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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le droit à la ville à l’heure néolibérale
[dimanche 09 octobre 2011 - 13:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
Le capitalisme contre le droit à la ville. Néolibéralisme, urbanisation, résistances
David Harvey
Éditeur : Amsterdam
93 pages / 7,13 € sur
Résumé : Un ouvrage éclairant sur la production capitaliste et inégalitaire des villes, mais dont la dimension critique masque certains aspects positifs des mutations à l’œuvre.  
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Longtemps inaccessible au public français, l’œuvre de David Harvey fait enfin l’objet de plusieurs traductions françaises. Connu pour l'introduction des théories marxistes dans la géographie, l’auteur du classique Social Justice and the City  poursuit dans cet ouvrage son analyse des liens entre le capitalisme et les inégalités urbaines. À l'heure où les centres-villes ne deviennent accessibles qu'à certaines personnes mondialisées et où la gentrification se généralise à l'ensemble des métropoles, les réflexions sur le "droit à la ville" reviennent avec force au sein des étude urbaines. Théorisé par Henri Lefebvre à la fin des années 1960, il ne s'agit pas seulement  de l’accès à des ressources urbaines ou à un logement mais il doit surtout constituer le droit "à nous changer nous-mêmes en changeant la ville de façon à la rendre plus conforme à notre désir le plus cher" . S’inscrivant dans les pas de Lefebvre, David Harvey s’attache dans cet ouvrage à dénoncer l’influence du capitalisme sur la production urbaine et à énoncer les éléments susceptibles de favoriser un développement plus humaniste et égalitaire.

Les dimensions inégalitaires de la production urbaine capitaliste

Pour David Harvey, l’ensemble de la production urbaine serait à l’heure actuelle contrôlée par le pouvoir capitaliste. Il s’attache en effet à démontrer les liens particulièrement ténus qui existent entre ce modèle de développement et les processus d’urbanisation. L’auteur rappelle dans un premier temps avec clarté qu’en fonction de ses propres caractéristiques, le capitalisme doit pour se perpétuer, être dans un processus de croissance continue et la plus-value accumulée sans cesse réinvestie. Le moindre blocage menace alors les acteurs capitalistes de ne plus trouver de "biais profitable pour réinvestir le capital" et d’entrainer la dévaluation des surplus de marchandises. De fait, "les politiques du capitalisme sont affectées par le besoin perpétuel de trouver des terrains profitables à la production et à l’absorption des surplus de capital" . Or à l’instar des dépenses militaires, la ville joue selon l’auteur un rôle considérable dans l’absorption du surproduit, ce qui l’amène à comparer le Paris de Haussmann et le New York de Moses à des "avaleuses de produit" , régulatrices des soucis posés par l’accumulation. 

Ainsi à l’heure actuelle, l’urbanisation, notamment à travers les booms immobiliers, permettrait de résoudre certains problèmes d’écoulement des surplus de capitaux. Au point que pour David Harvey, c’est en partie l’expansion urbaine des États-Unis qui aurait permis de stabiliser le marché mondial lors de la crise des années 2000. Ces booms immobiliers, présents aujourd’hui sur l’ensemble des continents et particulièrement en Chine, reposent sur la construction de nouvelles institutions financières et de dispositifs destinés à organiser le crédit nécessaire à l’achat par les propriétaires et à la construction par les promoteurs. S’étalant aujourd’hui sur une échelle mondiale réticulaire et désarticulée, le processus d’urbanisation favorise certaines conduites toujours plus risquées de titrisation ou de prêt à des personnes non solvables, rendant le marché actuel du prêt hypothécaire incontrôlable. Et ce serait cette nécessité imposée par le capitalisme d’écouler les surplus et de toujours plus investir qui serait à la base d’effets socialement pervers. Puisque lorsque des crises éclatent, leur impact est particulièrement fort au niveau local sur les infrastructures et spécifiquement sur les ménages les plus pauvres, à l’instar de la récente crise des "subprimes". Résultant de dynamiques métropolitaines et se répercutant en premier lieu sur les villes, la crise actuelle serait donc pour David Harvey, une crise profondément urbaine. 

Par ailleurs, l’absorption de surplus par les transformations urbaines implique un accroissement des inégalités et des phénomènes croissants de pauvreté, particulièrement à travers "l’accumulation par dépossession". Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer la généralisation des dynamiques d’expropriation des personnes les plus démunies que l’on observe dans certains espaces urbains en Chine, en Inde, en Turquie, au Brésil, etc., qui se font dans la perspective de valoriser ces lieux et l’image attractive de la ville. Selon Harvey, les citoyens n’auraient donc pas d’influence sur les processus d’urbanisation en cours et seraient même les premières victimes d’une dynamique d’accumulation ordonnée par les acteurs capitalistes au pouvoir.

Tous ces constats sur les profondes inégalités qui sont au cœur du processus d’urbanisation soulignent la nécessité d’une reprise citoyenne du contrôle de la production urbaine. Ce contrôle passe notamment par l’établissement d’un droit à la ville, qu’Harvey définit comme la prétention à un "pouvoir de façonnement fondamental et radical sur les processus d’urbanisation, c’est à dire sur les manières dont nos villes sont sans cesse transformées" . L’obtention du "droit à la ville comme slogan opératoire et comme idéal politique - précisément parce qu’il se concentre sur qui gouverne les liens unissant, depuis des temps immémoriaux, l’urbanisation à la production et à l’utilisation des surplus"  serait une manière de favoriser la réappropriation de la ville par ses habitants. Fidèle à la tradition marxiste, l’auteur suggère que seule la révolution permettra d’y parvenir. 

Titre du livre : Le capitalisme contre le droit à la ville. Néolibéralisme, urbanisation, résistances
Auteur : David Harvey
Éditeur : Amsterdam
Date de publication : 22/08/11
N° ISBN : 2354800959
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