La phrase

Brûler, en esprit, tous ces livres, tous ces mots – toutes ces incomparables, subtiles, profondes, mortelles pensées. Pour s’ouvrir à la pluie qui tombe, traversée de moucherons, d’insectes, à ce pays gris et vert ; à un craquement dans les pierres du mur ou le bois de la porte.

Philippe Jaccottet, “Carnets 1968-1979”, La Semaison, Œuvres, Gallimard, “Bibliothèque de la Pléiade”, 2014, p. 597  

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CNL
Les communs du savoir. Le laboratoire de la globalisation responsable
[mercredi 02 novembre 2011 - 11:50]
sciences humaines
Couverture ouvrage
Libres savoirs. Les biens communs de la connaissance
Association Vecam (ouvrage collectif)
Éditeur : C & F Editions
352 pages
Résumé : Un tour d'horizon mondial sur la pensée et les pratiques de la mise en commun de la connaissance à l'aube du XXIème siècle, touchant aux problématiques de la santé, de l'éducation, de l'industrie du logiciel, de la recherche scientifique, du droit, de l'environnement...
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Dans le domaine particulier du logiciel libre, le code garde la trace du processus de production qui l’a enfanté. Ce principe n’est pas qu’éthique. Il se traduit juridiquement. La GPL (General Public Licence) « contraint celui qui s’appuie sur du code libre à rendre à la communauté les ajouts et corrections qu’il aura pu apporter. On parle de licence virale : tout logiciel qui utilise du logiciel libre doit lui aussi rester un logiciel libre. Cette invention juridique est fondatrice »  . C’est dire que le code ne se résume jamais uniquement aux performances qu’il accomplit. Comme la graine inscrite dans une communauté de production et d’usage (de lecture pourrait-on dire), il circule et se transforme en ayant, attaché à lui, un certain nombre de caractères qualitatifs et contextualisés, dont la force est d’avoir trouvé une formulation juridique.

Les ruses de la raison privative
Une autre problématique soulevée par le développement des biens communs est qu’il ne suffit pas d’affirmer un accès libre, public et universel au savoir pour assurer les exigences de partage. Anupam Chander et Madhavi Sunder soulèvent des objections à ce qu’ils appellent, selon le titre de leur contribution, « La vision romantique du domaine public » . Ils notent que ce sont désormais les entreprises privées qui réclament que les arbres et les chants des Shamans tombent dans le domaine public. Pourquoi ? Parce que, dès lors, les savoirs traditionnels et les richesses de l’évolution naturelle sont appropriables, privatisables, exploitables par les grandes corporations, comme autant de champs pétrolifères. La conséquence de cette extension du droit de la propriété selon le modèle de l’Occident riche et développé est, entre autres, une inégalité immédiate des bénéfices et des échanges dans le contexte de la globalisation : « Pour reprendre les termes employés par James Boyle, “le curare, le batik, les mythes et la danse Lambada suintent en abondance des pays du Sud… dans le même temps le Prozac, les jeans Levis, les romans de Grisham et le film Lambada ! y sont massivement déversés…”   Les premiers ne font l’objet d’aucun droit de propriété intellectuelle, les seconds sont eux protégés. In fine, le régime international de propriété intellectuelle génère un transfert de richesse des pays les plus pauvres vers les plus riches » .

Conclusion. Le laboratoire de la globalisation responsable

Si « les défenseurs des communs ne cherchent pas à construire une narration globale mais répondent à des besoins très concrets, souvent très locaux »  , force est de constater qu’un ouvrage comme celui dont il est question ici contribue à bâtir un discours et un engagement, des concepts et une ambition plus globales. Par-delà les secteurs et les expériences applicatives, il se dégage une utopie que Valérie Peugeot qualifie de « pragmatique » (p.13-19). Une espérance en acte qui, d’un seul geste, propose une éthique relationnelle, d’inspiration contractualiste, égalitaire et durable, et une reconnaissance des spécificités locales et des compétences propres à des groupes. Une utopie qui parvient à saturer en même temps le sens du commun, du partage, et la singularité, la diversité, la liberté d’innovation, sous condition de vraies négociations sur les rapprochements possibles et les différences valorisées. Une sorte de laboratoire de la globalisation responsable.
Les enjeux pour la science, elle-même globalisée, se retrouvent dans les disparités de traitement des articles, entre ceux qui ont accès aux revues internationales et ceux qui se contentent de « revues dédaignées et négligées par les grands centres de l’oligarchie, souvent en langue locale » . Les idées, pour se croiser et se fertiliser mutuellement, ont besoin de questions ouvertes, venant d’horizons et manifestant des motivations diverses, puis de réponses largement diffusées pour espérer atteindre les lecteurs potentiellement intéressés. De ce point de vue, les revues en ligne, gratuites et pluridisciplinaires, participent à la circulation des communs du savoir. .
 

Olivier FOURNOUT
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Titre du livre : Libres savoirs. Les biens communs de la connaissance
Auteur : Association Vecam
Éditeur : C & F Editions
Date de publication : 28/10/11
N° ISBN : 978-2-915825-06-0
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