La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le traducteur est-il un paillasson ?
[jeudi 27 octobre 2011 - 12:00]
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Riche d'enseignements sur la situation matérielle des traducteurs, le rapport l'est peut-être plus encore sur leur condition sur le plan juridique et moral. En principe, la législation française en matière de droit d'auteur reconnaît au traducteur, comme le rappelait en 2004 Guillaume Villeneuve dans une communication plusieurs fois citée, “la dignité d'auteur à part entière”. Ceci veut dire qu'un traducteur bénéficie, en tant qu'auteur, d'un droit moral – incessible et inaliénable – sur son travail : il en a la paternité, qui ne peut être dissimulée sans son consentement, et l'intégrité de son œuvre est théoriquement protégée ; autrement dit, toute intervention éditoriale – voire “autoriale”, mais on entre là dans une zone plus délicate – doit lui être soumise, c'est à lui qu'il appartient de signer le bon à tirer, et il devrait avoir la possibilité, en cas de conflit, d'exercer un droit de retrait. Qu'en est-il dans la pratique ? Pour de nombreux éditeurs, petits et grands, le traducteur est la cinquième roue du carrosse, et les droits que nous venons d'énumérer sont violés de manière tellement systématique que c'est comme s'il n'en disposait d'aucun. Encore les traducteurs de fiction peuvent-ils être assurés d'un minimum de reconnaissance : quelque orageuses que puissent être leurs relations avec l'éditeur, il est rare que ce dernier leur dénie la paternité de leur ouvrage. Mais dès qu'on sort de ce domaine, et en particulier dans la littérature scientifique, l'abus est de règle : les droits du traducteur sont bafoués sans vergogne et, semble-t-il, en toute impunité, et il n'est pas inhabituel de voir des universitaires se comporter comme les derniers des négriers.

 

Le théâtre a droit a un chapitre entier du rapport et ce n'en est pas l'un des moins édifiants. Ici l'absence de scrupule atteint, semble-t-il, son summum, et pour des raisons qui n'ont rien à voir avec des motivations artistiques : les royalties touchées par représentation sont en effet réparties par la SACD en 60% pour l'auteur et 40% pour le traducteur. Excellente affaire pour les rares traducteurs qui traitent avec des metteurs en scène respectueux de la loi. Dans la plupart des cas, malheureusement, tous les coups bas sont bons pour s'emparer de ces 40%. Réécritures, rapiéçages, piratages, contrefaçon, plagiats éhontés, auxquels on trouvera mêlés quelques noms illustres – et par conséquent inattaquables –, le lecteur du rapport trouvera ici de quoi se régaler. Le plus triste est de constater le peu d'empressement que met la SACD à mettre les gens de théâtre devant leurs responsabilités légales, encourageant ainsi la perpétuation des abus.

 

Comment lutter contre ces abus ? Le rapport tout entier plaide pour une réévaluation de la condition des traducteurs. En améliorant leur formation d'abord – et l'on aurait aimé que le rapport prête attention aux masters autres que ceux spécialisés dans la traduction littéraire. Plutôt que la création d'une École nationale de la traduction, qui ne soulève pas son enthousiasme (ni le nôtre), Pierre Assouline propose une meilleure répartition des cursus dans le respect de leur diversité. Il souhaite évidemment que la France poursuive sa politique volontariste en matière de soutien à la traduction, et que l'Europe accroisse son engagement en ce domaine, afin que les traducteurs qui, le plus souvent, “ne savent pas, ne tentent pas, n'osent pas” sachent que les aides existent (et qu'elles ne passent et ne repassent pas sans cesse par les mêmes mains). À propos des prix et des bourses, dont il dresse la liste – mais qu'est- il donc advenu du prix Denyse Clairouin, créé à la mémoire de la traductrice de Graham Greene, de D.H. Lawrence et d'Henry James, morte en déportation à Mauthausen ? – il note avec raison qu' "il n'y en a jamais assez”. Enfin et surtout, il encourage les traducteurs à se battre de toutes leurs forces et par tous les moyens, seuls ou en groupe, contre les abus dont au mépris de la loi ils sont victimes, et à lutter pour une plus grande reconnaissance afin qu'ils ne soient plus traités dans la pratique, comme c'est trop souvent le cas, comme des “prestataires de services” corvéables à merci mais comme des auteurs de plein droit.

 
 

A voir : 

 

- Le forum de la Société des Gens de Lettres (SGDL) sur la traduction littéraire, organisé les mardi 25 et mercredi 26 octobre. 

 
 
Vincent GIROUD
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3 commentaires

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arthurdeg

25/11/11 21:58
tout a fait d accord - je vous écris de winnipeg au Canada, ou l on pourrait encore croire que la designation de biliguismeofficiel ait tracéses ornièeres en dehors des couriels bureaucratiques qui se substituent malheureusement...

je vous reviens, ayant a donner une lecon d anglais a un jeune turc...qui parle allemand en seconde langue...

cer
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Mouna

28/10/11 10:07
Ne comparons pas ce qui n'est pas comparable : contrairement au salarié, le traducteur-auteur n'a pas de congés payés, pas de 13e mois, pas de primes, pas d'intéressement, pas de cantine, pas de tickets restau, pas de CE, pas de chèques vacances, pas de mutuelle prise en charge par l'employeur... (liste non exhaustive). En revanche, tout ce dont il a besoin pour travailler est à sa charge : équipements informatiques, chauffage et autres charges, fournitures, formation continue, documentation, déplacements pour recherches... Autant de dépenses non négligeables à retrancher de ses revenus.
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visiteur

27/10/11 21:31
qui peut vivre avec 12000 euros par an ? Beaucoup de monde (près de 50% de la population française je crois) puisque le smic est à 1070 euros par mois malheureusement et que bienheureux sont ceux qui sont payés plus aujourd'hui.

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