On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Lorsqu’il est question de répression et de massacre en Argentine, on pense spontanément à la période de la dictature militaire. Entre 1976 et 1983, l’Argentine enregistra le plus grand nombre de victimes (entre 10 000 et 30 000 selon les sources) parmi les pays du Cône Sud. Opération massacre, de Rodolfo Walsh, nous rappelle que la violence des militaires ne date pas d’hier : elle a de nombreux précédents, dont le coup d’État de 1955, qui entraîna la chute du gouvernement du célèbre leader Juan Domingo Perón, et la répression déclenchée, en juin 1956, contre la tentative de rébellion des péronistes qui cherchèrent – sans succès – à renverser le nouveau régime militaire. C’est cette répression qui fournit le point de départ de la réflexion de Walsh.
Né en 1927, Walsh, journaliste et écrivain, approuva initialement le coup d’État de 1955, en raison du fort mécontentement que lui avait inspiré le régime péroniste. Il crut que le général Eduardo Lonardi, l’un des principaux acteurs du putsch, serait un leader capable d’unir les Argentins. Mais il déchanta vite, Lonardi ayant été écarté par des militaires plus durs, dont le général Pedro Aramburu, qui n’hésitèrent pas à mettre sur pied un système de répression qui cibla en priorité les péronistes. Séduit par la révolution cubaine, Walsh partit ensuite vivre sur l’île et prit une part très active dans la mise sur pied de Prensa latina, l’organe de presse créé par le régime castriste pour contrer l’action des agences de presse états-uniennes, hostiles à la révolution. De retour en Argentine, il adhéra aux Montoneros, une guérilla composée de péronistes de gauche. Le 24 mars 1977, à l’occasion du premier anniversaire du coup d’État qui permit d’instaurer la dictature dirigée par le général Jorge Rafael Videla, il envoya une « lettre ouverte » à de nombreux journaux argentins et aux correspondants de journaux étrangers, dans laquelle il dénonçait en détail l’ampleur de la répression. Il ne tarda pas, cependant, à payer pour cette action: le lendemain, il fut criblé de balles par les agents de la répression.
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