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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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"L’histoire est une matière d’endoctrinement"
[lundi 26 septembre 2011 - 08:00]
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Le 27 août, Le Figaro Magazine faisait sa Une sur "Cette histoire de France qu’on n’enseigne plus à nos enfants". Quitte à multiplier les contre-vérités, la rédaction du magazine mettait en scène la nostalgie des classes d’histoire "à l’ancienne" et le scandale de la disparition des grands chefs ayant fait la gloire de la France éternelle. Réagissant à ce dossier polémique, Olivier Lévy-Dumoulin, professeur à l’Université de Caen et spécialiste de l’historiographie contemporaine, revient sur les enjeux pédagogiques, idéologiques, politiques et identitaires de l’histoire et de son enseignement.


Nonfiction.fr - Le dossier publié par Le Figaro Magazine nous apprend que "C’est l’histoire de France qu’on assassine" : est-ce bien la première fois qu’elle meurt – ou qu’elle est censée mourir ?

O. Lévy-Dumoulin - Il y avait déjà eu une première attaque au début du premier septennat de Mitterrand. Des gens comme Alain Decaux, pas spécialement positionnés à droite, avaient dénoncé le remplacement de l’histoire par les activités d’éveil dans l’enseignement primaire et les ravages entraînés par l’introduction des approches thématiques dans les programmes du collège, accusées de diluer la chronologie. Ces programmes n’étaient d’ailleurs pas du tout venus de la droite, loin de là. Ce dossier est donc caractéristique d’un intérêt particulier porté en France à l’enseignement obligatoire de l’histoire à tous les niveaux du cursus scolaire : il renvoie clairement à cette tradition nationale qui remonte à la IIIe république et envisage l’histoire comme un élément central de la formation du citoyen et comme moyen essentiel d’inculcation du sentiment d’appartenance.

Nonfiction.fr - Et dans un passé plus lointain, n’avait-on jamais rien vu d’analogue depuis la création de l’école de la République?

O. Lévy-Dumoulin - Oui, mais selon un biais assez différent. Les grandes querelles portaient moins sur les programmes que sur les manuels scolaires. Les travaux de Christian Amalvi   en ont rendu compte : on observe par exemple un net clivage entre manuels du public et manuels du privé, dans le contexte de la séparation de l’Église et de l’État, autour de la réforme des programmes scolaires de 1902 qui suscite des débats mêlant l’idéologique et le didactique exactement comme le fait l’auteur de l’ouvrage qui sert de point d’appui au dossier, qui est loin de s’inscrire de façon rigide et simple dans un créneau stricto sensu idéologique – mais là je ne parle que de Dimitri Casali  , et non pas de l’ensemble du dossier qui est une chose très différente.

Ici ce n’est pas tant de la diminution de l’importance de l’histoire qu’il est question que de son réaménagement et de son découpage. À ce propos, vous remarquerez que dans le texte de Natacha Polony  , Claire Mazeron – présente au jury du Capes, représentante nationale du Snalc, qui n’est donc pas une progressiste – considère que Casali se trompe de bataille et qu’il aurait dû dénoncer les programmes il y a dix ans ! Parce que ces nouveaux programmes qu’on dit horribles le seraient nettement moins que les précédents ! Cette divergence montre bien la complexité de l’enchevêtrement des points de vue dans ce dossier, qui cohabitent par ailleurs avec des titres catastrophiques et des éléments de contenu d’un anachronisme vibrant, comme l’encadré signé par Max Gallo. Et je ne pense pas prendre trop de risques en disant que la mise en page ne correspond sans doute pas du tout à l’ouvrage de Dimitri Casali qui sert de colonne vertébrale au dossier et dont il résume ici le propos. C’est la mise en page voulue par le magazine qui est une caricature.

Nonfiction.fr - L’édition, la presse spécialisée, la production audiovisuelle, la recherche en histoire, etc. semblent plutôt bien se porter : indépendamment de la réalité du péril, comment expliquer une telle grandiloquence ?

