Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La crise à venir ?
[mardi 27 septembre 2011 - 16:00]
Economie
Couverture ouvrage
Pour éviter le krach ultime
Pierre Larrouturou, Préface de Stéphane Hessel
Éditeur : Nova éditions
255 pages / 14,25 € sur
Résumé : Un ouvrage militant pour analyser la crise actuelle et tenter d’en sortir.
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    L’été a été riche en rebondissements financiers : les plans de rigueur ne semblent pas rassurer les marchés  et le CAC 40 est plusieurs fois passé sous la barre symbolique des 3 000 points. La question de la dette grecque a un temps été éclipsée par les salves des agences de notation, qui dégradaient à qui mieux mieux les notes des mauvais élèves nationaux, USA en tête. Les mois d’août – 2008, 2011 – auraient-ils une influence néfaste sur la finance ? 
    Une lecture salutaire pour se sortir de ce mauvais feuilleton estival est le livre direct et efficace de Pierre Larrouturou. On le devine dès le titre, à tous ceux qui nous disent que la crise des subprimes est derrière nous, que nous allons renouer avec la croissance, que la récession n’aura pas lieu, Larrouturou répond que la crise est bien à venir. Ce potentiel krach ultime, l’économiste et agronome nous propose de l’analyser, pour éventuellement trouver des réponses. Pour cet homme qui a activement milité au Parti socialiste, avant de le quitter pour rejoindre Europe-Écologie Les Verts, il s’agit presque d’un pré-programme pour 2012 ; mais on se tromperait à le réduire à cela.


Le malade imaginaire

    On ne soigne une maladie que lorsqu’on a posé le bon diagnostic. Or, depuis trois ans maintenant, on nous répète à loisir qu’il s’agit d’une crise financière. Actifs toxiques, titrisation – et au passage « économie réelle » – tous ces mots sont entrés dans le vocabulaire courant sans qu’on les comprenne toujours. Ils nous désignent la source du problème : les mauvaises pratiques financières. Nous n’en sommes plus là, critique Larrouturou. Et pour commencer à soigner le mal, il propose donc d’en circonscrire l’ampleur : si le lecteur est effrayé par le titre apocalyptique, il ferait mieux de ne pas ouvrir le livre, car l’auteur, en utilisant des données chiffrées sur le temps long, nous montre la gravité du constat.
    Je retiens deux chiffres symboliques. Côté américain d’abord : la Réserve fédérale a produit 600 milliards de dollars ex-nihilo, de sa création en 1913 à 2007 ; un peu plus de six milliards par an. Depuis la crise de 2008, combien en a-t-elle crée ? 2 700 milliards. 120 milliards uniquement pour le mois de janvier 2011  . « Plus aucun investisseur ‘normal’ ne prend le risque de prêter de l’argent au-delà de cinq ans aux Etats-Unis », écrit Larrouturou. Le livre est prolixe en tableaux, d’une lecture aisée : l’un d’entre eux m’a laissé interdit. On y voit un graphique, représentant un premier pic, plutôt petit, et un deuxième, bien plus gros. C’est la dette totale des États-Unis en proportion du PIB, de 1925 à 2010. Le premier pic, c’est la crise de 1929. La dette des USA était alors montée jusqu’à 250% du PIB. Le deuxième, d’une taille bien plus menaçante, c’est celle qui représente l’augmentation drastique de cette même dette, de 1980 à aujourd’hui, jusqu’à un sommet qui fait paraître celle de 1929 ridicule : 350% du PIB en 2005. Pierre Larrouturou enfonce le clou : il n’y a rien à attendre non plus de la Chine, dont la croissance est totalement instable. En 2009, 30% du PIB chinois a été distribué en crédit. Fitch s’apprête d’ailleurs à dégrader la note souveraine chinoise ! Les deux moteurs présumés de l’économie mondiale sont au bord de l’explosion. Ils financent leur croissance à coup de deniers publics.
    Or, de cette croissance, conclut Larrouturou, il n’y a rien à attendre, car elle n’arrivera pas. Sur la décennie 2000-2009, la croissance française a été en moyenne de 1,5% par an. Un chiffre dont rêverait le Japon, dont la croissance a été en moyenne inférieure à 1% sur la période 1992-2008 !

Titre du livre : Pour éviter le krach ultime
Auteur : Pierre Larrouturou, Préface de Stéphane Hessel
Éditeur : Nova éditions
Date de publication : 25/05/11
N° ISBN : 2360150162
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