Rédacteur

Critique à nonfiction

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Jean Clavreul, l’homme qui marchait sous la pluie
[vendredi 21 octobre 2011 - 09:00]
Psychanalyse
Couverture ouvrage
La clinique à l’épreuve de la psychanalyse
Jean Clavreul
Éditeur : Hermann
Résumé : Le psychanalyste J. Clavreul souligne la nécessité, pour la psychanalyse inspirée de Lacan (ou pas), de faire vivre les "feux follets" qui animèrent, dès l’origine, la pensée freudienne.
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Né en 1923, Jean Clavreul est mort en 2006. Psychiatre, psychanalyste dont la rencontre avec Lacan a déterminé l’oeuvre, il fonde en 1983 la Convention Psychanalytique. La clinique à l’épreuve de la psychanalyse succède à La formation des psychanalystes (préface de Moustafa Safouan), paru en novembre 2010 chez le même éditeur.
"Inlassable écrivain", selon l’expression de Colette Clavreul et de Jean-Pierre Wahl ce théoricien (et praticien) est tout sauf dogmatique, ce dont témoignent les archives personnelles – destinées à publication - retrouvées après sa disparition, et qui composent la trame du livre ; les interviews retranscrites, les séminaires dispensés à Sainte-Anne, les textes rédigés en vue de conférences et colloques, de revues, mais non publiés et repris ici, signalent l’existence d’une pensée nuancée, critique envers toute forme de doxographie lacanienne.  On lit avec plaisir les développements de l’ouvrage relatifs  aux rapports de la psychanalyse et de la psychiatrie,  ceux consacrés aux  préliminaires à la cure psychanalytique,  au transfert – dans la reprise de l’analyse de Lacan sur Le Banquet platonicien – Un chapitre intitulé "Eléments cliniques" restitue l’enseignement d’un séminaire donné dans les années 90.

 

"Rose des vents"

Faisant retour vers le geste  des premiers cliniciens  - essentiellement viennois -  établis aux Etats-Unis dans les années 40, les analystes lacaniens, vingt ans plus tard, ont "aiguisé" la découverte freudienne. Mais ce qui en faisait la force et la portée (le rapport fécond entre théorie et pratique), n’est-il pas en partie subverti et sédimenté dans un discours terroriste, sourd aux injonctions de la pratique hospitalière ? Tout n’est donc pas affaire de signifiants langagiers, en particulier avec des psychotiques peu enclins à s’exprimer et à parler. F. Roustang   démontait déjà l’emprise de Lacan sur ses "disciples", tout en réaffirmant la dimension heuristique de sa pensée. La distance revendiquée par J. Clavreul envers toute inflation langagière, ne signifie pas qu’il faille renoncer à "soutenir ce qu’il peut en être d’un véritable statut de la parole" : exigence  qui sensibilise le psychanalyste aux effets parfois inattendus de sa propre pratique. Il est donc toujours nécessaire de "statuer" sur la chaîne des signifiants, repères théoriques indispensables pour qui veut  discerner hystérie, névrose obsessionnelle, phobique, psychose, etc., et, en dernière instance, s’orienter dans la pratique clinique. On comprend par là que la "boussole" psychanalytique se distingue de la nosographie psychiatrique, (elle-même plus ambiguë que la nosologie médicale),  mouvante par nature et dépendante de critères culturels. En toile de fond subsiste la question décisive des rapports entre "psychopathologie" freudienne, théorisation lacanienne et savoir psychiatrique.

 

La cure

L’Ordre médical   s’interrogeait  déjà sur l’ originalité du discours psychanalytique, sur le passage entre ordre médical et expérience psychanalytique. A l’élucidation de la structure (et comment la définir  exactement ?) du patient, J. Clavreul préfère et choisit de dire : "Qui est l’autre pour lui ?" (p. 43).  Si la psychothérapie aménage le (s) symptômes (s) et propose une autre organisation de l’existence, la matière analytique est tout autre : " … c’est une éthique qui vise à remonter aux causes de la demande". Or, dans l ‘évaluation de la "demande", rien ne va de soi. Le questionnement porte ainsi sur les préliminaires de la cure, mais aussi sur sa visée, sa finalité supposée, sa fin, tout simplement. La guérison de l’hystérique se produit-elle quand il (elle) devient psychanalyste, etc. ?  Et doit-on maintenir le terme de guérison ? C’est à une forme d’innocence théorico-pratique, dans tous les cas, qu’invite J. Clavreul. Il n’est pas certain, en effet, que la stricte application des critères de l’IPA ((International psychoanalytical association) constitue une garantie dans la conduite d’une cure réputée orthodoxe. En bref, J. Clavreul s’élève contre la tentation de ritualiser ce qui se joue entre l’analyste et l’analysant : sans désir (hétérogène) de l’un et de l’autre, que peut-il advenir ?  Repérer l’initium, la faille qui a incité un individu à aller consulter un analyste, c’est là que tout peut commencer et préserver la pratique analytique du formalisme vide.

Titre du livre : La clinique à l’épreuve de la psychanalyse
Auteur : Jean Clavreul
Éditeur : Hermann
Date de publication : 20/05/11
N° ISBN : 2705670963
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