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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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L'énigme du mal
[lundi 10 octobre 2011 - 21:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Le scandale de la raison. Kant et le problème du mal
Michaël Foessel
Éditeur : Honoré Champion
Résumé : Le mal est un scandale indéracinable inscrit au coeur de l'action humaine : il est ce qui ne devrait pas être et que nous faisons pourtant. Si aucune théorie ne parviendra jamais à résoudre son énigme et la faire disparaître, il n'en reste pas moins qu'il est toujours au pouvoir des hommes d'agir contre le mal. Faire le mal librement, contre la liberté : c'est ce paradoxe brûlant que Kant tente d'éclaicir dans son Essai sur le Mal , dans la continuité de sa philosophie pratique. Dans son livre, Michaël Foessel en restitue le cheminement avec clarté et minutie.
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Que le monde est mauvais, c'est là une plainte aussi ancienne que l'histoire humaine dit en substance Kant au début de La Religion dans les Limites de la Simple Raison. Les poètes et les prêtres n'ont cessé de renchérir sur cette lamentation en la reprenant au fil des siècles, sans compter tous les philosophes qui ont tenté de la justifier en rendant raison du mal. Car le mal n'est pas simplement une énigme - pourquoi faisons-nous le mal ? d'où nous vient-il ? - il est surtout un scandale : il apparaît comme ce qui ne devrait pas être. C'est ce "dehors"  de la philosophie qui ne cesse de la hanter malgré tous les essais de théodicée de la métaphysique, dont la figure de proue est très certainement Leibniz affirmant que le "mal se récompense avec usure dans l'univers ". Le mal ne serait alors qu'une illusion d'optique : nous ne voyons le monde qu'à partir du trou de souris de notre subjectivité, le rapetissant à notre mesure, si bornée. Si nous étions à la place de Dieu, nous verrions qu'il a son utilité, et qu'en fait, il fait lui aussi partie des biens du meilleur des mondes possibles. Il s'agit donc pour les métaphysiciens de prendre le parti de Dieu et de justifier le mal en l'intégrant dans la Providence : c'est la tâche même de la théodicée.

Malgré ces tentatives théoriques de faire taire son scandale, le mal subsiste dans son épaisseur de fait. Nous le vivons et l'éprouvons chaque jour, et il apparaît légitime de considérer qu'il  est injuste de voir que trop souvent les méchants restent impunis alors que les justes souffrent. C'est bien parce qu'il est "la figure prééminente du déraisonnable " que le mal demeure scandaleux : la raison ne peut consentir à son injustice. Aussi, l'objet de ce livre détaillé de Michaël Foessel sur le problème du mal dans l'oeuvre de Kant, est de montrer qu'a contrario de la métaphysique classique qui voulait mettre un terme à la lamentation face au mal, Kant ne cherche ni à la "contester, ni à la justifier absolument, mais bien plutôt en rectifier le sens "

Si le mal détient quand même un sens, ce n'est certainement pas celui qui consisterait à l'intégrer dans une Providence pour en faire retomber le scandale mais bien au contraire de le prendre au sérieux en tant que défi lancée à la liberté humaine, à partir de cette liberté même : l'originalité de la pensée kantienne du mal réside selon Michaël Foessel dans le fait de situer le mal dans la nature humaine elle-même, si celle-ci n'est pas réductible au monde des choses physiques mais participe aussi - parce que la liberté est à son fondement - du monde suprasensible. Problématique, le mal le restera certainement toujours - il est à la "racine" de l'agir et en tant que tel "inextirpable" - mais parce que ce problème est spécifiquement humain, c'est toujours aussi à l'homme qu'il revient de lutter contre lui en favorisant le bon principe - la loi morale et l'autonomie qu'elle promeut - sur le mauvais, le penchant au mal.

Nous verrons alors comment il est possible pour la philosophie d'inventer un nouveau discours, celui de l'anthropologie morale, dont la tâche est justement de penser le mal à la fois comme scandale mais aussi toujours comme ce qui ne devrait pas être et ce contre quoi il faut agir. Sur cette voie difficile où les catégories de l'entendement ne nous sont plus d'aucun secours pour en tracer le plan, les symboles de la religion - retravaillés par le discours de l'anthropologie morale - détiennent une valeur éclairante en nous permettant de figurer cet insondable de la liberté humaine que le formalisme critique, dans la transparence de la loi morale, avait trop tendance à laisser dans l'ombre. C'est en ce sens aussi que l'ouvrage de Michaël Foessel ne cessera d'insister, à rebours d'une certaine tradition universitaire , sur la continuité conceptuelle de la pensée kantienne, affrontant des problèmes pratiques que la liberté humaine ne cesse de se poser à elle-même, et dont le mal constitue certainement la figure la plus douloureuse.

Titre du livre : Le scandale de la raison. Kant et le problème du mal
Auteur : Michaël Foessel
Éditeur : Honoré Champion
Date de publication : 11/10/11
N° ISBN : 2745321552
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2 commentaires

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Djoia

14/10/11 20:58
Celui qui a expliqué parfaitement l\'origine du mal, est Arhur Koestler. Je ne comprends pas pourquoi on n\'en parle jamais. D\'origine hongroise, il a vécu beaucoup en France et a écrit surtout en anglais, mais a été traduit en français. Il faut lire son recueil d\'essais intitulé \"Face au néant\", et après la lecture de son premier essai intitulé\" \"La tendance a l\'autodestruction\" vous saurez tout.
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Djoia

14/10/11 20:56
Celui qui a expliqué parfaitement l'origine du mal, est Arhur Koestler. Je ne comprends pas pourquoi on n'en parle jamais. D'origine hongroise, il a vécu beaucoup en France et a écrit surtout en anglais, mais a été traduit en français. Il faut lire son recueil d'essais intitulé "Face au néant", et après la lecture de son premier essai intitulé" "La tendance a l'autodestruction" vous saurez tout.

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