On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
La LICRA crée son think tank sous l'appellation : Cercle de la LICRA. Réfléchir les droits de l'homme. Le think tank sera présidé par l'actuelle vice-présidente de la LICRA, Martine Benayoun.
Son ambition est de créer des espaces de dialogue au carrefour du monde politique et institutionnel, du monde de l’économie et de celui des idées. Il entend aussi fertiliser les débats sur des problématiques stratégiques auxquelles la LICRA doit apporter des réponses.
Le think tank est structuré autour de pôles thématiques ("Responsabilité sociétale des Entreprises", "Diversité et Egalité des chances", "Nouveaux médias et Liberté d’expression"...) et géographiques (Moyen-Orient, Europe, Asie…). Voici un entretien croisé avec Martine Benayoun et Alain Jakubowicz, président de la LICRA.
Nonfiction.fr- Alain Jakubowicz, la création du think tank figurait dans le programme de campagne de Martine Benayoun à la présidence de la LICRA que vous avez remportée. Vous avez finalement considéré que c’était une bonne idée ?
Alain Jakubowicz- Oui, c’est même une très bonne idée même si lors de la campagne, la proposition a été mal comprise. L’idée était très novatrice. La LICRA est un peu campée dans son histoire, ses traditions. J’avais le sentiment d’une LICRA qui se sclérosait. La LICRA se trouve dans une période charnière. Nous avons parfois des difficultés à trancher sur certains débats, par exemple sur le droit de vote des étrangers ou le port du voile. En ce sens, le think tank rejoint mes préoccupations de campagne : l’impératif d’être une force de proposition, de prendre de la hauteur et le souci d’ouverture. Je veillerai à ce que les travaux du think tank soient complémentaires de notre action quotidienne à la LICRA tout en lui octroyant une indépendance totale. Les membres du think tank ne sont pas forcément membres de la LICRA. Ils apportent leurs parcours et des idées nouvelles.
Martine Benayoun- Au cours de la campagne, j’ai défendu l’idée de faire de la LICRA une organisation stratégique et d’influence. Nos programmes se sont finalement rejoints. Alain m’a donné la possibilité de réaliser ce projet. Le think tank me paraît incontournable pour la LICRA qui évolue dans un contexte en profonde mutation, une société mondialisée. Nous nous trouvons face à de nouveaux enjeux, de nouveaux défis. Pour y apporter des réponses et des propositions innovantes, il faut réinjecter de la réflexion, de l'analyse et une expertise.
Les membres du think tank vont apporter un souffle nouveau. Pour la plupart, ils ne sont pas membres de la LICRA mais ils adhèrent à ses valeurs et ses principes. Une charte éthique guidera nos travaux. Et le think tank sera chapeauté par un conseil d’orientation et un comité stratégique. La question du positionnement du think tank par rapport à la LICRA est aussi importante. Nous bénéficierons d’une indépendance totale.
Nonfiction.fr- Est-ce que le think tank entend peser dans le débat autour de l’élection présidentielle ?
Alain Jakubowicz- Pour ce qui concerne la LICRA, nous travaillons à un Livre blanc depuis fin 2010. Nous avons débattu de nos propositions "Pour une société plus fraternelle" au cours de l’université d’été. Le document sera rendu public au début de l’année prochaine. Nous espérons que les travaux du think tank alimenteront notre réflexion.
Martine Benayoun- Nos premiers débats commenceront à partir de janvier 2012. Ils porteront notamment sur "l''hôpital face aux pratiques religieuses", et les enjeux européens sur la question de l’intégration et de l'assimilation… Nous participons par ailleurs au prochain Forum des think tanks le 19 novembre sur la thématique "Faire société".
Alain Jakubowicz- La spécificité du think tank est d’être apolitique comme le reflète son comité d’orientation. La Ligue des droits de l’homme ou SOS racisme ont un ancrage politique fort. Ce n’est pas le cas du Cercle de la LICRA dont la spécificité est d’être animé par les valeurs républicaines. Il est parfois difficile de vivre avec cette indépendance, mais c’est notre ADN !
