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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Francis Balle: "Le triangle du civisme"
[jeudi 06 octobre 2011 - 11:00]
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Dans le cadre d'un partenariat avec La Revue Civique, Nonfiction reprend un des articles parus dans le dernier numéro, automne 2011, signé Francis Balle

L’auteur du célèbre manuel Médias et Sociétés, Francis Balle dresse pour la Revue Civique un brillant panorama des trois côtés d’un triangle qui doit rester équilibrer : les médiateurs (journalistes) ont à faire avec  "les mandarins" ("pélerins de valeurs", du savoir, de la politique) et "les marchands" (qui "font commerce de idées et des oeuvres"). C’est dans l’équidistance que le journalisme trouve sa liberté, relève-t-il, car " dans la société médiatique, la vie se joue à trois ; et tout doit être fait pour empêcher l’un des joueurs de dominer les deux autres " .

 

Que peuvent faire les médias ? Que veulent-ils faire pour cultiver le civisme, pour favoriser sa naissance, pour le faire grandir parmi nos concitoyens ? Il est assurément difficile de répondre à cette question de façon aussi tranchée que notre attente le voudrait.
Rappelons-nous : avec les journaux quotidiens du 19ème siècle était né un espoir, celui d’une information enfin complète, objective et accessible à tous. Ainsi, les promesses de la démocratie pouvaient-elles s’accomplir, celles qui inspiraient les auteurs de la Déclaration américaine de 1776 et les acteurs de la Révolution française de 1789. Les journaux quotidiens, enfants légitimes des rotatives et des libertés, vendus à des centaines de milliers d’exemplaires, d’abord en Angleterre et en Allemagne, puis en France et aux Etats-Unis, assignaient au journaliste une mission : informer ses concitoyens de l’actualité, leur dire " ce qui se passe ", ce qui vient tout juste de se passer, ce qui va peut-être ou très probablement se passer. Emancipé à la fois de la politique et de la littérature, le journaliste était devenu "l’historien du présent", selon la formule d’Albert Camus, comme on pourrait dire de l’historien qu’il est le journaliste du passé. La boucle était ainsi bouclée. La presse réalisait l’idéal démocratique. Et la démocratie, en retour, idéalisait la presse.

Toujours la faute des médias
Il fallut très vite déchanter. Les désillusions, plus nombreuses d’année en année, ont pris le pas sur cet espoir que les journaux avaient fait naître. Un siècle après que le journal qui s’appelait alors le Petit Parisien, né en 1876, était devenu, avant 1914, le plus grand journal du monde, avec un million et demi d’exemplaires vendus chaque jour, après un demi siècle d’une télévision omniprésente, alors que les grands quotidiens sont pris en tenailles entre les journaux gratuits et les sites d’Internet, les médias d’information sont aujourd’hui mis en accusation de tous côtés et dans des perspectives diverses : c’est toujours la faute des médias. Balzac écrivait déjà, en 1840 : "Si la presse n’existait pas, il ne faudrait pas l’inventer". Beaucoup pensent aujourd’hui de la télévision et de la Toile, sans trop le dire, ce que l’écrivain disait hier de la presse, sans vraiment le penser. La liste est longue, depuis les faux charniers de Timisoara, en 1989, jusqu’au vrai faux journal de la télévision belge, en décembre 2006, de ces dérapages, de ces manigances ou de ces défaillances qui font peser sur l’information de redoutables soupçons. Jamais, pour nous informer, les médias n’ont été aussi nombreux et variés ; jamais pourtant l’information ne nous a semblé à ce point insatisfaisante, à la fois insuffisante, imprudente, partiale, voire orgueilleuse.
" Nous, journalistes, écrit Jean Schwoehel, nous sommes les instituteurs du 20ème siècle" : l’identification est aujourd’hui aussi mortelle que l’était, au temps de Balzac, l’assimilation des journalistes aux " publicistes" ou à des hommes de lettres. Cette identification se nourrit, en notre époque, de la convergence des discours que tiennent, à propos de leurs missions respectives, les journalistes et les professeurs. Leur polémique remonte aux années 1960, celle de la mise en cause de l’école par les médias. A la montée de la contestation, les professeurs ont souvent répondu avec les armes de l’adversaire : sous couvert d’ouverture au monde, ou pour suivre plus fidèlement les curiosités de leurs élèves, ils ont plaidé pour l’adoption, à l’école, des méthodes les plus éprouvées des médias. Symétriquement, les maîtres de ces derniers ont été tentés, parfois, d’assimiler leur mission à celle des professionnels de l’instruction, impatients peut-être de les supplanter définitivement.

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1 commentaire

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pwsHhfScPUof

20/12/11 17:44
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