On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"Y a-t-il un savoir de la souffrance ?" Cette première phrase d'introduction du livre de Monique Schneider , La détresse aux sources de l'éthique nous conduit dans l’univers de celui qui fut incontestablement le grand initiateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, et aux délibérations de ses contemporains sur ses théories.
Véritable parcours initiatique pour les néophytes, l’ouvrage de Monique Schneider que nous pourrions classer dans le registre de l’expertise, nous entraine aux confins de L'Esquisse. Ce recueil, resté en marge des publications freudiennes, semble constituer, au-delà des correspondances entre Freud et Wilheim Fliess, le foyer originel des cheminements théoriques de Freud dans ses recherches sur la souffrance et la place du soignant. Freud y est exposé comme un être sombre, résolument pessimiste, habité, fuyant ses propres souffrances et hanté par la recherche inlassable d’une plus grande maîtrise de soi.
Analysant d’un côté la souffrance, Freud y oppose le savoir-être de l’analyste, faisant de la détresse la source originaire de l’éthique. N'ayant jamais souhaité, de son vivant, publier L’Esquisse, ce recueil "énigmatique et fascinant" selon Monique Schneider, au sein duquel il développe particulièrement le concept du Nebenmensch , il laisse à ses contemporains le soin d’en interpréter la quintessence.
Monique Schneider nous démontre la difficulté pour les différents théoriciens contemporains de s'accorder sur la traduction exacte des mots employés par Freud et par là même, de formuler une interprétation exacte et consensuelle de sa théorie. La mathématique freudienne est le terrain d’autant d’analyses tentées, d’étranges phénomènes et d’approches singulières permises par diverses stratégies de traduction de l’allemand et de son éventail de significations. L’exercice peut en être particulièrement difficile pour le lecteur qui devra s’approprier, par là même, le vocabulaire allemand et l’art de la psychanalyse. Dans son élan vers Fliess, ami de cette correspondance rapprochée d’une intimité particulière, Freud aurait posé les stratifications théoriques de la psychanalyse et du rôle de l’analyste par des avancées interrogatives à laquelle il se livre dans ses correspondances. Ses expériences avec ses patients mais aussi ses observations du rapport entre le nourrisson et sa mère constitueront, en partie, le terreau de ses recherches.
L’approche de la souffrance
Nous apprenons que c’est à travers l’angle du nourrisson que Freud aborde la question de la souffrance, ce dernier étant, selon lui, un être radicalement dépourvu de secours. Dans le cheminement de sa théorie, il détermine deux sources possibles à la souffrance : une source originelle et une source d’expérience ; il matérialise la première par le cri et la seconde par un blanc, une panne, une absence de réaction, le refus de fonctionner que seul le rêve pourrait éventuellement exorciser.
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