Martine Benayoun- Diverses personnalités de gauche comme de droite issues du monde politique, de la société civile et de la recherche ont accepté de siéger au Conseil d'orientation du Cercle de la LICRA : Elisabeth Guigou, Noëlle Lenoir, William Bourdon, Bruno Tertrais, Frédéric Encel… Le Conseil donnera les grandes tendances de la programmation des débats. Les responsables de pôle seront chargés de nourrir la réflexion en lien avec les experts. Le Cercle sera la plateforme d'échanges et de débats de l'association, faisant le lien entre l'analyse et l'action. Il sera la passerelle entre les experts et les militants qui souhaitent de plus en plus appuyer leur action sur une analyse argumentée![]()
* Propos recueillis par Estelle Poidevin .
3 commentaires
Serge ULESKI
La nouvelle LICRA sous Jakubowicz
***
À combattre sans péril, on sermonne sans gloire
Faisant suite au billet "Résister et combattre" rédigé à l’invitation de la rédaction de Médiapart par Alain Jakubowicz président de la Licra... billet qui nous rappelle une fois de plus à quel niveau de vigilance nous sommes tous astreints car aujourd'hui, le danger peut venir de contrées jugées hier encore hospitalières et dignes de confiance...
Qu’il soit permis ici de réagir…
En effet, à propos de la tuerie de Montauban et de Toulouse Monsieur Jakubowicz écrit : « … De la même façon, il serait indigne de prétendre que nos responsables politiques porteraient une once de responsabilité dans ce qui s'est produit. Personne n'est responsable, ou plutôt si, nous le sommes tous. »
A la lecture de ce qui précède, doit-on conclure que la vocation première de la LICRA sera désormais de protéger et d'absoudre les élites tout en mettant en place une vaste entreprise de culpabilisation des masses ?
Car...
Des gens comme Jakubowicz devraient savoir que toute catastrophe sociale - fait-divers particulièrement atroce, avènement d’un régime politique criminel, catastrophe écologique non naturelle -, a toujours pour responsables, à défaut de coupables, ceux qu’on appelle par commodité les élites (1) ; terme aujourd’hui inapproprié puisqu’il n’est d’élite que morale et intellectuelle ; aussi parlons plutôt de… responsabilité de ceux qui dominent la société et qui décident de cette même société : acteurs politiques, culturels, économiques et médiatiques et leurs nombreux relais, sous-fifres et autres hommes de mains.
Or, dans cette affirmation à propos des événements de Montauban et de Toulouse, « Personne n’est responsable ou plutôt si, nous le sommes tous » Monsieur Jazkubowicz feint de reconnaître cette évidence historique.
Il est vrai qu’à la décharge du Président de la Licra on pourra toujours observer ce qui suit : allez donc voir du côté de l’Elysée, Matignon, le Palais Brongniart, les radios, les télés, aux dîners du Siècle, à la Commission Européenne, chez Goldman Sachs, à la Commission Trilatérale, à Wall Street, à la City, au Pentagone, au siège de l’Otan, là où le système décide vraiment sur quelle bête de somme humaine il va frapper et qui il va saigner sur l’hôtel de dieu sait quels nouveaux impératifs politique et économique... (2)
Promenez-vous dans les couloirs de ces lieux de l’asservissement qui ne connaissent qu'un seul refrain et qu'un seul couplet « Il n’y a pas d’alternative ! » pour sûr, c’est bien ma concierge que vous rencontrerez, mon boulanger aussi, des familles qui vivent avec 800 Euros par mois, la caissière de la supérette d’à côté, des habitants de quartiers relégués, des chômeurs en villégiature, et pourquoi pas aussi... mon chien, et votre serviteur...
La bonne blague !
Si seulement vous étiez drôle Monsieur Jazkubowicz !
Et si... à combattre sans péril, on sermonne sans gloire, ne laissons personne tenter de noyer la domination des Peuples dans une vaste tentative de culpabilisation des masses et d’exonération de tout un système qui n’a qu’une loi et pour seul modèle : la connivence, la collusion, la cooptation, le trafic d'influence, le vol, la concussion, le délit de sale gueule, l'abus de confiance et les bombes.
_________________
1 – On pensera à ces deux expressions : « faillite des élites » et « trahison des clercs ».
polipe
mieux vaut lire ça que...
Voila qui est très très drôle. Si le think tank ne lui réussit pas Alain Jakubowicz pourra toujours essayer le café théâtre.