O. Lévy-Dumoulin - En dehors de l’enjeu idéologique, je ne vois pas d’explication à ce parti pris. Et le choix des ouvrages mentionnés pour compléter le dossier est très curieux – et révélateur. On a d’abord un livre d’Alain Corbin, qui renvoie aux idées de Casali et exprime qu’on peut reconstruire après avoir déconstruit, et ensuite on nous propose un manuel "à l’ancienne"   patronné par un historien ultraréactionnaire, Jacques Heers  : les deux sont placés côte-à-côte, comme si le dossier n’avait aucune implication idéologique ! Les responsables du dossier sont à l’évidence de mauvaise foi et mal intentionnés, comme le montrent aussi bien les arguments maniés dans la mise en page, puisqu’on lit en gras que "l’étude du Mali représente 10% du programme de 5e", à quoi on ajoute un point d’exclamation ; or, ce n’est pas de l’étude du Mali, mais de l’Afrique qu’il s’agit, puisque le Mali vaut pour l’Afrique   : on a là un bel exemple de la malhonnêteté de la rédaction. D’ailleurs, je pense que les auteurs auraient intérêt à réagir, parce que ce n’est pas leur propos.

L’article de Casali, malgré la divergence que nous pouvons avoir par ailleurs, s’inscrit dans le débat intellectuel, tout comme celui de Natacha Polony et l’intervention de Claire Mazeron qui n’a sans doute pas les positions qu’on attendait d’elle en l’interrogeant. Rien à voir, donc, avec cette mise en page ou avec la position de Max Gallo qui fait remonter l’histoire de France à l’histoire des Francs – alors que même l’Action Française faisait remonter la France à Hugues Capet… Mais il y a aussi des positions qui tiennent à l'oeuvr des historiens sollicités. Si on demande à Jean Tulard ce qu’il pense du fait qu’on enseigne moins Napoléon sur lequel il a tant travaillé, il ne sera pas content, cela va de soi. Le texte d’Evelyne Lever et l’essentiel de celui de Jean Favier sont globalement sur la même ligne : il y a donc un hiatus énorme ente ces vignettes d’historiens  et celle de Max Gallo.

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7 commentaires

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broke

08/10/11 16:45
Effacez mon commentaire, ou au moins le deuxième paragraphe, il était injuste (je n'avais pas remarqué que l'entretien était signé) et un peu sot.
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PH Ortiz

08/10/11 15:15
Broke,

Je ne partage pas le mépris qui est le vôtre pour le genre biographique.
Votre interprétation de mes questions (et non de celles de nonfiction.fr) n’engage que vous. Les lecteurs trouveront aisément sur le net les bibliographies des cinq (et non quatre) auteurs évoqués en p. 3, très différents les uns des autres à de nombreux égards.

Pour le reste, votre anonymat, votre goût de l’insulte, votre grandiloquence et la rigueur de votre analyse en disent long sur vous. Je m’interroge sur les raisons de votre fiel.
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broke

08/10/11 14:15
Pour "Non Fiction", Jean Favier, Evelyne Lever, J.C Petitfils ou J. Tulard ne sont pas des "chercheurs" mais - horresco referens - de vulgaires "historiens biographes". Gloire au maître de conférences de Cergy XXIV qui aura passé sa vie à étudier les prix agricoles dans le Quercy dans les années 1880 : le voilà le vrai, l'authentique, le seul chercheur !
Le parti-pris de cet article (des questions du moins, les réponses de Lévy-Dumoulin sont beaucoup plus intéressantes) le rendrait horripilant s'il ne révélait surtout une bêtise si satisfaite qu'elle en est amusante.
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LRS

27/09/11 11:06
Bonjour,
L'un des enfants naturels de l'histoire, c'est le Droit. Nul n'est censé ignorer la loi mais curieusement personne ne l'enseigne jamais au futur citoyen. Dès le primaire, enseignons à nos enfants sur quoi repose l'équilibre et la paix de notre société. Le premier rôle de l'histoire est de faire comprendre, de justifier, d'illustrer notre droit. Enseigner l'histoire pour l'histoire est dangereux (révisionnisme et autres déviances). Et peut-être ainsi aurons nous moins à déplorer que notre Etat de Droit glisse obstinément vers un Etat bananier.
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Gustave Fagniez

27/09/11 10:29
Superbe article dont je découvre à la fin que l'entretien a été mené par un ami... Beaucoup de bon sens qui manque trop souvent dans ces questions. Reste la question des nouveaux programmes de 1ère : au-delà des choix dans la discontinuité (on pourrait discuter des programmes de 2nde là-dessus), un problème de VOLUME remet en cause l'approfondissement qu'on peut attendre de l'histoire au lycée et le type de connaissances et compétences développées. Peut-on faire de l'histoire économique et sociale sans quelques bases de contexte politique ? mon pseudo le révèle assez, je fais de l'histoire économique du Moyen Âge, et je prétends que NON et qu'il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs, et le marché avant le pouvoir.

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