriment-elles pas des désirs interdits ? Qu’ont-elles à voir avec l’inconscient ? Quels sont leurs apports réciproques ?

C’est du point de vue de la psychanalyse qu’Adam Phillips aborde toutes ces questions en nourrissant ses analyses de son expérience clinique, de ses connaissances littéraires et de sa lecture des théoriciens de la psychanalyse. On peut regretter qu’il n’ait pas développé pas le point de vue inverse de l’inscription de la psychanalyse dans le texte littéraire d’autant que des écrivains contemporains comme Pascal Quignard en intègrent les concepts et les acquis dans leur écriture (Chantal Lapeyre Desmaison l’a montré dans un article : “Pascal Quignard : une poétique de l’agalma”, Études françaises, vol. XL, 2004). Une façon de penser autrement leurs liens.

Analysant la dette de la psychanalyse envers la littérature, Adam Phillips rappelle le constat initial de Freud : d’une part, l’artiste parvient à un savoir comparable à celui du psychanalyste parce que la littérature est à même de mettre au jour les fonctionnements les plus complexes de la psychè. D’autre part, elle reste toujours une énigme parce que quelque chose résiste toujours, en elle, à l’analyse. Cette résistance du texte littéraire a pour bénéfice d’aiguiser les capacités d’observation et d’écoute de l’analyste et le dispose à entendre dans le discours de l’analysant quelque chose d’autre que ce qu’il prétend signifier. La littérature, et plus particulièrement la poésie, est ainsi une invitation à s’immerger dans une parole, dont le sens, comme dans l’association libre, n’apparaît pas à première vue et dont la recherche n’est pas une fin en soi. La littérature conduit même à accepter, comme Winnicott l’a pensé, qu’il y a, dans le dire, une part de non-sens. Est-ce à dire, pour autant, que le discours interprétatif de l’analyste, travaillant à partir de la matière du rêve, s’apparente à une création (Lacan parlait de la scansion des séances) dans la mesure où le travail de la langue n’y est pas le même et n’a pas la même finalité que celui du poète ou du romancier ?

Si la littérature apparaît comme une forme de propédeutique à l’analyse et un moyen, selon Adam Phillips, de penser et de sentir différemment, elle est, a contrario, au service des théoriciens qui se servent d’elle bien davantage qu’ils ne la servent en la mettant au service de leurs avancées théoriques, dont elle est un outil de validation. Ainsi, le Hamlet de Shakespeare, après avoir été pour Jones le prototype de l’œdipe, devient pour Winnicott une preuve de ce qu’est la dissociation en psychanalyse entre les composantes masculine et féminine du sujet (pour Adam Phillips, il en va de même : bien souvent, sous la forme de rapides et nombreuses références ou citations ou dans son emploi de la nouvelle de Melville Bartleby l’écrivain, pour comprendre l’anorexie). D’où l’idée que les écrits psychanalytiques ont peu à voir avec la littérature au sens où un poème est une création. En bref, si Freud a été un grand écrivain, il ne fut pas un poète. Lacan, théoricien de grand talent, ne fut pas un nouveau Rimbaud, pas davantage que Shakespeare ne fut psychanalyste. En clair, la visée de la littérature n’est à l’évidence pas celle de la psychanalyse. Si la littérature nous fait rêver et penser notre être au monde, elle n’a aucune visée thérapeutique. L’échange silencieux du lecteur avec le livre n’est pas de même nature que celui que l’analysant a avec son analyste et le lecteur n’a pas les mêmes attentes face au texte littéraire et à un ouvrage psychanalytique. Adam Phillips affirme, dans cette perspective, mais ce point de vue est discutable, que la littérature ne permet pas au lecteur de “progresser dans la compréhension de soi”.

Titre du livre : Promesses. De la littérature et de la psychanalyse
Auteur : Adam Phillips
Éditeur : L'Olivier
Nom du traducteur : Michel Gribinski
Collection : Penser/Rêver
Date de publication : 14/10/10
N° ISBN : 2879297141
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