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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Une géographie de la pauvreté urbaine
[lundi 17 octobre 2011 - 11:00]
Géographie
Couverture ouvrage
Géographie urbaine de l'exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises
Gérard-François Dumont
Éditeur : L'Harmattan
268 pages / 24,70 € sur
Résumé :  Malgré la mobilisation de nombreux et riches indicateurs, la démarche théorique à l'origine de cette géographie de l'exclusion manque de clarté pour être convaincante.
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 Dans le contexte de la crise actuelle, une étude approfondie de l’exclusion est nécessaire. Les conditions économiques semblent en effet conduire à une hausse des facteurs de marginalisation sociale : le maintien du chômage, la moindre prise en charge sociale des questions de santé et de handicap ou encore l’accentuation de l’isolement des minorités contribuent à créer chez des individus le sentiment de ne plus correspondre au modèle dominant et de ne plus pouvoir participer aux dynamiques de la société dans laquelle ils vivent. L’ouvrage de Gérard-François Dumont, Géographie urbaine de l’exclusion, apporte une contribution nécessaire à la réflexion sur ces situations. Son auteur, professeur à l’université Paris-IV, dont les recherches sont au croisement des champs de la géographie, de l’économie et de la démographie, étudie la répartition spatiale de l’exclusion dans le cadre des grandes métropoles régionales françaises, en cherchant à y définir les spécificités d’une géographie et à en identifier les causes et les conséquences. 

Penser l’exclusion, au-delà du modèle parisien

L’étude du cas de Paris domine, en France, les publications ayant pour sujet l’exclusion urbaine. C’est à partir de ce constat que cette Géographie urbaine de l’exclusion construit son argumentation : l’omniprésence de la capitale, en effet, biaiserait les lectures généralement faites du phénomène. La situation parisienne sert de "modèle d’interprétation"  , trop souvent appliqué aux autres métropoles du pays, sans précaution, sans nuance et sans travail de vérification. L’enjeu de l’ouvrage de Gérard-François Dumont consiste à mettre fin à cette hégémonie, en questionnant l’exclusion dans des villes au rayonnement moindre sans idées préconçues mais à partir de leurs caractéristiques propres. Les cas de Bordeaux, Lille, Lyon, Nice, Marseille et Toulose permettent à l’auteur de s’interroger sur l’existence d’une organisation spatiale de l’exclusion spécifique à ces métropoles et sur une possible remise en cause de l’importance des processus de valorisation des centres-villes, que de nombreux chercheurs présentent aujourd’hui comme le principal moteur des dynamiques urbaines.

Les moyens méthodologiques mis en œuvre pour apporter des réponses à ces questions sont intéressants. Définissant l’exclusion comme un phénomène multiforme et très variable dans ses manifestations, Gérard-François Dumont mobilise un ensemble d’indicateurs riche, concernant essentiellement les caractéristiques sociales et fiscales des populations. Si certains d’entre eux, comme le taux de familles monoparentales ou de personnes non-diplômées, sont récurrents dans les mesures de l’exclusion, d’autres, comme le taux de surendettés ou le taux de bénéficiaires de l’allocation parent isolé, témoignent d’une approche soucieuse de rendre compte de la diversité des situations. Ce travail n’est d’ailleurs rendu possible que par la mobilisation de trois sources statistiques rarement utilisées – la Direction générale des impôts, la Banque de France et les Caisses d’allocation familiale – dont les données confèrent à l’ouvrage un indéniable intérêt.

Un modèle de répartition des exclus propre aux grandes métropoles régionales françaises ?

L’étude de Gérard-François Dumont se déploie en deux moments. Le premier consiste en une longue analyse des treize indicateurs sélectionnés, et ce dans les six villes étudiées. Ce travail, exhaustif mais fastidieux, qui mêle de façon parfois confuse descriptions et explications, est accompagné d’une cartographie de qualité. La diversité des résultats obtenus rend nécessaire, dans un second temps, la prise en compte simultanée des treize indicateurs. Est forgé pour ce faire, à partir des données rassemblées, un indice synthétique d’exclusion (ISE), dont l’ouvrage analyse la répartition spatiale dans les six métropoles régionales. 

Deux éléments découlent de ce travail. Il apparait que la géographie de l’exclusion connait une logique spécifique dans les grandes métropoles régionales françaises : dans la majorité d’entre elles, les plus hauts niveaux d’ISE sont localisés dans et à proximité de la commune-centre, alors qu’ils ne cessent de décroitre au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. Ceci suppose, selon l’auteur, la remise en cause de la validité du modèle parisien de répartition des exclus pour les grandes villes françaises de province et de l’importance, dans la France urbaine, du processus de revalorisation des centres-villes: la gentrification. L’auteur n’hésite ainsi pas à conclure que la plupart de ces grandes métropoles régionales "suivent clairement le schéma centripète nord-américain, puisque les communes-centre y comptent un ISE dans la catégorie élevée" .

Titre du livre : Géographie urbaine de l'exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises
Auteur : Gérard-François Dumont
Éditeur : L'Harmattan
Date de publication : 24/06/11
N° ISBN : 229654973X
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