On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le Monde des Livres a publié le 6 octobre une tribune intitulée "Pour une édition critique de Mein Kampf". Le collectif qui signe cet article s’efforce de ne jamais tomber dans la polémique et d’éviter l’éternel débat relatif aux limites de la liberté d’expression. Partant d’un simple constat, il privilégie au contraire le déploiement d’arguments rationnels en faveur de la publication : Mein Kampf relèvera dès 2015 du domaine public et sa libre publication sera autorisée. Une seule solution s’offre donc, rendre obligatoire la mention d’un avertissement en introduction de ces éditions, papier ou numérique.
En appelant à la création d’un Observatoire européen à la prévention de la haine, les auteurs de cet article ont l’intelligence de faire de Mein Kampf une question européenne, mais également de désacraliser l’ouvrage en le rattachant à une catégorie plus large : les hate-speech.
Ainsi, le principal mérite de cet article réside paradoxalement dans sa banalisation de l’ouvrage hitlérien. Parce que ce dernier est ici avant tout considéré comme un objet d’histoire, le registre des passions qui ne manque jamais d’entourer l’évocation publique de Mein Kampf est rapidement évacué. Pourquoi, alors, refuser encore une publication scientifique à visée pédagogique du livre fondateur du nazisme ?
2 commentaires
Matthieu Mallet
Merci de poser la question. Analyser le texte fondateur du national-socialisme, c'est prendre position pour raison garder et retrouver les véritables causes du conflit nazi, des racines du fascisme et de la construction d'une idéologie dictatoriale et totalitaire.
Ceci recentre au coeur du débat, l'importance du devoir de mémoire, quitte à reconnaître dans le texte, la formation d'une opinion publique acceptable, et permise par le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
L'état de nécessité dans lequel se trouve l'Allemagne dans l'entre deux guerres, l'humiliation du Diktat, la persistance nationaliste, les réminiscences militaires, la volonté de puissance et l'envie de se venger peuvent fournir les prémices des causes d'une dispute inéluctable.
Autant en discuter cartes sur tables, plutôt que de se faire casser les pieds par le retour d'une idéologie terrible dont nous ferions mieux de récupérer les éléments clés, afin de permettre aux étudiants et aux professeurs du monde entier, de revenir sur les erreurs du passé pour ne pas faire la faute présentable, ni trop légitimer le nazisme. Alors même que, je le répète, c'est de la légitimité des peuples à disposer d'eux-mêmes dont il s'agit et de la perception de l'idéologie comme un moyen intellectuel pour suivre les intérêts de sa puissance et de l'influence qu'elle peut avoir et qu'il faut savoir peser.
Merci d'être aller jusqu'au bout et bonne continuation à tous.
thierry bruno