On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La Petite histoire des médicaments d’Yves Landry nous guide à travers l’Histoire du point de vue du pharmacologue. Aussi le pharmacien ou le pharmacologue sont-ils sans doute les plus à même d’en saisir toutes les subtilités, mais cette mise en perspective du médicament est certainement utile à quiconque. Le livre ne se présente pas véritablement comme un ouvrage scientifique. C’est un ouvrage que l’on peut qualifier de « grand public », même si on y trouve une bibliographie suffisante pour constituer le point de départ d’une recherche sur le sujet. Pour être plus exact, il faudrait plutôt dire de cette étude historique qu’elle s’adresse à tous les publics : nul besoin d’être pharmacien ou pharmacologue pour en apprécier la lecture et plus encore, il est susceptible d’intéresser plusieurs spécialités. Le médecin, le chimiste, pourquoi pas le sociologue ou même l’industriel y trouvera des informations ou anecdotes qui retiendront son attention. Quant à celui qui se questionne sur les orientations que notre société doit adopter envers les progrès de la thérapeutique, il y trouvera incontestablement matière à alimenter sa réflexion.
L’histoire a comme vertu majeure d’éclairer le présent. Celle du médicament n’y fait pas exception. L’auteur la découpe en trois périodes : la première s’étend de l’Antiquité à la Renaissance, la deuxième du XVIIe au XIXe siècle, la dernière du XXe siècle à nos jours.
L’extraordinaire longévité des préceptes antiques
L’étude s’ouvre sur l’Antiquité, et les quelques idées reçues que l’on peut avoir sur la médecine antique ne sont pas toutes démenties. L’utilisation de substances auxquelles on attribuait des vertus thérapeutiques se faisait bien de manière irrationnelle et hasardeuse, mais une telle vision de la pharmacopée antique est caricaturale. On est étonné et un peu admiratif devant les connaissances pléthoriques qu’avaient accumulées les égyptiens, et dont les grecs et les romains ont hérités, nous les transmettant ensuite à leur tour. La magie et le hasard n’étaient en réalité pas si présents, comme le montre l’exemple de la médecine hippocratique , basée avant tout sur l’observation du malade et de son environnement. Le livre présente de façon très détaillée, dans des encarts qui facilitent la lecture, les remèdes et théories en vogue aux différentes périodes de l’Antiquité. Cela donne d’ailleurs un côté pittoresque assez plaisant à la première partie de l’ouvrage.
L’exposé des pratiques antiques conduit à réaliser que certains concepts étaient présents très tôt : Galien, au IIe siècle, établissait déjà l’importance de l’expérimentation et Averroès, au XIIe siècle, formulait des observations préfigurant la vaccination . Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de savoir qui étaient ces personnages célèbres que l’on ne connaît que de nom, et quel a véritablement été leur rôle dans le progrès des connaissances et des pratiques. Ainsi Avicenne est présenté comme ayant fait le lien entre les doctrines gréco-romaines et arabo-perses. L’encyclopédie qu’il a rédigée constitua la base de l’enseignement de la médecine jusqu’au XVIIe siècle, en Europe comme au Moyen-Orient . Il y présente d’ailleurs, comme une panacée, la Thériaque remède complexe comprenant de très nombreux composants végétaux dont l’opium, ainsi que de la vipère sèche, du castoréum (produit fétide contenu dans les poches qui accompagnent les organes génitaux du castor) ou encore de la mie de pain séchée, de la terre sigillée et du sulfate de fer desséché. L’origine de ce produit remonte au Ier siècle de notre ère et, il sera présent dans la Pharmacopée française jusqu’en 1908 . On apprend aussi que c’est à Bagdad, au VIIIe siècle, que la profession pharmaceutique, distincte de la profession médicale, est née .
La période du Moyen-Age est nettement moins prolifique. L’apothicaire est néanmoins un personnage important, et la profession est difficile d’accès . L’auteur souligne l’émergence de l’alchimie et de l’ésotérisme, avec Paracelse, qui rejette le dogme hérité de l’Antiquité , mais les préceptes antiques ont eu une longévité exceptionnelle. C’est en effet seulement au XIXe siècle que se situe le tournant de l’histoire du médicament, avec les progrès de l’anatomie, et surtout de la chimie.
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