La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

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Forum des think tanks : 2e édition
[mercredi 30 novembre 2011 - 17:00]
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La 2e table ronde, intitulée "Dépasser le cadre national ?", était animée par Gaïdz Minassian, du monde.fr. Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Schuman, a évoqué l’arrivée, sur la scène internationale, de nouveaux acteurs comme les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), et a mis en garde contre l’essoufflement du cadre politique européen. Ce dernier point l’a conduite à questionner la dimension démocratique de la supranationalité ; mais si le fédéralisme n’est plus tabou aujourd’hui, personne ne semble d’accord sur son contenu. En outre, bien que l’UE représente actuellement le premier PIB mondial, cette place, menacée, devrait être défendue. Enfin, pour la Fondation Schuman, l’argument, souvent avancé par les eurosceptiques, d’une trop grande diversité du peuple européen ne tient pas, si l’on compare ce dernier à la Chine ou même aux États-Unis.

Pour Jean-Louis Guigou, délégué général de l’IPEMED (Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranéen), il ne faut pas se contenter du cadre européen mais jouer à plein la carte du "Sud", notamment en termes démographiques et de perspectives de développement économique. Il faut miser sur la convergence des civilisations européenne, africaine et arabo-musulmane car ce qui manque à l’Europe (matières premières, énergie, marchés) se trouve en Afrique, et inversement (démocratie, brevets…). Le problème, dans les relations politico-économiques entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée, serait un "embouteillage institutionnel" et, corrélativement, un manque de coordination. Mobilisant lui aussi la référence à notre voisin d’outre Rhin, J.-L. Guigou a vanté l’intégration réussie de l’Allemagne de l’Est par l’Allemagne de l’Ouest, ainsi que le rôle important joué par l’Allemagne dans l’industrie et l’économie tunisiennes depuis quelques mois.

Jean-Christophe Debar, directeur de FARM (la Fondation pour l’Agriculture et la Ruralité dans le Monde), a pour sa part insisté sur le fait qu’1/7e de la population mondiale souffre aujourd’hui de la faim, mais que ce constat ne semble pas émouvoir les responsables nationaux, bien qu’il soit un enjeu politique et économique majeur. Le G20 aurait, quant à lui, bien compris qu’une augmentation des prix agricoles pose un problème structurel à la production et à la productivité dans ce domaine, notamment parce que les 3/4 des personnes très pauvres, à l’échelle mondiale, dépendent, directement ou pas, de l’agriculture. Il serait donc primordial que les petits agriculteurs puissent s’insérer dans des filières économiques afin de mieux gérer les risques et de lutter contre l’instabilité des prix. Enfin, sur le plan environnemental, l’agriculture, qui peut bien sûr être polluante, pourrait aussi contribuer à préserver la planète.

La 3e table ronde avait comme sujet "Faire société ?". Cyril Adriaens, de LCI, a posé deux questions en préalable : comment maintenir le lien social malgré la crise qui incite au repli sur soi ? Quels doivent être les rôles respectifs de l’entreprise, de l’État et de la société civile ? Trois jeunes think tanks participaient à ce débat ; le point commun de leurs interventions était l’affirmation que la société ira mieux et sera plus productive si elle prend davantage en compte l’identité et les aspirations d’Autrui.

Aurélie Ganga, pour le Caucus des diversités en Europe, a mis l’accent sur plusieurs exemples archétypaux de réussites individuelles parmi les femmes et/ou les minorités ethniques, et insisté sur la nécessité des luttes pour l’obtention des droits. Parfois, "la loi fait société", autrement dit : elle devance les mœurs et les fait évoluer dans le sens du progrès humain (ainsi de l’abolition de la peine de mort en France, en 1981). "C’est ce que nous sommes qui crée la société", a-t-elle indiqué, tout en souhaitant l’importance qu’au sein des élites, la société soit mieux représentée dans sa diversité.

Maria Giuseppina Bruna, du Cercle de la LICRA, s’est référée à certains pères fondateurs de la sociologie comme Durkheim et Simmel pour dire qu’une société ne s’inscrit pas que dans une dimension légale, mais se fonde avant tout sur des individus et des corps intermédiaires, d’où sa diversité, son hétérogénéité, auxquelles il faut donner une cohérence. Un partage de valeurs, un souci de complémentarité sont à privilégier sur le principe d’assimilation et d’association de "ce qui se ressemble". Parce qu’une société se construit par sa pluralité, reconnaître cette dernière, réinvestir l’altérité en tant que telle s’avère crucial. À l’échelle individuelle, a estimé M.-G. Bruna, on parle de fraternité et de construction de modèles communs, alors qu’à l’échelle organisationnelle, l’entreprise, actrice du management de l’altérité, allie éthique et performance ; l’État, pour sa part, se devant d’être exemplaire sur ces questions.

Alexandre Jost, président-fondateur de la Fabrique Spinoza, a évoqué ce qu’il nomme des indicateurs de développement, qui sont des outils de définition, de mesure et d’objectivation de "l’avancée sur un chemin" autre que le seul PIB. Le bien-être citoyen en fait partie. Toutefois, le désintérêt politique serait fort sur le sujet. L’"index de vie meilleure" de l’OCDE renvoie à des indicateurs de développement alternatifs à la richesse nationale, qui définissent une société, lui donnent un cap, l’inspirent, lancent un débat démocratique mettant aux prises experts et citoyens, et véhiculent du lien social. Il s’agirait de s’en inspirer pour le cas français.

Marie-Cécile NAVES
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