On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Jean-Marie Muller, militant de la non-violence, a publié en avril 2011 L’Impératif de Désobéissance, qui rappelle le contexte de développement de cette forme d’engagement politique et en présente un rapide état des lieux en France aujourd’hui.
Après une introduction placée sous le signe de la philosophie politique classique où Muller s’attache à fonder la nécessité de la désobéissance civile par rapport à la loi et à la liberté du citoyen, l’ouvrage retrace les grandes étapes de l’histoire de la notion.
Dans le premier chapitre, sont présentés les “pionniers”, comme La Boétie et ses réflexions sur la servitude volontaire, Locke qui, en faisant du consentement individuel le fondement de la communauté politique, permet de penser un droit à la désobéissance, ou encore Thoreau et son fameux De la Désobéissance civile (titre posthume). Cet essai, écrit pendant une nuit passée en prison pour avoir refusé de payer des impôts qui allaient servir à financer une guerre esclavagiste, reste d’ailleurs la référence la plus régulièrement citée sur le sujet.
Le caractère purement individuel de ces prises de position rapproche cependant davantage leurs auteurs des objecteurs de conscience que des désobéisseurs .
La notion de désobéissance civile ne se déploie en effet pleinement que dans des campagnes menées collectivement. C’est l’objet du deuxième chapitre, dans lequel Muller revient sur les actions de Gandhi en Afrique du Sud et en Inde (marche du sel), de Martin Luther King (campagne de Birmingham en 1963), ainsi que sur les actions des résistants français (policiers de Nancy) et norvégiens, et des dissidents soviétiques. Tout à la fois “exigence éthique” et “principe stratégique” (p. 87), la désobéissance civile affirme pleinement sa pertinence conceptuelle et politique dès lors qu’elle est mise en oeuvre.
D’abord pensée dans des contextes d’oppression caractérisée, c’est pourtant, rappelle Muller, une notion dont l’utilité est également avérée en démocratie : il importe alors de penser les conditions de son application dans un contexte politique qui permet a priori l’émergence de lois justes, comme le fait par exemple Rawls lorsqu’il définit les conditions de l’injustice majeure et évidente. La pensée d’Habermas, également convoquée dans cette partie, permet de mettre en évidence le lien entre désobéissance civile et utilisation des média : dans une théorie de la démocratie fondée sur la discussion publique, où la communication fait partie de l’exercice du pouvoir politique, les actions de désobéissance civile reposent sur le recours aux media : elles sont un moyen de contraindre les décideurs politiques à mettre une question à l’ordre du jour.
Dans le quatrième chapitre, “Concept et Stratégie”, Muller s’attelle enfin à définir la désobéissance civile : “une action politique de résistance non-violente, accomplie par des citoyens agissant au nom de leur liberté et de leur responsabilité, qui consiste à enfreindre ouvertement, délibérément, collectivement, de manière concertée et organisée dans la durée, une loi considérée comme injuste, donc immorale et illégitime, et qui vise à obtenir justice en créant (...) un nouveau rapport de forces qui oblige les décideurs à (r)établir le droit en modifiant ou en supprimant la loi, en promulgant une nouvelle loi ou en changeant de politique.” (p. 192).
Il précise la signification de l’adjectif “civil”: bien que pouvant être compris comme “citoyen” ou “non militaire” , le terme trouve son acception la plus satisfaisante intellectuellement lorsqu’on le définit par opposition à criminalis, qui signifie “passible d’une condamnation judiciaire”, puis prend le sens de “manquement grave à la morale”. L’idée de civilité dans la désobéissance renvoie donc à la non-violence (p. 181-182).
La notion revêt également une dimension stratégique, qui s’exprime dans la nécessité de se donner un objectif clair, précis et limité, celle d’afficher la non-violence, d’utiliser le tribunal comme tribune une fois qu’on est inculpé, de fixer à l’adversaire un délai au-delà duquel l’action sera mise en oeuvre, sur le modèle de ce qu’avait fait Gandhi au moment de la marche du sel. Ces éléments restent toutefois très généraux et constituent un cadre plus qu’un véritable manuel du désobéisseur.
Le dernier chapitre du livre offre un tour d’horizon de la désobéissance civile en France depuis une cinquantaine d’années, du manifeste des 121 dénonçant le rôle de l’armée française dans la guerre d’Algérie aux Déboulonneurs de pub, en passant par la loi sur l’IVG, les faucheurs volontaires et quelques autres. Selon Muller, la désobéissance civile n’est apparue que tardivement dans la culture militante française et peine encore parfois à s’imposer comme moyen d’action parfaitement légitime.
1 commentaire
dupondt
Dans une démocratie, on respecte le choix de la majorité. Sinon, c'est la dictature des minorités actives (auto-proclamées "justes") qui s'instaure...
Lénine et Staline ont agit comme cela.