Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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[jeudi 20 octobre 2011 - 13:00]
Justice
Couverture ouvrage
Juger. Spirale sécuritaire, libertés en danger
Serge Portelli
Éditeur : Les Editions de l'Atelier
192 pages / 18 € sur
Résumé :   Du constat de l’impossibilité d’être juge à la conclusion de la possibilité de juger si l’on agit à temps, Serge Portelli livre ici un manifeste courageux qui dresse un état des lieux de la situation inconfortable du juge judiciaire et du sort peu enviable des libertés en France.
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Après Pourquoi la torture ?  et à l’heure où les chiffres démentent l’efficacité des efforts constants du pouvoir en faveur de la sécurité , le vice-président du Tribunal de Grande Instance de Paris et président de sa 12ème chambre correctionnelle publie son nouvel opus en prise directe avec l’actualité. L’auteur y défend l’indépendance du juge face aux pouvoirs exécutif et législatif. A peine d’être injuste, la justice démocratique, telle qu’elle émerge dans l’immédiat après la seconde guerre mondiale, garante des libertés ne saurait être rendue par un juge simple diseur du droit. Ainsi, l’Homme doit-il être au centre du temps judiciaire. Car la justice est avant tout une affaire d’Homme, au-delà du droit. En ce sens « juger, c’est inévitablement échouer ». Or, la question de la mission du juge se pose avec d’autant plus d’acuité lorsque la démocratie fait la part belle au « sécuritarisme ».

 

Sauvegarder les libertés

 

Défendre la liberté, fondatrice des droits tels que posés par les déclarations à vocation universelle du 26 août 1789 puis du 10 décembre 1948, c’est naturellement que cet attribut revient au juge judicaire. Car l’idée d’un juge gardien des libertés n’est pas inédite et prend une vigueur nouvelle au sortir de la seconde guerre mondiale, une fois la barbarie nazie évincée, en même temps que se consolide l’idée de démocratie dans toutes ses implications.

 

C’est désormais un juge « amoureux des libertés » qui fera échec au totalitarisme, le simple respect du droit ayant été impuissant en ce domaine. En effet, la société nazie, à l’image de toute société qui veut perdurer, était basée sur un système juridique au sein duquel la magistrature a pu œuvrer. Comme dans toute société totalitaire, la justice est subordonnée. Réduite à son acception fonctionnelle, elle est éminemment subalterne. L’analyse vaut aussi pour le régime Vichy, dans lequel l’anéantissement de la timide indépendance de la magistrature culmine dans le serment d’allégeance à Pétain  et contre lequel Serge Portelli dirige une critique nourrie. Sous Vichy, exit les démissions de masse qu’a pu connaître la justice du XIXè siècle ; seule l’exception du juge Paul Didier, auquel l’auteur rend un bref hommage, confirme la règle. Si phénomène de masse il y a alors, c’est celui de l’adhésion aux lois liberticides de ce régime. Si démission il y a, c’est une démission morale à laquelle Serge Portelli oppose la seule renonciation qui vaille (alors comme aujourd’hui) : l’abandon volontaire et spontané de fonctions.

 

Comment expliquer cette lâche attitude sinon par la force de l’habitude ? Telle est l’analyse de l’auteur selon qui les relations entre juges et pouvoir, malgré de brefs et vains sursauts, se résument à « des siècles de servitude ». La permanence dans l’absence d’autonomie aussi bien que dans la réponse du pouvoir à toutes velléités d’indépendance (destitutions et contrôle du recrutement) est une réalité. On objectera néanmoins que l’affirmation d’une constante dans les revendications de la magistrature à travers les siècles gagnerait à être nuancée. En effet, si l’opposition de la justice au pouvoir fut rare et inefficace sous l’Ancien Régime et au XIXè siècle, les rebellions des magistrats ante et post révolutionnaires ne sont pas assimilables.

Titre du livre : Juger. Spirale sécuritaire, libertés en danger
Auteur : Serge Portelli
Éditeur : Les Editions de l'Atelier
Date de publication : 21/04/11
N° ISBN : 2708241575
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