On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On n’arrête plus Gilles Cantagrel : après l’imposant volume consacré aux cantates paru l’an dernier chez Fayard, le voici à nouveau sur la brèche avec un ouvrage consacré aux autres œuvres vocales de Bach – les passions, les messes, les motets, plus quelques autres productions issues de recueils provenant de l’entourage de Johann Sebastian Bach (Notenbüchlein d’Anna Magdalena Bach, la seconde femme de Bach, Musicalisches Gesangbuch de Schemelli et chorals à quatre voix publiés par Carl Philipp Emanuel Bach en 1765). L’immensité des œuvres commentées ainsi que leur caractère hétérogène est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse du livre de Cantagrel : on a entre les mains un excellent manuel qui couvre un champ très vaste mais dont le propos demeure toutefois quelque peu contraint par les limites d’un format relativement restreint.
Commençons par les récriminations d’usage contre les éditions françaises, dont la qualité matérielle laisse tant à désirer quand on les compare aux éditions scientifiques produites en Allemagne ou aux États-Unis. La couverture souple et l’absence d’une reliure digne de ce nom condamnent ce livre, conçu pour être manipulé et consulté ponctuellement plutôt que sagement lu in extenso, à un destin précaire. Ceci est toutefois moins vrai pour ce livre (420 pages) que pour le volume consacré aux cantates, dont les 1665 pages rendent la reliure à la colle proprement inutilisable. S’il faut saluer les prix très modérés de ces livres eu égard à leur nombre de pages (respectivement 25 et 40 euros, ce qui en fait des instruments de travail pouvant virtuellement être présent dans tous les foyers de France) il n’en reste pas moins qu’un prix plus élevé combiné avec une meilleure présentation matérielle de l’ouvrage aurait pu constituer une alternative commerciale tout aussi viable. Dans le même ordre d’idée, on saluera la présence d’une bibliographie en fin de volume, mais pour en regretter aussitôt le caractère incomplet : il aurait fallu, selon nous, intégrer à cette liste d’ouvrages tous les articles et ouvrages en langue française et étrangère cités par Cantagrel dans le corps du texte – c’est-à-dire bien plus que la petite quarantaine d’ouvrages mentionnés en bibliographie. L’absence d’un index des noms propres – appendice indispensable à tout ouvrage à prétention scientifique – est à regretter, même si le format de dictionnaire de ce livre en rend la présence peut-être moins indispensable que dans d’autres cas. Le parti-pris de citer les ouvrages "à l’allemande", c’est-à-dire sans mentionner le nom de la maison d’édition à la suite du lieu de parution, est respectable même s’il va à l’encontre des traditions universitaires françaises. En revanche, dans la liste des ouvrages de Cantagrel qui est présentée en début de volume, il faut absolument revoir le système de citation des articles en mentionnant, après le titre des articles, le titre de la revue ou de l’ouvrage collectif dans lesquels ils ont été publiés : en l’état, cette liste est inutilisable. Pour finir sur une note un peu plus positive, soulignons l’excellente tenue des références bibliographiques dans le corps du texte : la présentation des notes au bas de chaque page – bien plus commode que lorsqu’elles sont renvoyées en fin d’ouvrage, ou pire, en fin de chapitre – et le système de référence aux ouvrages et articles scientifiques, très précis, permet à tout lecteur qui voudrait aller plus loin d’aller consulter les sources auxquelles Cantagrel s’abreuve pour nourrir son propos. Ces références ne sont certes pas exhaustives, mais il s’agit là d’un ouvrage de vulgarisation qui ne vise pas forcément à donner un aperçu global de la bibliographie. Il nous semble qu’il y a là un net progrès depuis les premiers ouvrages de Cantagrel publiés chez Fayard, où les références à la bibliographie étrangère (allemande notamment) étaient beaucoup moins détaillées.
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